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LA FIANCÉE

Dans la paix de son lit d'azur, aux clous d'étoiles, La nuit sommeille, et vers sa chasteté sans voiles La senteur des prés verts et des blés jaunissants Monte avec des frissons pieux, comme l'encens D'un large encensoir d'or incrusté d'émeraudcs : Les étangs assoupis ont des haleines chaudes Qui vaguent sur les joncs ou glissent vers les bois. L'immense plaine ondule en écoutant la voix Des trembles obstinés qui jasent, feuille à feuille : La terre, au loin, feignant de dormir, se recueille Comme une amante heureuse et lasse, jusqu'au jour, Et le silence attend le réveil de l'amour.

Oh! que le ciel est vaste et que mon âme est nue!

Tout seul ! Et la voici revenir, l'inconnue !

Je l'évoque, j'approche, et je lui tends les mains.

— " Nous nous sommes longtemps cherchés par les chemins

« Mais je te reconnais à force de t'attendre... »

C'est la sœur éternelle, une sœur calme et tendre,

Prise comme Éloa de pitié pour le mal,

Une enfant presque femme, un ange matinal

Qui m'a donné son cœur sans en vouloir rien dire.

Et qui, dans la candeur de son chaste martyre,

S'éveille à l'angélus en priant Dieu pour moi.

Elle est faite d'espoir, d'ignorance et de foi,

Et toute blanche, avec des yeux qui vontéclore ;

Elle tâche à souffrir et ne sait pas encore ;

Elle est grave toujours, elle est triste souvent ;

Elle parle au nuage et se confesse au vent.

Aime tout, vient vers tous, sourit dès qu'on la nomme,

Croit voir dans l'avenir mais ne voit rien de l'homme,

Et ses vœux sont pareils à des vers de chansons...

— Û douce {leur, bleuet des prochaines moissons, Lys encor sans parfum, rose à peine rosée, Est-ce pour moi que tu frémis sous la rosée ? Est-ce moi qui viendrai, dans un soir estival, Pour te chercher parmi les autres fleurs du val, Et te cueillir d'un doigt pieux, fleur de ma vie ? Où donc es-tu? Ta grâce est ma suprême envie Et ta vertu d'enfant rajeunit ma vertu : Où donc es-tu? De par le monde, existes-tu ? Existes-tu? Je t'aime et j'attends, quand peut-être Tu n'es pas née encore et ne dois jamais naître î

Mais mon cœur te bénit de pouvoir le bénir,

Et, dardant mon regard au fond de l'avenir,

Je t'appelle, et parfois j'entends que tu m'appelles,

Moi qui pleure tout seul quand les nuits sont trop belles.

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