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Bon pauvre, ton vêtement est léger
Comme une brume, Oui, mais aussi ton cœur, il est léger
Comme une plume, Ton libre cœur qui n'a qu'à plaire à Dieu,
Ton cœur bien quitte De toute dette humaine; — en quelque lieu
Que l'homme habite, Ta part de plaisir et d'aise paraît
Peu suffisante.
Ta conscience en revanche apparaît
Satisfaisante, Ta conscience que, précisément,
Tes malheurs mêmes Ont dégagée, en ce juste moment, Des soins suprêmes.
Ton boire et ton manger sont, je le crains,
Tristes et mornes; Seulement, ton corps faible a, dans ses reins.
Sans fm ni bornes, Des forces d'abstinence et de refus
Très glorieuses, Et des ailes vers les cieux entrevus
Impérieuses...
L'amour de la Patrie est le premier amour Et le dernier amour après l'amour de Dieu, C'est un feu qui s'allume alors que luit le jour Où notre regard luit comme un céleste feu,
C'est le jour baptismal aux paupières divines De l'enfant, la rumeur de l'aurore aux oreilles Frais écloses, c'est l'air emplissant les poitrines En fleur, l'air printanier rempli d'odeurs vermeilles
L'enfant grandit, il sent la terre sous ses pas Qui le porte, le berce, et, bonne, le nourrit, Et douce, désaltère encore ses repas D'une liqueur, délice et gloire de l'esprit.
Puis l'enfant se fait homme ou devient jeune lille, Et cependant que croît sa chair pleine de grâce, Son âme se répand par delà la famille Et cherche une diiie sœur, une chair qu'il enlace;
Et quand il a trouvé cette àme et cette chair, Il naît d'autres enfants encore, fleurs de fleurs Qui germeront aussi le jardin jeune et cher Des générations d'ici, non pas d'ailleurs.
L'homme et la femme ayant l'un et l'autre leur tâche, S'en vont chacun un peu de son côté. La femme, Gardienne du foyer tout le jour sans relâche, La nuit garde, l'honneur comme une chaste flamme;
L'homme vaque aux durs soins du dehors; les travaux. La parole à. porter — sûr de ce qu'elle vaut — Sévère et prohe et douce, et rude aux discours faux, VX la nuit le ramène entre les hras qu'il faut.
Tous doux, si pacilique est leur course terrestre. Mourront bénis de fils et vieux dans la patrie; Mais (jue le noir démon, la Guerre, essore l'œstre, Que l'air natal s'empourpre aux reflets de tuerie,
Que l'étranger mette son pied .sur le vieux sol Nourricier, — imitant les peuples de tous bords, Saragosse, Moscou, \o Uusse. l'Espagnol, La France de Quatre-vingt-treize, i'homme alors.
Magnifié soudain, à son œuvre se hausse, Et tragique, et classique, et très fort, et très calme, Lutte pour sa maison ou combat pour sa fosse, Meurt en pensant aux siens ou leur conquiert la palmxî
S'il survit il reprendle train de tous les jours. Élève ses enfants dans la crainte du Dieu Des ancêtres, et va refleurir ses amours Aux flancs de l'épousée éprise du fier jeu.
L'âge mûr est celui des sévères pensées, Des espoirs'soucieux, des amitiés jalouses, C'est l'heure aussi des justes haines amassées^, Et quand sur la place publique, habits et blouses.
Les citoyens discords dans d'honnêtes combats (Et combien douloureux à leur fraternité !) S'arrachent les devoirs et les droits, t non pas Pour le lucre, mais pour une stricte équité,
Il prend parti, pleurant de tuer, mais terrible Et tuant sans merci comme en d'autres batailles, Le sang autour de lui giclant comme d'un crible, Ifne atroce fureur, pourtant sainte, aux entrailles.
Tué, son nom. C(''Ièbre ou nun, reste honoré. Proscrit ou non, il meurt heureux, dans tous les cas, D'avoir voué sa vie et tout au Lieu Sacré Qui le fit homme et tout, de joyeux petit gas.
Sa vouve et ses petits garderont sa mémoire, La terre sera douce à cet enfant fidèle Oh le vent pur de la Patrie, en plis de gloire, Frissonnera comme un drapeau tout fleurant d'Elle.