Gazette, p
6. Le prédicateur s'attendait à parler devant le roi . « Voici la belle méditation dont David s'entretenait sur le trône... Sire, elle est digne de votre audience. »
Bossuet de pair avec un Panégyrique de saint Benoit pronoQcé la veille par l'abbé de Fromentières, diminue beaucoup le prix de l'éloge : notons pourtant que l'impression produite par le sermon mr la Mort a mérité une mention expresse de la Gazette officielle.
Le manuscrit du sermon n'est cependant qu'un brouillon, où l'on remarquera, particulièrement vers la fin de l'un et de l'autre point, des traces de précipitation et de négligence. C'est unchef-d'œu\Te auquel ont manqué, pour parler comme notre grand Poussin, les dernières caresses du pinceau. M. Lâchât a fait dans le texte, et j'ai pu y faire aprèslui, quelques corrections.
Bossuet en préparant son discours avait sous les yeux la Méditation sur la Brièveté de la Vie, à laquelle il fait des emprunts; d'autre part, on reconnaîtra le plan et les idées principales du sermon sur la Mort dans l'Oraison funèbre de Henriette d'Angleterre (1670). 11 n'est pas de comparaison plus curieuse à faire, ni qui montre mieux l'effort incessant de Bossuet pour atteindre à la perfection et les progrès de son éloquence.
Domine , veni et vide»
Seigneur, "venez et voyez.
Joan,, xr. 34,
Me sera-t-il permis aujourd'hui d'ouvrir un tombeau devant la cour, et des yeux si délicats ne seront-ils point offensés par un objet si funèbre? Je ne pense pas, messieurs, que des chrétiens doivent refuser d'assister à ce spectacle avec Jésus-Christ. C'est à lui que l'on dit dans notre évangile .-«Seigneur, venez, et voyez » où l'on a déposé le corps du Lazare; c'est lui qui ordonne qu'on lève la pierre, et qui semble nous dire à son tour : Venez, et
voyez vous-mêmes. Jésus ne refuse pas de voir ce corps mort, comme un objet de pitié et un sujet de miracle; mais c'est nous, mortels misérables, [qui refusons] de voir ce triste spectacle, comme la conviction de nos erreurs. Allons et voyons avec Jésus-Ghrist, et désabusonsnous éternellement de tous les biens que la mort enlève. C'est une étrange faiblesse de l'esprit humain que jamais la mort né lui soit présente, quoiqu'elle se mette en vue de tous côtés, et en mille formes diverses. On n'entend dans les funérailles que des paroles d'étonnement, de ce que ce mortel est mort. Chacun rappelle en son souvenir depuis quel temps il lui a parlé, et de quoi le défunt l'a entretenu; et tout d'un coup il est mort. Voilà, dit-on, ce que c'est que l'homme! Et celui qui le dit, c'est un homme; et cet homme ne s'applique rien, oublieux de sa destinée; ou s'il passe dans son esprit quelque désir volage de s'y préparer, il dissipe bientôt ces noires idées; et je puis dire, messieurs, que les mortels n'ont pas moins de soin d'ensevelir les pensées de la mort, ave d'enterrer les morts mêmes. Mais peut-être que ces pensées feront plus d'effet dans, nos cœurs, si nous les méditons avec Jésus-Christ sur le tombeau du Lazare; mais demandons-lui qu'il nous les imprime par la grâce de son Saint-Esprit, et tâchons de la mériter par l'entremise de la sainte Vierge.
[AVE
/Entre (a) toutes les passions de l'esprit humain, l'une / des plus violentes, c'est le désir de savoir; et cette curiosité^ fait qu'il épuise ses forces pour trouver ou quelque
Var. (a) De toute».
X Ed. t Cette curiosité de connaître. Deux motË souHgnéi.
secret inouï dans l'ordre de la nature, ou quelque adresse inconnue dans les ouvrages de l'art, ou quelque raffinement inusité dans la conduite des affaires. Mais, parmi {a) ces vastes désirs d'enrichir notre entendement par des connaissances nouvelles, la même chose nous arrive qu'à ceux qui, jetant bien loin leurs regards, ne remarquent pas ies objets qui les environnent : je veux dire que notre esprit (6) s'étendant par de grands efforts sur des choses fort éloignées, et parcourant, pour ainsi dire, le ciel et la terre, passe cependant si légèrement sur ce qui se présente à lui de plus près, que nous consumons toute notre vie toujours ignorants de ce qui nous touche; et nonseulement de ce qui nous touche, mais encore de ce que nous sommes.
A.y II n'est rien de plus nécessaire que de recueillir en nous-mêmes toutes ces pensées qui s'égarent; et c'est pour cela, chrétiens, que je vous invite aujourd'hui d'accompagner le Sauveur jusques^ au tombeau du Lazare : Veni et vide : « Venez et voyez. » 0 mortels, venez contempler le spectacle des choses mortelles : ô homme, venez apprendre ce que c'est que l'homme.
Vous serez peut-être étonnés que je vous [c] adresse à la mort pour être instruits de ce que vous êtes {dy; et vous croirez que ce n'est pas bien représenter l'homme, que de le montrer où il n'est plus. Mais si vous prenez soin de vouloir entendre ce qui se présente à nous dans le tombeau, vous accorderez aisément qu'il n'est point de plus véritable interprète ni de plus fidèle miroir des choses humaines.
Var. (a)Dan9.— (b) Raison. — (c) Que je m'adresse. — (d) Pouf ▼ous instruire de notre être.
1, Viv. ; jusqu'au,