‹ Choix de poésiesChapitre 36 sur 81 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

... Que de soins sur un front la main de Dieu rassemble

Et donne pour racine aux fleurons du bandeau !

Pourquoi mit-il encor ce pénible fardeau

Sur ma tête aux pensers sombres abandonnée,

Et souffrante, et déjà de soi-même inclinée ?

Moi qui n'aurais aimé, si j'avais pu choisir.

Qu'une existence calme, obsciire et sans désir :

Une pauvre maison dans quelque bois perdue.

Des tapis de lierre et de mousse tendue ;

Des fleurs à cultiver, la barque d'un pêcheur.

Et de la nuit sur l'eau respirer la fraîcheur ;

Prier Dieu sur les monts, suivre mes rêveries

Par les bois ombragés et les grandes prairies.

Des collines le soir descendre le penchant,

Le visage baigné des lueurs du couchant ;

Quand un vent parfumé nous apporte en sa plainte

Quelques sons affaiblis d'ime ancienne complainte...

ôh ! ces feux du couchant, vermeils, capricieux,

Montent comme un chemin splendide vers les cieux !

Il semble que Dieu dise à mon âme souffrante :

« Quitte le monde impur, la foule indifférente.

Suis d'un pas assuré cette route qui luit,

Et viens à moi, mon fils !... et n'attends pas la nuit ! »

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