Joan., xviii
r)24 SUR LA PASSION DE JÉSUS-CHRIST.
pour la forme; mais on ne veut pas pénétrer le fond. Ainsi l'on ignore la vérité, ou l'on ne la sait qu'à demi; et la savoir à demi, c'est pis que de l'ignorer tout entière, parce que cette connaissance imparfaite fait qu'on pense avoir accompli ce qui souvent n'est pas commencé. C'est ainsi qu'on vit dans le monde; et, manque de s'être affermi dans un amour constant de la vérité, on étale magnifiquement une vertu de parade dans de faibles occasions, qu'on laisse tout à coup tomber dans les occasions importantes.
Jésus, donc étant condamné par cette vertu imparfaite, nous apprend à expier ses défauts et ses faiblesses honteuses. Vous avez vu, ce me semble, toute la malignité de la créature assez clairement déchaînée contre Jésus-Christ; vous l'avez vu accablé par ses amis, par ses ennemis, par ceux qui, étant en autorité, devaient protection à son innocence, par l'inconstance des uns, par la cruelle fermeté des autres, par la malice consommée et par la vertu imparfaite. Il n'oppose rien à toutes ces insultes qu'un pardon universel qu'il accorde à tous, et qu'il demande pour tous : « Père, dit-il, pardonnez-leur, car ils ne savent « pas ce qu'ils font ^ » Non content de pardonner à ses ennemis, sa divine bonté les excuse; elle plaint leur ignorance plus qu'elle ne blâme leur malice ; et, ne pouvant excuser la malice même, elle donne tout son sang pour l'expier. A la vue d'un tel excès de miséricorde, y aura-t-il quelque âme assez dure pour ne vouloir pas excuser tout ce qu'on nous a fait souffrir par faiblesse, pour ne vouloir pas pardonner tout ce qu'on nous a fait souffrir par malice? Ah! pardon, mes frères, pardon, grâce, miséricorde, indulgence en ce jour de rémission; et que personne ne laisse passer ce jour sans avoir donné à Jésus