CLAIR DE LUNE
A EMILB GUITER
Jadis, aux jours du Feu, quand la Terre, en hurlant, Roulait son bloc fluide à travers le ciel blanc, Elle enfla par degrés sa courbe originelle. Puis, dans un vaste effort, creva ses flancs ignés, Et lança, vers le flux des mondes déjà nés, La Lune qui germait en elle.
Alors, dans la splendeur des siècles éclatants, Sans relâche, sans fin, à toute heure du temps, La mère, ivre d'amour, contemplait dans sa force L'astre enfant qui courait comme un jeune soleil : Il flambait. Un froid vint l'engourdir de sommeil Et pétrifia son écorce.
Puis, ce fut l'âge blond des tiédeurs et des vents : La Lune se peupla de murmures vivants ; Elle eut des mers sans fond et des fleuves sans nombre, Des troupeaux, des cités, des pleurs, des cris joyeux; Elle eut l'amour ; elle eut ses arts, ses lois, ses dieux. Et, lentement, rentra dans l'ombre.
L AME NUE
Depuis, rien ne sent plus son baiser jeune et chaud ; La Terre qui vieillit la cherche encor là-haut : Tout est nu. Mais, le soir, passe un globe éphémère, Et l'on dirait, à voir sa forme errer sans bruit, L'àuio d'un enfant mort qui reviendrait la nuit Pour regarder dormir sa mère.
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CONSy:iL DU MAITRE
A T.UCIRN ROSSELET
L'homme ;i dit: «Je défends,» où j'avais dit:« Je veux.» Vos lois ont raturé les mots du livre austère Où la Mère éternelle avait écrit ses vœux.
A force d'idéal vous dépravez la terre ; Vous créez des vertus que dément la raison, Et la nature en deuil a fini par se taire.
Assez, tils 1 II est temps d'élargir l'horizon : Voici les jours virils où la révolte gronde Et l'esclave vengé sort roi de sa prison !
Crie et frappe à ton cœur, jusqu'à ce qu'il réponde ; Quand il aura parlé, marche vers ton devoir, Sans souci de la foule et sans crainte du monde.
Va-t'en, froid comme un dieu, sans entendre, sans voir. Les enfants et les sots riront sur ton passage : Tout droit ! Laisse aboyer les chiens sans t'émouvoir.
Ose avoir lair d'un fou si tu veux être un sage I
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