LE NÉNUPHAR
L'air s'embrume : les joncs, roux comme de vieux os, Encadrent l'éfang noir qui dort sous le silence ; Leau plate luit dans une opaque somnolence Où le ciel renversé fait glisser dos oiseaux.
VA là-bas, loin des bords gUiaiils. loin des roseaux. Seul, bercé dans sa lière et souple nonchalance, Un nénuphar, splendeur nageante, se balance, Tout blanc sur la noirceur immobile des eaux.
— Ainsi, tu t'ouvriras peut-être, un soir d'automne, 0 mon suprême amour, espoir d'un cœur atone. Fleur triste et froide éclose au lac de mes ennuis.
Kt le chaste parfum de ta corolle pâle Montera dans le calme insondable des nnils. Avec le dernier cri de ma donli'ui- ([iii r;ile,
L AME NUE
MKR DE GLACE
C'est une vaste mer sans mouvement, qui dort Sous l'immensité blême et terne d'un ciel mort.
Les voix folles du vent, d'un seul coup, se sont tues. Les flots polis et bleus ont l'air de leurs statues.
Vn hiver indicible a congelé les flnncs
Des vagues qui liurlaient jadis en troupeaux blancs.
Et l'océan, durci par les froideurs polaires, A sculpturalement arrêté ses colères.
Un calme convulsif hérisse le glacier
Qui lord ses pics et ses lames couleur d'acier.
Comme les yeux d'un mort qui s'ouvrent dans la tombe, Il luit, glauque et vitreux, sous le brouillard qui tombe.
Jamais aucun soleil ne flambe sur sa paix ; Aucun souftle animant nç court dans lair épais.
L AME NUE
C'est fini de bondir sous le fouet des orages Et de battre les rocs du débris des naufrages !
C'est fini de jeter de l'écume et du bruit, De cracher au soleil et d'alarmer la nuit !
Une torpeur funèbre emplit cette nature Que l'ancien souvenir des tempêtes torture ;
Et la neige a versé sa blanche floraison
Sur les crêtes dont l'angle écorche l'horizon...
— Tels sont mes vers, figés dans leur gravité morne, Et qui hurlaient en moi comme une mer sans borne.
Ils hurlaient des chagrins dont j'ai pensé mourir, Mais quand je les écris j'ai fini de soulIVir,
BtBl.loTIIÈot.K-CHAHPENTIKIt, ISOl.
0 Maître ! Loi suprême écrite dans l'espace ! Source des vérités que nous cherchons en vain, ' Je t'implore, ô splendeur du Vrai, Verbe divin, Toi qui demeures quand tout passe !
Maître ! Si j'ai forfait en quelque jour d'oubli, Si j'ai souillé mon âme et failli dnns ma route. Toi qui vois quand je cherche et qui sais quand je doute. Daigne laver mon cœur sali I
Voix de lumière, ô piiare éternel de jusiice. Projette ta (darté sur l'ombre du «diemin. Et, s'il est vrai qu'un être ait soufïert par ma main, Montre-le pour que j'en pâtisse I
Fais que nul ici-bas ne. me quitte en pleurant. Que mon âme soit forte afin qu'elle soit bonne, Et daigne me verser la douceur qui pardonne Et la sagesse qui com])rond 1