‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 384 sur 460 · Viv. : qui portait son faîte jusqu'aux nues · texte numérisé non relu

Viv. : qui portait son faîte jusqu'aux nues

Tautre; elle bouillonne même par-dessous la terre. Tous croyez être bien muni aux environs, le fondement manque par en bas, un coup de foudre [frappe] par en haut. — Maisje jouirai de mon travail. — Eh quoi! pour dix ansde vie! — Mais je regarde ma postérité et mon nom. — Mais peut-être que ta postérité n'en jouira pas. — Mais peut-être aussi qu'elle en jouira. — Ettant de sueurs, et tantde travaux, et tant de crimes, ettantd'injustices, sans pouvoir jamais arracher [o] de la fortune, à laquelle tu te dévoues, qu'un misérable peut-être! Regarde qu'il n'y a rien d'assuré pour toi, non pas même un tombeau pour graver dessus tes titres superbes, seuls restes de ta grandeur abattue : l'avarice ou la négligence de tes héritiers le refuseront peut-être à ta mémoire ; tant on pensera peu à toi quelques années après ta mort! Ce qu'il y a d'assuré, c'est la peine de tes rapines, la vengeanceéternelle detes concussions et de ton ambition infinie. 0 les dignes restes de ta grandeur ! ô les belles suites de ta fortune ! ô folie ! ô illusion ! ô étrange aveuglement des enfants des hommes !

Chrétiens, méditez^ ces choses; chrétiens, qui que vous soyez, qui croyez vous affermir sur la terre, servez-vous de cette pensée pour chercher le solide et la consistance. Oui, l'homme doit s'affermir; il ne doit pas borner ses desseins dans des limites si resserrées que celles de cette vie : qu'il pense hardiment à l'éternité. En effet, il tâche, autant qu'il peut, que le fruit de son travail n'ait point de fin; il ne peut pas toujours vivre, mais il souhaite que son ouvrage subsiste toujours : son ouvrage, c'est sa fortune, qu'il tâche, autant qu'il lui est possible, de faire

Var. (a) Sans pouvoir tirer.

1. Viv. : Chrétiens, méditons ces choses... Voyez ci-aprè3 l'aulre conclusion du discours. Celle-ci n'a pas élé conservée par M Lâchât , même parmi les Variantes.

voir aux siècles futurs telle qu'il l'a faite, fl y a dans l'esprit de l'homme un désir avide de l'éternité; si on le sait appliquer, c'est notre salut. Mais voici l'erreur: c'est que l'homme l'attache à ce qu'il aime; s'il aime les biens périssables, il y médite quelque chose d'éternel; c'est pourquoi il cherche de tous côtés des soutiens à cet éditice caduc, soutiens aussi caducs que l'édifice même qui lui paraît chancelante 0 homme, désabuse-toi : si tu aimes l'éternité, cherche-la donc en elle-même, et ne crois pas pouvoir appliquer sa consistance inébranlable à cette eau qui passe et à ce sable mouvant. 0 éternité, tu n'es qu'en Dieu; mais plutôt, ô éternité, tu es Dieu même : c'est là que je veux chercher mon appui, mon établissement, ma fortune, mon repos assuré en cette vie et en l'autre. Amen.

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