‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 306 sur 460 · I Jean., m · texte numérisé non relu

I Jean., m

est homicide. » Il ne dit pas, chrétiens : Celui qui répand son sang ou qui lui enfonce un couteau dans le sein ; mais : «Celui qui le hait est homicide» , tant la haine est cruelle et malfaisante. En effet, il est déjà très-indubitable que nous faisons mourir dans notre cœur celui que nous haïssons ; mais il faut dire de plus qu'en l'éloignant de notre cœur, nous ne le pouvons souffrir nulle part. Aussi sa présence blesse notre vue; se trouver avec lui dans un même lieu, nous paraît une rencontre funeste; tout ce qui vient de sa part nous fait horreur; et si nous ne réprimions cette (a) maligne passion, nous voudrions être entièrement défaits de cet objet odieux. Telle est l'intention secrète de la haine, et c'est pourquoi l'apôtre saint Jean l'appelle homicide. Par où vous voyez, mes frères, combien il est dangereux d'être emporté par la haine, puisque Dieu punit comme meurtriers (b) tous ceux qui s'y abandonnent.

Mais revenons à notre sujet, et appliquons aux pécheurs la doctrine de ce grand apôtre. Tous ceux qui transgressent la loi de Dieu haïssent sa vérité sainte, puisque non-seulement ils l'éloignent d'eux, mais encore qu'ils lui sont contraires; la détruisant en eux-mêmes, et ne voulant lui donner^ aucune place dans leur vie, ils voudraient la pouvoir détruire partout où elle est, et principalement dans so . origine; ils s'irritent contre les lois, ils se fâchent que ce qui leur plaît désordonnément leur soit sévèrement défendu; et se sentant [c) trop pressés par la vérité, ils voudraient qu'elle ne fût pas. Car que souhaite davantage un malfaiteur que l'impunité dans son crime? et pour avoir cette impunité, ne voudrait-il pas pouvoir abolir et la loi qui le condamne,

Var. (a) Notre. — (b) Homicides. — (c) Ils se sentent. 1. Éd. : ne lui donnant. Mots effacés par Dossuel.

^t la vérité qui le convainc, et la puissance qui l'accable? Et tout cela n'est-ce pas Dieu même, puisqu'il est luimême sa vérité, sa puissance et sa justice? C'est pourquoi le Psalmiste a prononcé : « L'insensé a dit clans son cœur : Il n'y a point de Dieu' ; » il voudrait qu'il n'y en eût pas^; et saint Augustin® dit « que ceux qui ne veulent pas être justes, voudraient qu'il n'y eût au monde ni justice, ni vérité pour condamner les criminels : » Cum esse volunt mali ^ nolunt esse veritatem qua damnanturmali^. Considérez, ô pécheurs, quelle est votre audace; c'est à Dieu que vous en voulez; et puisque ses vérités vous déplaisent, c'est lui que vous haïssez et que vous voudriez qu'il ne fût pas [a]. Nolumus hune regncu^e super nos^l «[Nous ne voulons pas que celui-ci soit notre roi]. »

Mais afin que nous entendions que tel est le dessein (b) secret des pécheurs^, Dieu a permis, chrétiens, qu'il se soit enfin découvert en la personne de son Fils. Il a envoyé Jésus-Christ au monde, c'est-à-dire il a envoyé sa vérité et sa parole. ;.,u'a fait au monde ce divin Sauveur? Il a censuré hautement les pécheurs superbes, il a découvert les hypocrites, il a confondu les scandaleux, il a été un flambeau qui a mis à chacun devant les yeux toute la honte de sa vie. Quel en a été l'événement? Vous le savez, chrétiens, et Jésus-

Var. (a) Et que vous voulez faire tomber de son trône. — [b) Désir.

Page 1