‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 20 sur 460 · MEDITATION · texte numérisé non relu

MEDITATION

(Vers 1649)

NOTICE

De la Brièveté de la Vie: tel est le titre- de ce morceau dans le manuscrit original (T. Xlf, f. 370). Bossuet l'avait sous les yeux lorsqu'il composa, en 1 6G2, le sermon sur la Mort, où il en a repris l'idée et quelquefois aussi les expressions. Il était naturel que Dom Déforis imprimât à la suite de ce sermon, comme une sorte d'appendice, des pages écrites sur le même sujet et qu'il avait trouvées sous la môme enveloppe.

Ce n'est pas un fragment, comme il le dit, et comme, après lui, tous les éditeurs l'ont répété ; l'absence de toute forme oratoire avertit sans peine que ce n'est pas non plus un sermon, mais une Méditation ou une Élévation, pour emprunter àl'évêque de Meaux deux titres qu'il a consacrés plus tard par ses Méditations sur l'Évangile et ses Élévations sur les Mystères.

Il y en avait apparemment plusieurs de môme sorte sur un

l.Ms., t.XlI, f. 370, 371.— Déf.,t.V, P.4G5-468. (Cf. Vers., xii, 70-2-706; Viv., IX, 372-375. ) — 2. Ed. iFmgmenfswr la Brièveté de In Vie et Le Néant de l'Homme. Les derniers mots ne sont pas seulement une glose inutile, mais un contre-sens, ausà bien que le mot frarjmeni.

i DE LA BRIEVETE DE LA VIE.

petit cahier que Bossuet aura déchiré et détruit, après en avoir détaché les deux feuillets dont il avait dessein de se servir. On lit, en tête de la page où celle-ci commence, vingt et une lignes qui justifient ma conjecture, et qu'il m'a paru convenable de reproduire, d'autant plus qu'elles étaient encore inédites et d'ailleurs assez difficiles à déchiffrer :

« qui fait l'union, vinculum perfectionis^. De sorte que

je ne suis que comme ces membres qui pendent et ne sont plus rien au corps qu'un fardeau inutile. Il n'y a que la foi et l'espérance qui me demeurent ; encore sont-elles mortes, car elles n'ont leur vie que par la charité. Mais au moins je tiens au corps par elles, comme par quelques petites fibres. Ce sont les semences de la vie : qui les fomentera, ces semences? Qui leur donnera la chaleur vitale ? Il faut en prier aujourd'hui la Mère de Dieu. Voici ma résolution et ma prière : « Mère de mon Dieu, c'est dans vos chastes entrailles que le Verbe a pris sa nouvelle vie; je vous prie, par ce sang pur et virginal que vous lui avez donné pour la recevoir, que je puisse par votre intercession recouvrer la vie nouvelle qui m'a été communiquée par le Verbe. Et d'autant que cette \ie nouvelle, qui réside principalement en lui, se répand de lui immédiatement sur vous comme à la partie qui a le plus d'union avec lui, et que, y entrant toute pure et avec abondance, elle se peut de là répandre sur les autres par votre moyen', souffrez que j'aie recours à votre intercession et que je vous prie défaire en sorte auprès de votre Fils qu'il anime ce reste de vie spirituelle que le péché m'a laissé malgré sa malice, par la grûce de Dieu, et que je puisse ensuite vivre A JÉSUS ET JÉSLS EN MOI. Et ccla pouT jamais. »

Ces méditations pourraient bien ôtre, à l'exception d'un Précis de sermon sur le Féché d'habitude «, ce que nous avons déplus ancien dans les œuvres de Bossuet. L'écriture du manuscrit appartient certainement à la première jeunesse de

1. ChariUUem fiabetcquod est vinculum perfectionis. Coloss., m, 14.

2. Tout dans ce passage, le tour pénible de la phrase, aussi bien r|ue récriture, l'orlliograplie et certains détails de l'expression, confirmerait au besoin la date que j'assigne au fragment dont il fait partie.

3. Ms., XII, f. 110. Cf. Jacquiriet, Prédicateurs du dix-septième Siècle, p. 255-250, et mes Éludes critiques j p. 7-9,

l'orateur et rappelle en particulier le Panégyrique de saint Gorgon, dont je crois avoir fixé la date au 9 septembre 1649 ^ On remarquera, vers la fin, ces mots : « Je louerai Dieu de m'avoir retiré ici pour songer à la pénitence. » Ils font supposer que les deux morceaux furent écrits pendant une retraite passée ailleurs qu'au collège de Navarre, peut-être à Langres, lorsque Bossuet, né dans ce diocèse, alla y recevoir le sous-diaconat (21 septembre 1648)2, peut-être à Metz, dans le court intervalle qui aurait séparé le jour où il prononça le Panégyrique de saint Gorgon en présence de l'évêque d'Auguste, de celui où il fut ordonné diacre par ce prélat (21 septembre 1649). Bossuet avait alors vingt-deux ans.

La prière qu'on vient de lire autorise à croire que rien dans les autres méditations du petit cahier, pas plus que dans les premiers sermons composés pendant le séjour de Bossuet à Navarre, n'approchait de la méditation sur la Brièveté de la Yie, ni pour la force de la pensée, ni pour la profondeur du sentiment, ni pour la beauté du style. Il paraîtra remarquable que le jeune écrivain se soit tout d'abord surpassé lui-même en agitant au fond de sa conscience, dans le recueillement et l'effusion de la prière, cette grande pensée de la mort et de l'éternité qui devait remplir les Oraisons funèbres.

Le texte donné par D. Déforis est bon, et tous les éditeurs l'ont reproduit, sans y rien changer; à l'exception du titre, j'y ai changé très-peu de chose.

C'est bien peu de chose que l'homme, et tout ce qui a fin est bien peu de chose. Le temps viendra où cet homme qui nous ^ semblait si grand ne sera plus, où il sera comme l'enfant qui est encore à naître, où il ne sera rien. Si longtemps qu'on soit au inonde, y serait -on

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