A MADAME X
Ex\ LUI ENVOYANT UNE PENSEE
Au temps où vous m'aimiez (bien sûr?) Vous m'envoyâtes, fraîche éclose, Une chère petite rose, Frais emblème, message pur.
Elle disait en son langage Les « serments du premier amour »
Votre cœur à moi pour toujours Et toutes les choses d'usage.
Trois ans sont passés. Nous voilà!
Mais moi j'ai gardé la mémoire De votre rose, et c'est ma gloire De penser encore à ccl;i.
llclas ! si j'ai la souvenance.
Je n'ai plus la Heur, ni le cœur!
Elle est aux quatre vents, la fleur.
Le cœur? mais, voici que j'y pense,
Fut-il mien jamais? entre nous?
Moi, le bien bat toujours le même.
Il est toujours simple. Un emblème A mon tour. Dites, voulez-vous
Que, tout pesé, je vous envoie, Triste sélam, mais c'est ainsi, Cette pauvre négresse-ci?
Elle n'est pas couleur de joie,
Mais elle est couleur de mon cœur; Je l'ai curillie à quelque fente Du pavé captif que j'arpente En ce lieu de juste douleur.
A-t-elle besoin d'autres preuves?
Acceptez-la pour le plaisir.
J'ai tant foit que de la cueillir,
Et c'est presque une fleur-des-veuves.
Ajkiouit. 289
UN VEUF PARLi:
Je vois un groupe sur la mci-.
Quelle mer? (^elle de mes larmes.
Mes yeux mouillés du vent amer Dans cette nuit d'om))re et d'alarmes Sont deux étoiles sur la mer.
C'est une toute jeune femme ' Et son enfant déjà tout giand Dans une barque où nul ne rame.
Sans màt ni vtjile, en i)l<'in courani.. Un jeune gar<;on, une fi>mmet •
En plein courant dans l'ouragan!
L'enfant se cramponne à sa mère
(Jui ne sait plus où, non plus qu'on.
iS'i plus rien, et qui, folle, espère En le courant, en l'ouragan.
Kspérez en Dieu, pauvre folle, Crois en notre Père, petit.
La tempête qui vous désole, Mon cœur de là-haut vous prédit nu'elle va cesser, petit, folle!
Et paix au groupe sur la mer, Sur celte mer de bonnes larmes!
Mes yeux joyeux dans le ciel clair.
Par cette nuit sans plus d'alarmes, Sont deux bons anges sur la mer.
A:\roui{. 291
A LonS II DE BAVIKIIE
Roi, le seul vrai roi de ce siècle, salut, Sire, Qui voulûtes mourir vengeant votre raison Des choses de la politique, et du dc'lire De cette Science intruse dans la maison,
De cette Science assassin de l'Oraison Et du Chant et de l'Art et de toute la Lyre, Et simplement et plein d'orgueil on floraison Tuâtes en mourant, salut. Hoi. bravo. Sire!
Vous fûtes un poète, un soldat, le seul Uoi De ce siècle où les rois se font si peu de chose, Et le martyr de la liaison selon la Foi.
Salut à votre très unique apothéose,
VA que votre Ame ait son fier cortège, or et fer,
Sur un air magnitique cl joyeux de Wagner.
292 AMOIR.
A FERNAND LAMiLOlS
Vous vous êtes penché sui- ma mélancolie, Non comme un indiscret, non comme un curieux, Et vous avez surpris la clef de ma folie, Tel un consolateur attf'ntif et pirux.
El vous avez ouvert doucement ma serrure, Y mettant tout le temps, non ainsi qu'un voleur, Mais ainsi que quelqu'un qui préserve et rassure Un triste possesseur peut-être receleur.
Soyez aimé d'un cœur plus veuf (fue toutes veuves, Oui n'avait plus personne en qui pleurer vraiment. Soyez héni d'une Ame errant au bord des fleuves Consolateurs si mal avec Icni" air dormant;
Que soient suivis des pas d'un but à la dérive Hier encor, vos pas eux-mêmes tristes, o Si tristes, mais que si bien tristes! et que vive Encore, alors! mais par vous pour Dieu, ce roseau.
Cet oiseau, ce roseau sous cet oiseau, ce blême Oiseau sur ce pâle roseau fleuri jadis, Et 'pâle et sombre, spectre et sceptre noir : Moi-même! Surrexit liodie, non plus : de profiindis.
Fiat! La défaillance a fmi. Le courage llevient. Sur votre bras permettez qu'appuyé Je marche en la fraîcheur de l'expirant orage, Moi-même comme qui dirait défoudroNc.
LA, je vais mieux. Tantôt le calme s'en va naître. Il naît. Si vous voulez, allons à petits pas. Devisant de la vie et d'un bonheur peut-être Non, sans doute, impossible, en soninip, n'est-ce pas?
Oui, causons de bonheur, mais vous? pourquoi si triste Vous aussi? Vous si jeune et si triste, ù pourquoi, Dites? .Mais cela vous regarde, et si j'insiste C'est uniquement pour vous plaire et non pour moi.
Discrétion sans borne, immense symi»athie! C'est l'heure [)récieuse, elle est unique, elle est Angélique. Tantôt l'avez-vous pressentie?
Avez-vous comme su — moi je l'ai — qu'il fallait
i;y4 AMOUR.
Peut-être bien, sans clou te, et quoique, et puisque, en somme. Éprouvant tant d'estime et combien de pitié. Laisser monter en nous, fleur suprême de l'homme, l'Vanchement, largement, simplement, l'Amitié.