‹ Choix de poésies;Chapitre 9 sur 78 · PROMENADE SENTIMENTALE · texte numérisé non relu

PROMENADE SENTIMENTALE

Le couchant dardait ses rayons suprêmes Et le vent berçait les nénuphars blêmes; Les grands nénuphars entre les roseaux Tristement luisaient sur les calmes eaux. Moi j'errais tout seul, promenant ma plaie Au long de l'étang, parmi la saulaie Où la bi'ume vague évoquait un grand Fantôme laiteux et désespérant, Et pleurant avec la voix des sapielles Qui se rappelaient en battant des ailes Parmi la saulaie où j'errais tout seul Promenant ma plaie; et l'épais linceul Des ténèbres vint noyer les suprêmes Rayons du couchant en ses ondes blêmes Et des nénuphars parmi les roseaux, Des grands nénuphars sur les calmes eaux.

24 POÈMES SATUlîNIENS.

MJIT DU WALFUllGIS CLASSIQUE

C'est plutôt 1(? sabl)aL du second Faust quo Fautre. Un rhylhmique saljbat, rhythmique, extrêmement lUiythmique. — Imaginez ui^ jardin de Lenotre, Correct, ridicule et charmant.

J)os ronds-points: au milieu, des jets d'eau; des allées Toutes droites ; syl vains de marbre; dieux marins De bronze; çà et là, des Vénus étalées; Des quinconces, des boulingrins;

Dos chAtaigniers; des plants de Heurs formant la dune; ii-j. (les rosiers nains qii Un :L;oi'lt dorje ('llila ; Uns loin, des ifs iailh-s en liiani;l<'. La lune D'un soii" d'été sui- (oui ecl.i.

paysa<;ks tristes. 25

Minuit sonne, et rév-eille au fond du parc auliquc ;/

Un air mélancolique, un sourd, lent et doux air Ue chasse : tel, doux, lent, sourd et mélancolique, /^' L'air de chasse de Tannhauser. .''

Des chants voilés de cors lointains où la tendresse Des sens étreint l'effroi de l'âme en des accords Harmonieusement dissonnants dans l'ivresse; Et voici qu'à l'appel des cors

S'entrelacent soudain des formes toutes blanches. Diaphanes, et que le clair de lune fait Opalines parmi l'ombre verte des branches, — Un Watteau rêvé par Ralîet! —

S'entrelacent parmi l'ombre verte des arbres D'un geste alangui, plein d'un désespoir profond, Puis, autour des massifs, des bronzes et des marbres Très lentement dansent en rond.

— Ces spectres agités, sont-ce donc la pensée Du poète ivre, ou son regret, ou son remords, Ces spectres agités en tourbe cadencée,

Ou bien tout simplement des moi'ts i'

Sunl-ce donc ton remords, ù j'èvasseur, qu'invite L'jjorreur ou ton regret, ou ta pensée, — hein ? — tous Ces spectres (ju'un vertige irrésistible agile, Ou bien des morts <|ui sciaient fous? —

N'importe! ils vont toujours, les fébriles fantômes, Menant leur ronde vaste et morne et tressautant Comme dans un rayon de soleil des atomes. Et s'évaporent à l'instant

Humide et blême où l'aube éteint l'un après l'autre Les cors, en sorte qu'il ne reste absolument Plus rien — absolument — qu'un jardin de Lenôtre, Correct, ridicule et charmant.

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