LA CLÉMENCE
Quand les conspirateurs parurent devant lui, Gharlemagne, très doux, très calme, et plein dennui, Leur parla lentement avec des mots très graves :
— « Voilà que votre ami vous a chargés d'entraves, Et son cœur en est triste autant que votre cœur. Pensez-vous que ce soit grandliesse au vainqueur, Le jour où la victoire est faite avec la perte D'un frère? Vous rendez ma vieillesse déserte, Et je pleure sur moi, car je vous aime encor... »
11 essuya ses yeux de son doigt cerclé dor.
« Vous avais-je lésés sans le savoir ?... Peut-être.
Pourquoi nétes-vous pas venus vers votre maître,
En disant : « L'empereur nous fait tort, et voici. »
C'était bien. Vous m'auriez épargné le souci
De douter quand on m'aime, et punir lorsque j'aime ! »
Il se tut et reprit :
— « Par ruse et stratagème
L ESPOIR DU MONDE
Vous prenez ce que j'eusse accordé par plaisir. Recevoir vous parait moins noble que saisir, Et mensonge vous est meilleur que confiance. Ah! vous ne savez rien, car luniffue science Est de s;ivoir g.irder un ;inii, quand un Ta... »
lîatbert, r[iron surnommait le Sanglier, hurla ;
— u Tu uicns. et tu nous hais!
— « Qu'en sais-tu, loi qui parles?
— « Tu n'as jamais aimé personne, empereur Charles ! C'est longtemps te gausser de nous. J'attends la mort.
— « Tu voudras donc toujours et quand même avoir tort? Otez leurs chaînes. Ils sont libres... Pauvres âmes,
Je vous plains trop pour vous écraser sous mes blâmes. L'Empcu'eur ne peut plus vous connaître. Partez. Pour balancer le poids de vos iniquités. Vous prendrez le bourdon, la coquille et la corde. .\llez. Que Dieu vous pèse en sa miséricorde ! »
Pensif, il regarda sortir les pèlerins.
Qui s'en allaient, la gaule au poing, la corde aux reins^
Deux pardeux, le front bas, bruns dans l'ombredes voûtes.
Et, le soir, il les fit poignarder sur les routes.
194 l'espoir du Mofrt>È