LE BEAUPRÉ
A CARRIES
Au large, clans un cercle absolu de mer liJjre, Berçant sous le pleiu ciel son puissant équilibre, Tranquille, arrondissant Fampleur de ses flans creux, Un navire, bardé de fer comme les preux. Cinglait royalement vers des guerres lointaines. Ses mâts bruns, ses haubans, ses drisses, ses antennes Tailladaient de traits fins les ors chauds du couchant. En le léchant, les eaux d'argent brisaient leur chant Sur le tranchant penchant de sa proue, et les brises Sifflaient et zézayaient autour des cordes grises...
Le vent baisait les pieds et le col empourpré D'un pendu qui tordait sa hart sous le beaupré.
L'homme se balançait, maigre, dans sa vareuse, Avec un rictus bleu sur sa lèvre glaireuse, Le front crispé, l'œil fou, la langue entre les dents ; Et le roulis faisait danser ses bras pendants...
46 l'ame nue
Les oiseaux avaient lui les terreurs de son râle ;
Les requins, iilcnldiii-, glissant leur ventre pâle,
Guettaient, et les Ilots verts montaient pour Tengloutir.
Ouel crime avait-il donc commis, ce long martyr
Qui, la lace gonflée et les prunelles vides,
Ouvrait de désespoir ses paupières avides
Vers des pays perdus et chers, vers des là-bas ?...
— Punir ! Un droit que Dieu lui-même n'aurait pas !