LES MORTS QUE
Les morts que l'on fait saigner dans lour tombe
Se vengent toujours.
Us ont leur manière, et plaignez qui tombe
Sous leurs grands coups sourds.
Mieux vaut n'avoir jamais connu la vie, Mieux vaut la mort lente d'autres suivie, Tant le temps est long, tant les coups sont lourds.
Les vivants qu'on fait pleurer comme on saigne
Se vengent parfois.
Ceux-là qu'ils ont pris, qu'un chacun l'^s plaigne,
Pris entre leurs doigts.
Mieux vaut un ours et les jeux de sa patte, Mieux vaut cent fois le chanvre et sa cravate. Mieux vaut l'édredon d'Othello cent fois.
:\34 l'Ai; A I.r,KLl■:^r^;NT.
0 toi, persécuteur, crains le vampire
Et crains l'étrangleur : ' Leur jour de colère apparaîtra pire
Que toute douleur.
Tiens ton âme prête à ce jour ultime Qui surprendra l'assassin comme un crime Et fondra sur le vol comme un voleur.
PIERUOT CiAMlN
Ce n'est pas Pierrot en herbe Non plus que Pierroi en gerbe, C'est Pierrot, Pierrot, Pierrot.
Pierrot gamin, Pierrot goss<3, Le cerneau hors de ki cosse.
C'est Pierrot, Pierrot, Pierrot!
Bien qu'un rien plus haut qu'un mètre,
Le mignon drôle sait mettre
Dans ses yeux l'éclair d'acier
Qui sied au subtil g/'nie
l>e sa malice infinie
De poète -grimacier.
Lèvres rouge-de-blessure Où sommeille la luxure, Face pâle aux rictus fins, Longue, très accentuée.
Qu'on dirait habituée A contempler toutes fins,
Corps fluet et non pas maigre.
Voix de fille et non pas aigre, Corps d'éphèbe en tout petit, Voix de tète, corps en fête.
Créature toujours prête A soûler chaque appétit.
Va, frère, va, camarade, Fais le diable, bats l'estrade Dans ton rêve et sur Paris Et par le monde, et soit l'ûme Vite, haute, noble, infâme De nos innocents esprits!
Crandis," car c'est ia coutume, Cube ta riche amertume, Exagère la gaieté.
Caricature, auréole.
I^a grimace et le symbole De notre simplicité!