L'INVINCIBLE
Femme, à qui ton destin donna tant et si peu ! Laisse notre défaite insulter ta victoire, Et trône, en écoutant monter contre ta gloire L'impuissante clameur de notre désaveu!
Règne ! C'est toi l'asile unique, et le seul vœu : C'est toi le Létiié pille où nos douleurs vont boire, C'est toi le but, c'est toi l'aube après la nuit noire. Et c'est pour toi ({ue riiomme a rêvé d'être un dieu
Nous pouvons blasphémer, railler, et te maudire, Renier, tout sanglants encor, notre martyre, Et devant ton néant raidir nos deux genoux :
Tu n'as qu'à soulever un pan des toiles blanches Pour que notre raison s'échappe hors de nous Comme un vol effrayé d'oiseaux parmi les branches !
MÂIA
Maïa! Toute-puissante illusion! Déesse!
Magique créatrice et subtile maîtresse
Des formes qui n'existent pas !
Toi qui sais nous cacher le ciel couvert d'orages Pour nous montrer au loin le pays des mirages
Dont le charme exhorte nos pas !
Je t'implore à genoux, absolvante chimère !
Si la vie est parfois moins âpre et moins amère,
C'est à toi que nous le devons :
Tu tiens le sablier des heures qui sont bonnes, 0 sagesse de la folie, et tu nous donnes
L'oubli du peu que nous savons.
Leurre-nous ! Rien n"est vrai des vérités humaines, Sinon toi qui nous mens toujours, et qui nous mènes
Vers d'impossibles oasis !
Reine de toute foi, mère de toute ivresse, Ton verbe rend l'espoir aux âmes en détresse
Et réchauffe nos vœux transis !
Sainteté de Terreur! Beauté toujours féconde ! Tu marches à travers rohscurité du monde
En levant Tunique tlambeau :
Notre effort égaré dans les fanges funèbres Voit le feu de ta gloire éclairer nos ténèbres
Jusque par delà le tombeau.
0 Rédemptrice! A ceux que leur misère écrase. Ta voix donne les dieux et la prochaine extase
De tes consolants paradis ; Tous les siècles ont bu le lait de tes promesses, Et par Teau du baptême ou par le vin des messes,
Tu verses la grâce aux maudits !
Viens donc mentir encore à ceux qui voudraient vivre ! Mets sur nos yeux lassés le bandeau qui délivre
De la navrante vérité!
C'est par toi qu'on peut croire, etc'estpar toi qu'on aime : Daigne éternellement affranchir de lui-même
Le vieux cœur de l'humanité !
Ouvre-nous Tintîni des rêves illusoires ; Ravis-nous en dehors de nos propres mémoires
Dans tous les mythes de ton ciel !
Emporte nos désirs et berce-les ensemble : Nous attendrons en toi la mort qui te ressemble
Et qui doit guérir du réel.