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\k&f boulevard Saint-Germain PARIS
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Univ«r«Jû{j* BIBLIOTHECA
^ ÉRARD de Nerval, qui vécut de 1808 à 1855, c'est-à-dire ^-^ en pleine période romantique, qui fit partie de la fameuse bande des Bousingots, qui eut pour compagnons tous ces êtres à noms singuliers et à fronts chevelus : Pétrus Borel, Napoléon Tom, Joseph Bouchard}/, Alphonse Brot, Augustin Mac- Keat, Vabre, O'Neddy, Théophile Gautier, Vélite des « Jeune-France à cœur de salpêtre », Gérard de Nerval ne subit que fort peu V influence de la nouvelle école et il sut conserver, parmi les extravagances d'alors, un cœur simple et une forme claire. <( Gérard, nous dit « Champfleury, avait Vesprit plus français que ses amis ; « il a sacrifié aux idées allemandes en donnant une « traduction de Gœthe ; il a paru très enthousiaste d'Henri « Heine, mais, au fond, il eut donné V Allemagne et « le romantisme pour une page claire et vivante du « xviii« siècle ; seulement, il n'osait l'avouer, et il ne le « pouvait guère, à cause de sa nature tranquille qui « avait horreur dejla discussion et des tempêtes d'école (1.) » // faut voir dans ce fait la principale raison de l'intérêt
(1) Gazette de Champfleury, i' cités de Gérard de Nerval.
décembre 1856.
Les excentrl-
Il GERARD DE NERVAL
que ses contemporains portaient déjà, à leur insu, à cet écrivain exceptionnel, à cet enfant perdu de la vieille et toujours séduisante clarté française. Là est aussi la cause de la durée des œuvres de Gérard de Nerval et de Visolement qui les grandit au fur et à mesure que tombent dans l'oubli tant de productions de la même époque. Traditionaliste sans le savoir, Gérard de Nerval est un de ceux qui prouvent le mieux la continuité de notre littérature et on peut prédire, sans risquer de se tromper, à ses œuvres, un succès toujours croissant. Succès d'autant plus grand qu'elles ne sont pas seulement attachantes par leur équilibre et par leur pureté. Elles sont encore, en effet, mêlées intimement à la vie de Gérard de Nerval elles nous font aimer une des âmes les plus charmantes, douces et poétiques qui soient.
Là-dessus les témoignages de ceux qui l'ont connu sont unanimes. C'est Champfleury constatant que Gérard ,de Nerval « dans tout ce Paris littéraire où il est si diffi- « cile de poser le pied, ne trouvait que sourires amicaux « et bonnes paroles (1) ». C'est Alfred Delvau déclarant : '<■ J'ai cherché vainement contre lui, dans le fumier des « médisances contemporaines, une seule anecdote qui « le déshonorât comme homme en le rapetissant comme « écrivain (2) ». C'est Théophile Gautier s'écriant, dans la préface rf' Aurélia : « Quelle obligeance inépuisable, « quelle vivacité à rendre service, quel oubli parfait de « lui dans ses relations ! Que de courses énormes il a « faites à pied, par des temps horribles, pour faire insérer j( la réclame ou l'article d'un ami ! »
Les témoignages des hommes de lettres sont plus significatifs que tous les autres, car il règne, comme on sait, dans cette confrérie, un tel esprit de dénigrement que, pour y échapper, Gérard de Nerval devait véritablement posséder les vertus les moins répandues dans ce milieu : une grande modestie, un complet désintéressement, de la fidélité dans ses amitiés, une bonté réelle, de la délicatesse et du savoir.
(1) Gazette, ibid.
(2 Alfred Delvau, Gérard de Nerval, sa vie et ses œuvres, Paris,
Gérard de Nerval était né à Paris, rue Saint-Martin, 96, le 22 mai 1808. Son nom véritable est Gérard Labrunie et Champfleury nous dit pourquoi il a pris un pseudonyme : « Son père, médecin, occupait une place assez « importante sous la Restauration, et le jeune homme, « qui sentait poindre en lui des idées politiques libérales, « ne voulait pas qu'on reprochât à son père les idées de « son fils. D'où le nom .de Nerval, qui sent la Restau- « ration, et que Gérard a su dorer et ennoblir par son « talent » (1).
Gérard de Nerval connut à peine le baiser maternel. Beaucoup de soldats de Napoléon emmenaient alors leurs femmes avec eux à travers l'Europe et la mère de Gérard suivit son mari dans la campagne de Russie. Elle mourut, à vingt-cinq ans, des fatigues de la guerre et « d'une fièvre quelle gagna en traversant un pont « chargé de cadavres, où sa voiture manqua d'être ren- « versée ». Et Gérard ajoute : « La fièvre dont elle est « morte m'a saisi trois fois, à des époques qui forment « dans ma vie des divisions régulières, périodiques. « Toujours, à ces époques, je me suis senti l'esprit frappé « des images de deuil et de désolation qui ont entouré « mon berceau. Les lettres qu'écrivait ma mère, des bords « de la Baltique ou des rives de la Sprée ou du Danube, « m'avaient été lues tant de fois ! Le sentiment du merveil- « leux, le goût des ,'oyages lointains, ont été sans doute « pour moi le résultait de ces impressions premières, « ainsi que du séjour que j'ai fait longtemps dans une « campagne isolée au milieu des bois » (2).
Son père et sa mère partis, Gérard avait été confié à un de ses oncles qui habitait aux environs de Paris, dans les bois d'Ermenonville. « J'avais sept ans, nous dit-il, « et je jouais, insouciant, sur la porte de mon oncle, « quand trois officiers parurent devant la maison ; l'or « noirci de leurs uniformes brillait à peine sous leurs « capotes de soldats. Le premier m'embrassa avec une
(1) Gazette, ib."
(2) La Bohème Galante, (chap. juvenilia).
IV GERARD DK NKRVAL
« telle effusion que je m'écriai : « Mon père, tu me fais « mal ! »
C'était son père, en effet, qui revenait du siège de Strasbourg. Condamné au repos par Vexil de l'empereur, le soldat put s'occuper de l' éducation de son fils. Un long séjour en Prusse, en Autriche et dans les provinces danubiennes l'avait familiarisé avec la langue allemande. Il possédait même quelque teinture des langues orientales et Gérard, moins de deux années après le retour de son père, était devenu polyglotte : « J'étudiais à la u fois l'italien, le grec et le latin, l'allemand, l' arg.be et « le persan ». Mais ces études ne l'empêchaient pas « d'aimer à respirer l'air des forêts profondes ». et les ombrages d' Ermenonville, les solitudes de Morfontaine le voyaient souvent errer solitaire ou dans la compagnie \ de rieuses jeunes filles.
Il fallut cependant songer à quitter ce délicieux pays de Valois, tout au moins pendant quelques mois, et Gérard vint à Paris poursuivre ses études au collège Charlemagne. Mais, toutes ses vacances, il les passait chez son oncle. Il nous a laissé, de cette heureuse époque, des tableaux pittoresques et charmants dans Sylvie, une des sept Filles du Feu, dont Gautier parle ainsi : « Quel chef-d'œuvre « que cette nouvelle de Sylvie que la postérité placera à « côté de Paul et Virginie et de la Chau.nière Indienne ! « Quel mélange heureux de rêverie et de sensibilité / « Comme ces doux souvenirs d'enfance s'encadrent bien « dans ce frais paysage ! »
Et, en effet, quelle scène pleine de charme que celle de la ronde enfantine sur « une grande place verte encadrée d'ormes et de tilleuls... » « Des jeunes filles dansaient en « rond sur la pelouse en chantant de vieux airs transmis « par leurs mères et d'un français si naturellement pur^ « que l'on se sentait bien exister dans ce vieux pays du « Valois, où, pendant plus de mille ans, a battu le cœur « de la France. J'étais le seul garçon dans cette ronde, « où j'avais amené ma compagne toute jeune encore, « Sylvie, une petite fille du hameau voisin, si vive et si « fraîche, avec ses yeux noirs, son profil régulier, et sa
« peau légèrement hâlée / Je ri'nùnaùa qii'elle, je ne « voyais qu'elle — jusque-là / A peine avais -je remarqué, a dans la ronde où nous dansions, une blonde, grande « et belle, quon appelait Adrienne. Tout d'un coup, « suivant les règles de la danse, Adrienne se trouva « placée seule avec moi au milieu du cercle. Nos tailles « étaient pareilles. On nous dit de nous embrasser, et « la danse et le chœur tournaient plus vivement que « jamais. En lui donnant ce baiser je ne pus m'empêcher « de lui presser la main. Les longs anneaux roulés de « ses cheveux d'or effleuraient mes joues. De ce moment,
« un trouble inconnu s'empara de moi »
// faudrait tout citer de cette histoire fraîche et mélancolique dans laquelle Gérard s'est mis tout entier. Ces impressions d'enfance, son amour pour Sylvie traversé par la vision fugitive de la belle Adrienne, devaient avoir sur sa vie et sur sa prédisposition à la rêverie une influence profonde.
Ses études terminées, Gérard avait dix-huit ans f il était passionné pour la poésie allemande, il lui vint alors à l'idée de traduire Faust, moitié en prose, moitié en vers. C'est encore aujourd'hui la traduction la plus estimée que nous ayons de l'œuvre de Gœthe, celui-ci ne l'a-t-il \pas proclamée « un }prodige de style ». « Je ne me suis jamais si bien compris qu'en vous lisant, » écrivit-il àl'auteur.
Avant la traduction de Faust (1828), Gérard de Nerval avait fait imprimer les Elégies Nationales (1827). Gérard était le fils d'un soldat de Napoléon et il payait à sa façon sa dette au grand homme. Il est bonapartiste à [la façon de Béranger ; ce qu'il exalte l'Empereur, c'est le héros qui a tressé à la France une éclatante couronne de gloire. Du reste, ses vers tranchaient déjà sur la foule d'odes, d'élégies et de sonnets qui surgissaient alors de tous côtés. Peut-être, cela manque-t-il d'originalité, de personnalité, mais l'inspiration est large î par-ci par-là, on trouve des vers superbement frappés et qui annoncent déjà le délicieux poète des Odelettes et des Chimères.
Très estimé des lettrés, ayant conquis du premier coup une place dans la nouvelle école, Gérard de Nerval fut <ippelé aussitôt à collaborer au Mercure de France du bibliophile Jacob, en compagnie d'Alexandre Dumas, ■de Jules Janin, de Théophile Gautier. Il donna au Mercure des traductions de poésies allemandes et
quelques poèmes r marquables.
Cest r époque où il vit en pleine bohème littéraire, hohè ne dorée d^ ailleurs, car sa majorité l'avait mis en possession de la fortune de sa mère.
Nous le trouvons dans cette maison de la vieille rue du Doyenné qu'habitaient des peintres et des poètes :
Célestin Nanteuil, Théophile Gautier, Arsène Houssaye, Edouard Ourliac, Camille Rogier, A Iphonse Karr, Philippe Rousseau, Théodore Chassériau, Corot, Eugène de Stadler.
« Cest, flous dit Alfred Delvau, dans ce vieux « salon du Doyenné, restauré par les soins de tant de « peintres et qui retentissait souvent des rimes galantes « de tant de poètes, des rires joyeux ou des folles « chansons de tant de Cydalises, que Théophile Gautier « composa ses Jeune France, et que Gérard de Nerval « improvisa la Reine de Saba pour Jenny Colon. « une étoile de V opéra-comique à laquelle il avait « trouvé une ressemblance étrange avec une jeune fille
JEKNY COLON
« du Valois quil avait aimée quelques années aupa « r avant (1) ».
C^est de cette rencontre que Von peut dater ce que Gérard de Nerval appelle lui-même « V épanchement du songe dans la vie réelle » (2). La vue de cette actrice réveille en lui le souvenir de cette Adrienne « qui ressemblait à la Béatrice du Dante » et qu'il n'avait plus revue depuis la ronde sur la pelouse, car elle était entrée au couvent. Chaque soir, il vient, maintenant, se repaître de sa chimère. Puis il essaye de la fuir et part une première fois pour l'Allemagne et l'Italie. Il en revient vite, car les voyages n'ont fait qu'augmenter sa passion. Et le voici, de nouveau, tous les soirs, en contemplation devant son idole : « Je me sentais vivre en elle et elle vivait pour moi seul. « Son sourire me remplissait d'une béatitude infinie ; « la vibration de sa voix si douce et cependant fortement « timbrée me faisait tressaillir de foie et d'amour. Elle « avait pour moi toutes les perfections, elle répondait à « tous mes enthousiasmes, à tous mes caprices, — belle « comme le four aux feux de la rampe qui V éclairait « d'en bas, pâle comme la nuit, quand la rampe baissée
(1) Mlle Jenny Marguerite, dite Jenny Colon, naquit à Boulogne-sur-Mer, le 5 novemhh-e 1808. Elle débute au théâtre Feydeau, le 1" avril 1822, dans les Deux petits savoyards. L'année suivante, elle passe au Vaudeville qu'elle quitta brusquement, en 182 S pour suivre son camarade Lafont à Londres. Là, ^^ ils se marièrent. Mais, au bout de quelques mois, comme ils valent assez l'un de l'autre, Jenny Colon revint à Paris; elle fut engagée aux Variétés. En 1829, on la voit à Bordeaux, à Bayonne... Puis elle joue au Gymnase, qu'elle quitte bientôt pour les Variétés. C'est la belle époque de sa carrière. Elle s'intéresse à Bressant et contribue beaucoup à faire reconnaître son talent. Gérard de Nerval la rencontre vers ces temps-là (1830). C'est pour elle qu'il fonda le Monde dramatique, dans lequel il pouvait à sa guise louanger son idole. Blonde, l-^s yeux bleus, mais la bouche un peu giande, elle avait la voix d'une douceur extrême et elle séduisait tout le monde. En 1836, elle abandonne la comé lie pour l'Opéra-Comique, où elle débute dans le rôle de Sarali, écrit pour elle par Albert Grisard. Elle obtient de véritables triomphes. Mais, poussée par son incessant besoin de changer de place, elle rompt son engagement pour courir la province. Entre temps, elle avait épousé, en 1838, Gabriel Le Plus, flùte-solo de l'Opéra- Comique. Let) juinlS41,à Bruxelles, elle joue Ma-guerite des Huguenots pour la dernière fois. Malade, elle rentre à Paris, où elle meurt le 5 juin 184?.
(2) Aurélia.
« la laissait éclairée d'en haut sous les rayons du lustre « et la montrait plus naturelle, brillant dans l'ombre de « sa seule beauté, comme les heures divines qui se décou- « pent, avec une étoile au front, sur les fonds bruns des « fresques d' H erculanum ! (1) »
C'est alors que, pour essayer d' échapper encore une fois aux obsessions de cet amour, Gérard se rendit tout d'une traite à la Fête du Bouquet Provincial de Loisy, dans le Valois, le pays natal de son cœur. Il veut revoir le clocher d'Othys, les coteaux bleuâtres qui vont de Montméliant à Dammartin, et les bords de la Thève et les bois de Saint-Laurent. Il veut, surtout, revoir Sylvie, la petite paysanne qui fut son amie. Il rumine, en chemin, ses plus beaux souvenirs. Il marche, en souriant doucement, dans le rêve étoile de sa jeunesse. Mais le voici à Loisy, le voici près de Sylvie. Hélas, sa place est prise dans le cœur de l'amoureuse et la paysanne le renvoie à la comédienne.
« La voiture de Nanteuil-le-Haudoin me ramena le « lendemain à Paris », dit simplement Gérard. Le soir même, ayant dit adieu pour toujours à ses rêves d'enfance et de jeunesse, « vers huit heures, j'étais assis dans ma « stalle accoutumée ; Aurélie répandit son inspiration « et son charme sur des vers faiblement inspirés de « Schiller... Pendant le quatrième acte où elle ne parais- « sait pas, j'allai acheter un bouquet chez Mme Prévost. « J'y insérai une lettre fort tendre signée : Un inconnu. « Je me dis : Voilà quelque chose de fixé pour l'avenir, « — et le lendemain j'étais sur la route d' Allemagne ».
L'étrange amoureux ! Des mois se passèrent sans qu'il parvint à « mettre de l'ordre dans ses sentiments ». // revint à Paris comme il en était parti et s'assit, de nouveau, dans sa stalle accoutumée. Dans sa biographie de Restif de la Bretonne, amoureux de la belle Mlle Guéant, de la Comédie-Française, Gérard a dit lui-même : « Rien « n'est plus dangereux pour les gens d'un naturel rêveur « qu'un amour sérieux pour une personne de théâtre ;
(1) Sylvie.
c'est un mensonge perpétuel, c'est le rêve d'un malade, c'est l'illusion d'un fou. La vie s'attache tout entière à une chimère irréalisable qu'on serait heureux de conserver à l'état de désir et d'aspiration, mais qui s'évanouit dès que l'on veut toucher l'idole i). L'on songe ainsi i ce que Gérard dut souffrir dans son amour pour Jenny 'olon. Celle-ci, du reste, n'était pas l'étoile inaccessible lu il se figurait. Il finit par l'approcher, par se faire entendre et même par se faire comprendre. Il accomoagna « Aurélie » dans les représentations qu'elle donna i Senlis et à Dammartin. L'obstiné rêveur voulait faire me cruelle expérience et confronter ses souvenirs avec a réalité : « J'avais projeté de conduire Aurélie au château, près d'Orry, sur la même place verte où pour la première fois j'avais vu Adrienne. Nulle émotion ne parut en elle. Alors je lui racontai tout ; je lui dis la : source de cet amour entrevu dans les nuits, rêvé plus tard, réalisé en elle. Elle m' écoutait sérieusement et : me dit : — Vous ne m'aimez pas ! Vous attendez que 1 je vous dise : La comédienne est la même que la reli- I gieuse ; vous cherchez un drame, voilà tout, et le dénoue- I ment vous échappe. Allez, je ne vous crois plus ! »
Le pauvre Gérard n'eut pas assez de cette confrontation, ■l voulut mettre Sylvie, qui était mariée et mère de famille 't qu'il allait voir encore quelquefois, en face de la oseudo- Adrienne : « Le jour où la troupe dont faisait i partie Aurélie a donné une représentation à Dammartin, c j'ai conduit Sylvie au spectacle et je lui ai demandé si elle ne trouvait pas que l'actrice ressemblait à une personne qu'elle avait connue déjà. — A qui donc ? — I Vous souvenez-vous d' Adrienne ? Elle partit d'un \ grand éclat de rire en disant : Quelle idée ! Puis, comme [ se le reprochant, elle reprit en soupirant : Pauvre t Adrienne ! Elle est morte au couvent de Saint-S..., vers i 1832 ».
Gérard n'en continua pas moins à se consumer pour lenny Colon. Fut-il toujours relégué au rang de souoirant ? Il est à présumer que non et certains fragments ie lettres, publiées dans Aurélie, en font foi. « Nous avons
X GEBARD DE SERVAL
« maintenant, dit-il, dans l'une d'elles, à nous garde, « d'une chose, c'est de cet abattement qui succède à touU « tension violente, à tout effort surhumain. Pour q\i « n'a qu'un désir modéré, la réussite est une suprém< « joie qui fait éclater toutes les facultés humaines. Ces « un point lumineux dans l'existence, qui ne tarde pas t « pâlir et à s'éteindre. Mais pour le cœur profondémen a épris, l'excès d'émotion contracte pour un instant tou. « les ressorts de la vie ; le trouble est grand, la convu^ « sion est profonde, et la tête se courbe en frémissai « comme sous le souffle d'un Dieu. Hélas / que somme.- « nous, pauvres créatures ! et comment répondre dign « ment à la puissance de sentir que le ciel a mise t « notre âme ? Je ne suis qu'un homme et vous une femnu « et l'amour qui est entre nous a quelque chose d' impéri: « sable et de divin... »
Dans ce fragment, et, plus encore, dans certains autre on sent une exaltation inquiète. On n'est pas impun ment hanté par un tel amour, on ne mêle pas, chaqu jour, impunément, le rêve à la vie. Une nuit de l'hivt de 1841, Gérard de Nerval avait donné des signes t manifestes de démence qu'on avait dû le conduire à Mon martre, dans la maison de santé du docteur Blanch Au bout de quelque temps, cependant, ilso fit, mais il éta incomplètement guéri.
A partir de cette époque et surtout à partir de 184^1 date de la mort de Jenny Colon, l'existence de Gérar \ devient de plus en plus singulière, sans que jamais, dy reste, les bizarreries de son humeur, les obscurcissement momentanés de sa raison apparaissent dans ses écrits C'est là un fait extrêmement remarquable et sur leque les témoignages abondent : « Chacun, dit Dumas père « désire devenir fou pour suivre ce guide entraînan « dans le pays des chimères et des hallucinations, pleii « d'oasis plus fraîches et plus ombreuses que celles qu « s'élèvent sur la route brûlée d' Alexandrie à Ammou c( tantôt, c'est la mélancolie qui devient sa muse, et alori « retenez vos larmes, si vous pouvez, car jamais Werther « jamais René, jamais Antony, n'ont eu plaintes plut