‹ Choix de poésiesChapitre 52 sur 130 · L'INVINCIBLE · texte numérisé non relu

L'INVINCIBLE

Femme, à qui ton destin donna tant et si peu ! Laisse notre défaite insulter ta victoire, Et trône, en écoutant monter contre ta gloire L'impuissante clameur de notre désaveu!

Règne ! C'est toi l'asile unique, et le seul vœu : C'est toi le Létiié pille où nos douleurs vont boire, C'est toi le but, c'est toi l'aube après la nuit noire. Et c'est pour toi ({ue riiomme a rêvé d'être un dieu

Nous pouvons blasphémer, railler, et te maudire, Renier, tout sanglants encor, notre martyre, Et devant ton néant raidir nos deux genoux :

Tu n'as qu'à soulever un pan des toiles blanches Pour que notre raison s'échappe hors de nous Comme un vol effrayé d'oiseaux parmi les branches !

MÂIA

Maïa! Toute-puissante illusion! Déesse!

Magique créatrice et subtile maîtresse

Des formes qui n'existent pas !

Toi qui sais nous cacher le ciel couvert d'orages Pour nous montrer au loin le pays des mirages

Dont le charme exhorte nos pas !

Je t'implore à genoux, absolvante chimère !

Si la vie est parfois moins âpre et moins amère,

C'est à toi que nous le devons :

Tu tiens le sablier des heures qui sont bonnes, 0 sagesse de la folie, et tu nous donnes

L'oubli du peu que nous savons.

Leurre-nous ! Rien n"est vrai des vérités humaines, Sinon toi qui nous mens toujours, et qui nous mènes

Vers d'impossibles oasis !

Reine de toute foi, mère de toute ivresse, Ton verbe rend l'espoir aux âmes en détresse

Et réchauffe nos vœux transis !

Sainteté de Terreur! Beauté toujours féconde ! Tu marches à travers rohscurité du monde

En levant Tunique tlambeau :

Notre effort égaré dans les fanges funèbres Voit le feu de ta gloire éclairer nos ténèbres

Jusque par delà le tombeau.

0 Rédemptrice! A ceux que leur misère écrase. Ta voix donne les dieux et la prochaine extase

De tes consolants paradis ; Tous les siècles ont bu le lait de tes promesses, Et par Teau du baptême ou par le vin des messes,

Tu verses la grâce aux maudits !

Viens donc mentir encore à ceux qui voudraient vivre ! Mets sur nos yeux lassés le bandeau qui délivre

De la navrante vérité!

C'est par toi qu'on peut croire, etc'estpar toi qu'on aime : Daigne éternellement affranchir de lui-même

Le vieux cœur de l'humanité !

Ouvre-nous Tintîni des rêves illusoires ; Ravis-nous en dehors de nos propres mémoires

Dans tous les mythes de ton ciel !

Emporte nos désirs et berce-les ensemble : Nous attendrons en toi la mort qui te ressemble

Et qui doit guérir du réel.

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