‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 413 sur 460 · Ms., f. 314, v · texte numérisé non relu

Ms., f. 314, v

pourrait môme sembler que c'est ravaler (a) quelque chose de la majesté des princes que de décrier les présents de la forlune dont ils sont les dispensateurs. Mais les souverains pieux veulent bien que toute leur gloire s'efface en présence de celle de Dieu, et bien loin de s'offenser que l'on diminue leur puissance dans cette vue, ils savent qu'on ne les vénère (6) jamais plus intimement (c) que quand on les rabaisse de la sorte. Ne craigaons donc pas, chrétiens, de publier hautement dans une cour si auguste, qu'elle ne peut rien faire pour des chrétiens qui soit digne de leur estime (d) ; détrompons, s'il se peut, les hommes de cette attache profonde (e) à ce qui s'appelle fortune, et pour cela faisons deux choses : faisons parler l'Évangile contre la fortune, faisons parler la fortune contre elle-même. Que l'Évangile nous découvre ses illusions; qu'elle-même nous fasse voir ses légèretés (/). Que l'Évangile nous apprenne combien elle est trompeuse dans ses faveurs, elle-même nous convaincra combien elle est accablante dans ses revers. Ainsi nous reconnaîtrons que non-seulement quand elle ôte, mais même quand elle donne, non-seulement quand elle change, mais encore (g) quand elle demeure, elle est toujours méprisable: c'est tout le sujet de ce discours.

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