répondra: «Monsieur, vous êtes bien honnête
Puis, votre nom chez nous dûment enregistré...
Intrare dignus'es m docto cor pore.
L'Ouvrier
Touchez là! j'y coisea^ p lisque c'est si facile: Fant-il m'e-ulimancher ? r
l'académie 111
M. Roger
Mais non, c'est inutile ; Une demande encor pour la dernière fois : Savez-vous lire ?
L'Ouvrier Un peu.
M. Roger Signer ?
L'Ouvrier
Je fais ma croix.
M. Roger
Ah ! fort bien, c'est assez pour pouvoir vous inscrire. Maintenant, suivez-moi, je vais vous faire élire.
(Il le prend par le b as.)
SCEXE VI
Les Précédents, M. L'Endormi (M. U Endormi saisissant son ouvrier pir V oreille.)
Ail ! coquin, je t'y prends : que viens-tu faire ici ?
L'Ouvrier Monseigneur...
M. L'Endorsh
Quoi ! maraud, me bafouer ainsi !
Tu veux donc, fainéant, dormir toute ta vie ! Est-ce ton atelier, dis, que l'Acaoémie ?
LOuvrifr Monseigneur, c'est monsieui...
M. L'Endormi
C'est inopsieur !... ah ! ma foi !
Singulière raison. S'il te disait : Pends-toi ! Le ferais-tu ?
L'Ouvrier
Mais... non.
M. L'ExDORsn
Eh bien .' c'est tout de même ; Un drôle, en qui j'ai mis ma confiance extrême ! Un joiu* à mon hôtel je l'avais fait venir : << Je te donne, lui dis-je, un trophée à finir ; « Ce noble monument, fondé par un despote, « Doit être par tes soins couvert d'une calotte ; « Au Ueu des bas-reliefs dont on voulait l'orner, « D'attributs plus chrétiens il faut l'environner, « Tu mettras d'un côté d'abord... » Enfin, n'importft^! Toujours, c'était le plan d'ime sublime porte.
Eh bien ! tout est-il fait ? mes vœux sont-ils remplis ?
Le lys déco'-e-t-il ses arceaux embelUs ?
Non, mais sur le fronton, depuis la monarchie.
Deux moellons montrent .seuls leur carrure blanchie.
Est-'^e là travailler ? Eh ! maraud, souviens-toi
Que le blâme t'épargne et retonibe sur moi !
Un pareil garnement ne renipUt point sa tâche.
Et c'est moi, moi tout seul qu'on prend pour un grand lâche.
Les arts sont morts, dit-on, le commerce est à bas. Les monuments pubhcs ne se terminent pas ;
st-ee ma faute à moi ? c'est l'ouvrier qui flâne ; Pour les méfaits d'autrui faut-il qu'on me condanme ? Au Louvre, dès longtemps, j'en avais placé deux : Un jour, passant par là, je m'adresse à l'un d'eux, Et lui dis : « Que fais-tu ? — Moi, monsieur, j'aide Pierre. — Et Pierre, que fait-il ? — Mais, il n'a rien à faire. » Que dites-vous du trait ? C'est ainsi qu'on nous sert ;
l'académie 113
L'échafaudage aussi reste toujours désert ; Mîiis ces messieurs, formant conseil diplomatique. Lisent le Moniteur, font de la politique. Discutant les budgets, mais à n'en plus finir, Et pouvernent la France... au lieu de l'embellir, Tu ris, grand fainéant, tu ris à ce langage ! Allons .' prends tes outils ! retourne à ton ouvrage ! Et demeure maçon, puisque c'est ton métier.
{Il le chasse à coups de pici.)
SCRXE VII M. Roger, M. L'Endormi
M. Roger, pleurant
Ah ! monsieur, vous m'ôtez le foin du râtelier : Ma pauvre Académie est à sa décadence, Et vous lui ravissez sa dernière espérance.
M. L'EsDCRiu
Bon !... vous rencontrerez d'aussi dignes élus : Vous avez Merindol, Quatrebarbe, Auguste Hus, Castil-Blaze, un gaillard qui, je crois, n'est pas bête, Sosthènes le moral, dont c'est bientôt la fête. Vos commis, vos facteiu-s, le collège égyptien, Martain l'âne.... Grillon.
M. Roger
Hélas ! croii'iez-vous bien Qu'ils ont refusé tous ?
M. L'Endormi
Voyez- vous la canaille !
^ M. Roger
Monsieur, c'est à bon droit que tout Paris me raille ; Amis comme ennemis, tous m'ont abandonné. Et depuis quatre mois je n'ai pas étrenné.
M. L'Endormi
Eli. bien ! cherchez encor, feuilletez bien la ville ; Créez un monstre, ou bien prenez l'hoiume fossile.
M. Roger
Oui. mais clans le fauteuil comment le faire asseoir ?
M. L'Endormi
Faites votre possible. Adieu donc, au revoir !
Quoi ! vous m'abandonnez ? Auriez-vous quelqu' atfaire ?
M. L'Endormi
Oui, je vais bouquiner le long du quai Voltaire.
M. Roger
Q'iai Vaulchier.
-M. L'Endormi
Soit.
M. Roger
C'est mieux.
.M. L'Endormi
J'y vais pour ma .santé.
Bonne chance !
M. Roger
Merci.
(M. L'Endormi sort.)
l'académie llô