LA FONTAINE AUX NEIGES
Je me suis rencontré dans un parc.
La fontaine Sous les rayons frileux de la lune incertaine, Avait empli de neige et d'ombre son bassin ; Le bronze virginal dune nymphe au beau sein Se dressait froidement dans la nuit bleue et blanche, Et la nymphe, appuyant une amphore à sa hanche, Dans un geste d'Hébé courbait son dos chenu Vers la coupe que lui tendait un enfant nu. Mais nulle eau ne coulait de l'amphore en la coupe, Jamais, et le ciel blême épanchait sur le groupe, Avec la lune, avec la neige, un désespoir De vouloir quelque rêve et de n'y rien pouvoir ; Et l'on sentait qu'au fond des futures années L'enfant tendrait encor, de ses mains obstinées, Sa coupe toujours vide où la nuit verserait, Avec la lune, avec la neige, le regret De la petite nymphe immobile et penchée Pour vider vers l'enfant son urne desséchée.