‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 429 sur 460 · Études, p. 101-103. Cf. Viv., t. IX, p · texte numérisé non relu

Études, p. 101-103. Cf. Viv., t. IX, p

yeux des pécheurs l'agonie désespérée du mauvais riche et le tombeau de Lazare, il veut employer désormais pour toucher les cœurs le souvenir de la pénitence de Madeleine et des miséricordes de Jésus-Christ, c'est-à-dire «le seul attrait de l'amour divin. »

Ce discours où respirent toutes les tendresses de la charité chrétienne, est un des plus beaux que Bossuet nous ait laissés. Il offre d'ailleurs les caractères d'une composition achevée; le manuscrit, facile à lire comme une mise au net, ne présente aucune difficulté sérieuse : aussi n'y avait-il presque rien à changer dans le texte donné par le premier éditeur.

SïJR L'ARDEUR DE LA PENITENCE

Et ecce mulier, quse erat in civitate peccatrix, ut cognovit quod accubuisset in domo Phariscei, atlulit alabastrum unguenti.

Et voici qu'une femme connue par ses désordres dans la ville, aussitôtqu'elle eut [appris] 'que Jésus était en la maison du Pharisien , elle lui apporta ses parfums, et se jeta à ses pieds.

Luc, TU, 3 7.

Jcsus-Glirist veut être pressé ; ceux qui vont à lui lentemetit n'y peuvent jamais atteindre : il aime les âmes généreuses qui lui arrachent sa grâce par une espèce de violence, comme cette fidèle Chananée; ou qui la gagnent promptement par la force d'un amour extrême comme Madeleine pénitente. Voyez-vous, messieurs, cette femme qui va chercher Jésus-Christ jusqu'à la table du Pharisien [â] ? c'est qu'elle trouve que c'est trop tarder, que de différer un moment de courir à lui : il est

Var. (a) Dans une maison étrangère.

1. Ms. : connu, La correction des éditeurs est facile à jusliOer.

dans une maison étrangère ; mais partout où se rencontre le Sauveur des âmes, elle sait qu'il y est toujours pour les pécheurs. C'est un titre infaillible pour l'aborder, que de sentir qu'on a besoin de son secours; et il n'y a point de rebut à craindre, pourvu qu'on ne tarde pas à lui exposer ses misères.

Allons donc, mes frères, d'un pas diligent, et courons avec Madeleine au divin Sauveur qui nous attend depuis tant d'années. Quedis-je, qui nous attend? qui nous prévient, qui nous cherche, et qui nous aurait bientôt trouvés, si nous ne faisions effort pour le perdi'e (a). Portonslui nos parfums avec cette sainte pénitente, c'est-à-dire de saints désirs ; et allons répandre à ses pieds des larmes pieuses. Ne différons pas un moment de suivre l'attrait de sa grâce; et pour obtenir cette promptitude qui fera le sujet de ce discours, demandons la grâce du Saint- Esprit par l'intercession de la sainte Yierge.

[AVE

Une lumière soudaine et pénétrante brille aux yeuxde Madeleine; une flamme toute pure et toute céleste commence à s'allumer dans son cœur; une voix s'élève au fond de son âme, qui l'appelle par plusieurs cris redoublés aux larmes, aux regrets, à la pénitence. Elle est troublée et inquiète; sa vie passée lui déplaît, mais elle a peine à changer si tôt : sa jeunesse vigoureuse [b] lui demande encore quelques années ; ses anciens attachements lui reviennent, et semblent se plaindre en secret d'une rupture si prompte ; son entreprise [c) l'étonné elle-même ; enfin toute la nature conclut à remettre et à prendre un peu de temps pour se résoudre.

Var. (a) Pour ncQs perdre. — [b) Fleurissante. — (c) Un si grand changement.

Tel est, messieurs, l'état du pécheur, lorsque Dieu l'invite à se convertir (a) : il trouve toujours de nouveaux prétextes, afin de retarder l'œuvre de la grâce. Que ferons-nous et que dirons-nous? lui donnerons-nous le temps de délibérer sur une chose toute [b) décidée, et que l'on perd si peu qu'on hésite? Ah ! ce serait outrager l'esprit de Jésus, qui ne veut pas qu'on doute un moment de ce qu'on lui doit. Mais s'il faut pousser [c) ce pécheur encore incertain et irrésolu, et toutefois déjà ébranlé, par quelle raison le pourrons-nous vaincre? Il voit toutes les raisons, il en voit la force ; son esprit est rendu, son cœur tient encore, et ne demeure invincible que par sa propre faiblesse. Chrétiens, parlons à ce cœur ; mais certes la voix d'un homme ne perce pas si avant : faisons parler Jésus-Christ, et tâchons seulement d'ouvrir tous les cœurs à cette voix pénétrante. «Maison de Jacob, dit le saint prophète/, écoutez la voix du Seigneur;» âmes rachetées du sang d'un Dieu, écoutez ce Dieu qui vous parle * : vous le verrez attendri, vous le verrez indigné ; vous entendrez ses caresses, vous entendrez ses reproches; [celles-là] pour amollir votre dureté; [ceux-ci]* pour confondre votre ingratitude. En un mot, pour surmonter ces remises d'un cœur qui diffère toujours de se rendre à Dieu, j'ai dessein de vous faire entendre les douceurs de son amour attirant, et les menaces pressantes {cPj de son amour méprisé.

Var. (a) A la pénitence. — (b) (Si bien décidée. — (c) Presser.— (d) Charitables.

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