‹ Choix de poésiesChapitre 54 sur 81 · HÉRAUT · texte numérisé non relu

HÉRAUT

Les noces d'or coniiniinéraent Se font après cinqviante années ; Mais les brouilles (1) sont terminées, Et l'or me plaît infiniment.

Obéron

Messieiu*s, en cette circonstance.

Montrez votre esprit comme moi ; Aujourd'hui, la reine et le roi Contractent nouvelle alliance.

PucK (2)

Puck arrive assez gauchement En tournant son pied en spirales ; Puis cent autres par intervalles Autour de lui dansent gaîment.

Ariel (3)

Pour les airs divins qu'il module, Ariel veut gonfler sa voix ; Son chant est souvent ridicule.

Mais rencontre assez bien parfois.

Obéron

Notre union vraiment est rare.

Qu'on prenne exemple sur nous deux !

Quand bien longtemps on les sépare.

Les époux s'aiment beaucoup mieux.

TiTANIA

Epoux sont unis. Dieu sait comme :

Voulez- vous les mettre d'accord ?...

(l)Allusion aux querelles d'Obéron et de Titania, datu le Songe dune nuit d'iU de Shakespeare.

(2) Personnage fantastique de Shakespeare. Esprit à la suite d'Obéron f exécutant ses volontés, et le divertissant par ses bouffonneries.

(3) Petit génie aérien, aux ordres du magicien dans la Tempête.

Au fond du Midi menez l'homme, Menez la femme au fond du Nord.

Obchbstbe, Tutti fortissimo

Nez de mouches et becs d'oiseaux.

Suivant mille métamorphoses.

Grenouilles, grillons et crapauds.

Ce sont bien là nos virtuoses.

Solo

De la cornemuse écoutez, Messieurs, la musique divine:

On entend bien, ou l'on devine, Le schnickschtmck qui vous sort du nez.

Esprit, qui vient de se former

A l'embryon qui vient de naître Ailes et pattes on joindra; C'est moins qu'un insecte peut-être...

Mais c'est au moins un opéra.

Un petit couple (1)

Dans les brouillards et la rosée Tu t'élances... à petits pas; Ta démarche sage et posée Nous plaît, mais ne s'élève pas.

Un voyageur curieux

Une mascarade, sans doute. En ce jour abuse mes yeux ; Trouverai-je bien sur ma route Obéron, beau parmi les dieux ?

~7nP^iit^êt^e petit coupU s'adresse-t-il à Wieland. Au moins ce qu'il dii parS convenfr merveilleusement à l'Obéron de ce poète, imitateur un peu lourd du divin Arioste.

60 gérakd de nkrval

Orthodoxe

Ni grifEes ni queue, ah ! c'est drôle ! Ils me sont cependant suspects :

Ces diables là, sur ma parole.

Ressemblent fort aux dieux des Grecs (1).

Artiste dtj Nord

Ebauche, esquisses ou fohe, Voilà mon travail jusqu'ici ; Pourtant je me prépare aussi Pour mon voyage d'Italie.

Puriste

Ah ! plaignez mon malheur, passants, Mes espérances sont trompées :

Des sorcières qu'on voit céans, Il n'en est que deux de poudrées.

Jeune Sorcière

Poudre et robes, c'est ce qu'il faut Aux vieilles qui craignent la vue ; Pour moi, sur mon bouc je suis nue.

Car mon corps n'a point de défaut.

Matrone

Ah ! vous serez bientôt des nôtres.

Ma chère, je le parîrais ; Votre corps, si jeune et si frais.

Se pourrira, comme tant d'autres.

Maître de chapelle

Nez de mouches et becs d'oiseaux.

Ne me cachez pas la nature ;

<1) Schiller ayant composé une ode fort belle, où il regrettait, en poète, )5 riante mythologie des Grecs, il y eut, à ce propos,' grande rumeur parmi .-« théologiens allemands; car prenant l'od^au sérieux, ils se fftchèrent tout de bon et crièrent à l'impiété. C'est à ce petit poème intitulé Le* Dieux de la Grèe« que Gœthe fait allusion.

Grenouilles, grillons et crapauds.

Tenez-vous au moins en mesure.

GiBOUBTTB, tournée d'un côté.

Bonne compagnie en ces lieux :

Hommes, femmes, sont tous, je pense, Gens de la plus belle espérance ; Que peut-on désirer de mieux ?

GiBOUBTTE, tournée d'un autre côté.

Si la terre n'ouvre bientôt Un abîme à cette canaille.

Dans l'enfer, où je veux qu'elle aille. Je me précipite aussitôt.

XÉNIBS (1)

Vrais insectes de circonstance.

De bons ciseaux l'on nous arma.

Pour faire honneur à la puissance De Satan, notre grand-papa.

Hbnntngs (2)

Ces coquins, que tout homme abhorre, Naïvement chantent en chœur ; Auront-ils bien le front encore De nous parler de leur bon cœur !

Mttsagète (3)

Des sorcières la sombre masse Pour mon esprit a mille appas ; Je saurais mieux guider leurs pas Que ceux des vierges du Parnasse...

(1) Eecueil d'épigramnies publié par Goethe et Schiller, et où tout ce qu'il y avait en Allemagne d'écrivains connus, hors eux, fut passé en revue et moqué. La scène est en enfer, comme ici.

(2) Une des victimes immolées dans les Xénies.

(3) Rédacteur d'un journal littéraire qui avait pour titre les Muut.

62 gébard de nerval

Ci-devant Génie du Temps (1)

Les braves gens entrent partout :

Le Blocksberg est un vrai Parnasse...

Prends ma perruque par un bout, Tout le monde ici trouve place.

Voyageur Curieux

Dites-moi, cet homme si grand (2), Après qui donc court-il si vite ?

Dans tous les coins il va flairant...

n chasse sans doute au jésuite.

Grue

Quant à moi, je chasse aux poissons En eau trouble comme en eau claire ; Mais les gens dévots d'ordinaire.

Sont mêlés avec les démons.

Mondain

Les dévots trouvent dans la foi Toujours un puissant véhicule, Et sur le Blocksberg, croyez-moi, Se tient plus d'un conventicule.

Danseur

Déjà viennent des chœurs nouveaux :

Quel bruit fait frémir la nature ? Paix ! du héron dans les roseaux C'est le monotone murmure.

(1) Autre journal rédigé par Hennings. Gœthe y était fort maltraité.

(2) Ceci porte sur Nicolaï, qui publia un Voyage en Europe, où il recherchait curieusement, et dénonçait à l'opinion, les hommes par lui soupçonnés d'appartenir au corps des jésuites. ~

Dogmatique (1)

Moi, sans crainte je le soutiens, La critique au doute s'oppose, Car, si le diable est quelque chose.

Comment donc ne serait-il rien ?

Idéaliste

La fantaisie, hors de sa route.

Conduit l'esprit je ne sais où ; Aussi, si je suis tout, sans doute Aujourd'hui je ne suis qu'un fou.

Réaliste

Sondant les profondeurs de l'être, Mon esprit s'est mis à l'envers ; A présent, je puis reconnaître Que je marche un peu de travers.

SUPERN'ATURALISTE

Quelle fête ! quelle bombance !

Ah ! vraiment je m'en réjouis.

Puisque, d'après l'enfer, je pense Pouvoir juger du paradis.

Sceptique

Follets, illusion aimable, Séduisent beaucoup ces gens-ci ; Le doute paraît plaire au diable.

Je vais donc me fixer ici.

iLuTEE DE CHAPELLE

En mesure, maudites bêtes !

Nez de mouches et becs d'oiseaux.

(1) Ici commence une série de philosophes des différentes sectes qu partagent l'Allemagne, et ont de temps en temps partagé le inonde. >'ous ne nommerons pas les individus, de peur de nous tromper. D'ailleurs les plaisanteries portant sur les doctrines plus que sur les hommes, elles gagneraient peu à devenir personnelles.

64 GÉRASD DE NEBVAL

Grenouilles, grillons et crapauds, Ah ! quels dilettantes vous êtes !

Les Sotjplks

Qui peut avoir plus de vertus Qu'un sans-souci î... Rien ne l'arrête'; Quand les pieds ne le portent plus, H marche très bien sior la tête.

Les Embarrassés

Autrefois, nous vivions gaîment.

Aux bons repas toujours fidèles ; IVIais, ayant usé nos semelles, Nous courons nu-pieds à présent.

Follets

Nous sommes enfants de la boue.

Cependant, plaçons-nous devant ; Car, puisqu'ici chacun nous loue, H faut prendre un maintien galant.

Etoile tombée

Tombée et gisante sur l'herbe.

Du sort je subis les décrets ; A ma gloire, à mon rang superbe.

Qui peut me rendre désormais î

Les Massifs

Place ! place au poids formidable, Qui sur le sol tombe d'aplomb !

Ce sont des esprits !... loiu-ds en diable. Car ils ont des membres de plomb.

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