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AUTOGRAPHE

GERABD DE NERVAL

En réalité, Gérard n'était pas fou, dans le sens grossier du mot : c'était un rêveur qui aimait un peu trop sei rêves. Il aimait aussi ceux des autres et il Va prouvé en\ écrivant cette curieuse série d'études sur les Illuminés ;( Cazotte, Quintus Aucler, Vabbé de Bucquoy, Raou\ Spifame, Restif de la Bretonne, Cagliostro. \

Parmi les innombrables anecdotes que nous ont laisséei\ ses contemporains sur ce que Champfleury appelle If « excentricités de Gérard de Nerval », nous en retiendri > une, poétique entre toutes. C'est l'histoire du lit de Mur guérite de Valois, qui nous est contée par Jules Janir et Eugène de Mirecourt. C'était un grand lit en bois dt^ chêne, sculpté du haut en bas. Marguerite de Valois v dormait en 1519, au château de Tours. Gérard l'achète*; huit mille francs. Lorsqu'on essaya de l'installer cJie} lui jamais on ne put y parvenir. Il fallut élargir le: issues avec le marteau du démolisseur. Une fois en ploci Gérard ne voulut jamais coucher dans le lit royal et i s'étendait à côté, par terre, sur un simple matelas. Il croyai que seuls les descendants des rois pouvaient coucher dam le lit de leurs ancêtres ou y recevoir quelqu'un. A sentiment de respect venait se joindre une douce supersti tion d'amour, car, n'est-il pas dit, dans Sylvie, à propo. d* Adrienne : « C'était la petite-fille de l'un des descen dants d'une famille alliée aux anciens rois de France le sang des Valois coulait dans ses veines... » F

Ainsi, partout, nous trouvons la preuve de la persis tance de ses premiers sentiments. .Avec l'espoir de s< soustraire à leur obsession, pour donner de l'air à se. idées, Gérard quitte Paris et on le voit alors courir comme possédé du démon des voyages, de l'est à l'ouest é du sud au nord. Il est en Allemagne, en Italief, à Vienne à Constantinople, au Caire. Il envoie ses relations d voyages à Arsène Houssaye, qui dirige /'Artiste. / revient en France, collabore avec Théophile Gautier au feuil leton draimtique de /a Presse, puis il repart pour l'Alsace les Flandres et la Hollande. Voyageur fantasque, il n^ pas toujours le sou dans sa poch? et il va, souvsnt à pied liant connaissance avec l'o'ivrier et l'étudiant. En Orient

f a des aventures de toutes sortes, qu'il conte d'une façon harmante. Au Caire on veut le forcer à prendre femme

le voilà essayant de se dérobera cette loi du pays, puis chetant au marché aux esclaves une feuie javanaise ui lui cause les plus grands embarras et dont il a toutes 'S peines du monde à se débarrasser ensuite lorsqu'il eut rentrer en France.

Le libraire Touquet, qui avait publié un des premiers isais de Gérard de Nerval, lui avait dit : « Jeune homme, DUS irez loin ! » Gérard ne manque pas d'ajouter que prédiction s'est réalisée, il a en effet parcouru de nntains pays. Nous devons à ces pérégeinations des âges nombreuses, (Lorely, Voyage en Orient), pages ui ont un accent à part dans la littérature de l'époque, ir, avoue Théophile Gautier, Gérard « s'abstint toujours es violentes colorations dont nous avons tous plus ou toins abusé ».

Cependant, comme Gérard de Nerval le dit lui-même :

Avec le temps, la passion des grands voyages s'éteint, à moins quon n'ait voyagé assez longtemps pour devenir étranger à sa patrie. Le cercle se rétrécit de plus en plus, se rapprochant peu à peu du foyer ».

Gérard rentra définitivement à Paris. Les crises d'éga- ^ment le reprirent et comme elles n' altéraient, ainsi que ous r avons dit, ni son talent, ni son caractère, il voulut '. prouver en les analysant. C'est à ce souci que nous evons Aurélia ou le Rêve et la Vie qui, nous dit Théohile Gautier, « montre la raison froide assise au chevet la fièvre chaude, l'hallucination s' analysant ellelême par un suprême effort philosophique ».

Mais le poète n'eut pas le temps d'achever son étrange •avail : le 26 janvier 1855, un vendredi, on le trouva, u fond de la ruelle de la Vieille-Lanterne, pendu à une rille. Avait-il été victime d'un guet-apens nocturne ? Ivaù-il demandé au suicide la fin de ses douleurs ? Charles Monselet, dans ses Petits Mémoires Littéraires, oit à l'assassinat. Alfred Dslvau et d'autres penchent lutôt pour le suicide. En réalité, personne au monde ne eut donner le mot de cette douloureuse énigme.

CEBARD IlE NERVAL

A la nouvelle de cette mort tragique, ce fut un deui, général dans les lettres: « On s^empressa, on accourut.i on voulut savoir les moindres détails de cette fin lamen-i\ table » (1). On vint dans cette rue de la Vieille- Lanterne^ comme à un funèbre j èlerinage. Célestin Nanteuil e;i| Gustave Doré firent des dessins de la ruelle sinistre. Di^ tous côtés une grande pitié se fit four pour le malheureui^'^ Gérard, et Mirecourt donne le ton général quand il s'écrie x € Il a descendu lentement et sans se plaindre la penti « fatale qui mène à la détresse, à la maladie, à la faim n à la mort. Puisse le juge suprême lui pardonner sor « désespoir et le réunir à Gilbert et à Chaterton, ses frèret « en poésie et en malheur ! »

Gérard de Nerval ne fut, certes, pas heureux, au sem ordinaire de ce mot. yiais, fut-il malheureux, souffrit-i de la faim, fut-il si misérable qu on l'a prêter du F C'ef ce que Gautier, qui Va bien connu, nie avec véhémence « Quon ne vienne pas faire sur cette tombe qui vc « s'ouvrir des nénies littéraires, ni évoquer les lamentable: « ombres de Gilbert, de Malfilâtre et d'Hégésippe Moreau « Gérard de Nerval na été ni méconnu, ni repoussé. « Tous les théâtres, tous les journaux ont été oùverii' « en tous temps à ce pur et charmant écrivain qui, < « l'esprit le plus ingénieux, au caprice le plus tendre « joignait une forme sobre, délicate et parfaite ».

Nous nous arrêterons sur cet éloge d'un maître écrivain amplement mérité par Sylvie, par les Poésies, par la Illuminés, par le Voyage en Orient et par Aurélia.

Bien que Gérard de Nerval sdl surtout connu pca ses écrits en prose, nous avons pensé que ses an îs — ils se font chaque jour plus nombreux! — nous sau rcient gré de publier un choix de ses vers. Combler de pièces d'ailleurs sont charmantes — comme let Odelettes, — d'autres dCun art parfait — comme let

(1) Alfred Delvau. |

ers doiv'S, — d'autres simplement curieuses ' — comme 8 Satires politiques!... Le nom de Gérard leur ouvrait droit les portes de notre Bibliothèque. Enfin, une irnière raison nous a amenés à composer ce recueil :

quasi-i.n possibilité où on était de se procurer les poésies i Gérard de NerviU Grâce à notre petit' livre, la diffi-

Ué dis parait...

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