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PETITE CHAPELLE

Peuples du Christ, j'expose, En un ostensoir lourd, Ce Cœur meurtri d'amour Qu'un sang unique arrose.

Ardente apothéose.

Mille cierges autour Palpitent nuit et jour Dans une brume rose.

Ainsi que, jour et nuit, Se lamentent vers lui, Comme vers leur idole.

Les cœurs crevés venus Pour ces maux inconnus Dont rien, rien ne console.

INTARISSABLEMENT (Sonnet)

Dire qu'au fond des deux n'habite nul Songeur, Dire que par l'espace où sans fin l'or ruisselle, De chaque atome monte une voix solennelle, Cherchant dans l'azur noir à réveiller un cœur !

Dire qu'on ne sait rien ! et que tout hurle en chœur Et cyue pourtant malgré l'angoisse universelle ! Le "Temps qui va roulant les siècles pêle-mêle. Sans mémoire, éternel et grave travailleur.

Charriant sans retour engloutir dans ses ondes Les cendres des martyrs, les cités et les mondes, Le Temps, universel et calme écoulement.

Le temps, qui ne connaît ni son but, ni sa source. Mais, rencontrant toujours des soleils dans sa course, Tombe de l'urne bleue intarissablement.

LA CIGARETTE (Sonnet)

Oui, ce monde est bien plat : quant à l'autre, sornettes. Moi, je vais résigné, sans espoir à mon sort, Et pour tuer le temps, en attendant la mort, Je fume au nez des dieux de fines cigarettes.

Allez, vivants, luttez, pauvres futurs squelettes. Moi, le méandre bleu qui vers le ciel se tord Me plonge en une extase infinie et m'endort Comme aux parfums mourants de mille cassolettes.

Et j'entre au paradis, fleuri de rêves clairs

Où l'on voit se mêler en valses fantastiques

Des éléphants en rut à des chœurs de moustiques.

Et puis quand je m'éveille en songeant à mes vers, Je contemple, le cœur plein d'une douce joie Mon cher pouce rôti comme une cuisse d'oie.

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