‹ Choix de poésiesChapitre 32 sur 55 · LOCUTIONS DES PIERROTS · texte numérisé non relu

LOCUTIONS DES PIERROTS

Les mares de vos yeux aux joncs de cils, O vaillante oisive femme, Quand donc me renverront-ils

La Lune-levante de ma belle âme ?

Voilà tantôt une heure qu'en langueur

Mon cœur si simple s'abreuve

De vos vilaines rigueurs, Avec le regard bon d'un terre-neuve.

Ah! madame, ce n'est vraiment pas bien, Quand on n'est pas la Joconde, D'en adopter le maintien

Pour induire en spleens tout bleus le pauv' monde

Ah ! tout le long du cœur Un vieil ennui m'effleure . . .

M'est avis qu'il est l'heure De renaître moqueur.

Eh bien ? je t'ai blessée ?

Ai- je eu le sanglot faux, Que tu prends cet air sot De La Cruche cassée ?

Tout divague d'amour ; Tout, du cèdre à l'hysope, Sirote ta syncope ; J'ai fait un joli four.

Ton geste,

Houri, M'a l'air d'un mémento mort Qui signifie au fond : va, reste . . .

Mais, je te dirai ce que c'est. Et pourquoi je pars, foi d'honnête Poète

Français.

Ton cœur a la conscience nette, Le mien n'est qu'un individu

Perdu

De dettes.

Que loin l'âme type Qui m'a dit adieu Parce que mes yeux Manquaient de principes

Elle, en ce moment, Elle, si pain tendre, Oh ! peut-être engendre Quelque garnement.

80 ]ULES LAFORGUE

Car on l'a unie Avec un monsieur, Ce qu'il y a de mieux, Mais pauvre en génie.

Encore un livre ; ô nostalgies Loin de ces très goujates gens, Loin des saluts et des argents, Loin de nos phraseologies !

Encore un de mes pierrots mort ; Mort d'un chronique orphelinisme ; C'était un cœur plein de dandysme Lunaire, en un drôle de corps.

Les dieux s'en vont ; plus que des hures ; Ah ! ça devient tous les jours pis ; J'ai fait mon temps, je déguerpis Vers l'Inclusive Sinécure !

Eh bien, oui, je l'ai chagrinée.

Tout le long, le long de l'année ; Mais quoi ! s'en est-elle étonnée ?

Absolus, drapés de layettes, Aux lunes de miel de l'Hymette, Nous avions par trop l'air vignette !

Ma vitre pleure, adieu ! l'on bâille Vers les ciels couleur de limaille Où la Lune a ses funérailles.

Je ne veux accuser nul être,

Bien qu'au fond tout m'ait pris en traître.

Ah ! paître, sans but là-bas ! paître . . .

Je ne suis qu'un viveur lunaire Qui fait des ronds dans les bassins. Et cela, sans autre dessein Que devenir un légendaire.

Retroussant d'un air de défi Mes manches de mandarin pâle.

J'arrondis ma bouche et — j'exhale Des conseils doux de Crucifix.

Ah ! oui, devenir légendaire, Au seuil des siècles charlatans !

Mais où sont les Lunes d'antan ?

Et que Dieu n'est-il à refaire ?

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