Ps., XXI
impression : car ne croyez pas qu'il ait tant souffert pour nous faire aller au ciel à notre aise, et sans goûter l'amertume de sa passion. Il est vrai qu'il a soutenu le plus grand effort; mais il nous a laissé de moindres épreuves, et toutefois nécessaires pour entrer en conformité de son esprit et être honorés de sa ressemblance.
C'est dans le sacrement de la pénitence que nous devons entrer en société des souffrances de Jésus-Christ. Le saint concile de Trente dit que les satisfactions que l'on nous impose doivent nous rendre conforme à Jésus- Christ crucifiée Mon Sauveur, quand je vois votre ièie couronnée d'épines, votre corps déchiré de plaies, votre âme percée de tant de douleurs, je dis souvent en moimême : Quoi donc, une courte prière, ou quelque légère aumône, ou quelque effort médiocre, sont-ils capables de me crucifier avec vous? ne faut-il point d'autres clous pour percer mes pieds, qui tant de fois ont couru aux crimes, et mes mains qui se sont souillées par tant d'injustices? Que si notre délicatesse ne peut supporter les peines du corps, que l'Église imposait autrefois à ses enfants {a) par une discipline salutaire, récompensonsnous sur les cœurs : pour honorer la douleur immense par laquelle le Fils de Dieu déplore nos crimes, brisons nos cœurs endurcis, par l'effet d'une contrition sans mesure. Jésus mourant nous y presse : car que signifie ce grand cri avec lequel il expire ? Ah ! mes frères, il agonisait, il défaillait peu à peu, attirant l'air avec peine d'une bouche toute livide, et traînant lentement les derniers soupirs par une respiration languissante : cependant il fait un dernier effort pour nous inviter à la pénitence; il pousse au ciel un grand cri, qui étonne toute
Var. {a) Imposait autrefois par une discipline. 1. De Satisfact. necess., Sess. XIV, cap. viii.
la nature, et que tout l'univers écoute avec un silence respectueux : il nous avertit qu'il va mourir, et en même temps il nous dit qu'il faut mourir avec lui. Quelle est cette mort? C'est qu'il faut arracher son cœur de tout ce qu'il aime désordonnément, et sacrifier à Jésus ce péché régnant qui empêche que sa grâce ne règne en nos cœurs.
Chrétiens, Jésus va mourir ; il baisse la tête, ses yeux se fixent; il passe, il expire : c'en est fait, il a rendu l'âme. Sommes-nous morts avec lui? sommes-nous morts au péché? allons-nous commencer une vie nouvelle? avons-nous brisé notre cœur par une contrition véritable, qui nous fasse entrer aujourd'hui dans la société de ses souffrances? Qui me donnera, chrétiens, que je puisse imprimer en vos cœurs ce sentiment de componction 1 Que si mes paroles n'en sont pas capables, arrêtez les yeux sur Jésus et laissez-vous attendrir par la vue de ses divines blessures. Je ne vous demande pas pour cela, messieurs, que vous contempliez attentivement quelque peinture excellente de Jésus-Christ crucifié. J'ai une autre peinture à vous proposer; peinture vivante et parlante qui porte une expression naturelle de Jésus mourant : ce sont les pauvres, mes frères, dans lesquels je vous exhorte de contempler aujourd'hui la passion de Jésus. Yous n'en verrez nulle part une image plus naturelle. Jésus souffre dans les pauvres; il languit, il meurt de faim dans une infinité de pauvres familles. Voilà donc dans les pauvres Jésus-Christ souffrant ; et nous y voyons encore, pour notre malheur, Jésus-Christ abandonné, Jésus-Christ délaissé, Jésus- Christ méprisé. Tous les riches devraient courir pour soulager de telles misères; et on ne songe qu'à vivre à son aise, sans penser à l'amertume et au désespoir où sont abîmés tant de chrétiens ! Voilà donc Jésus délaissé ;
voici quelque chose de plus : Jésus se plaint par son prophète, de ce que « l'on a ajouté à la douleur de ses plaies » : Super dolorem vulnerum meorum addiderunt *; de ce que « dans sa soif extrême on lui a donné du vinaigre ^ : » n'est-ce pas donner du vinaigre aux pauvres que de les rebuter, de les maltraiter, de les accabler dans leur misère et dans leur extrémité déplorable ? Ah ! Jésus, que nous voyons dans ces pauvres peuples une image trop effective de vos peines et de vos douleurs ! Sera-ce en vain, chrétiens, que toutes les chaires retentiront des cris et des gémissements de nos misérables frères, et les cœurs ne seront-ils jamais émus de telles extrémités ?
Sire, Votre Majesté les connaît, et votre bonté paternelle témoigne assez qu'elle en est émue. Sire, que Votre Majesté ne se lasse pas : puisque les misères s'accroissent, il faut étendre les miséricordes; puisque Dieu redouble ses fléaux, il faut redoubler les secours, et égaler, autant qu'il se peut, le remède à la maladie. Dieu veut qu'on combatte sa justice par un généreux effort de (a) charité, et les nécessités extrêmes demandent que le cœur s'épanche d'une façon extraordinaire. Sire, c'est Jésus mourant qui vous y exhorte; il vous recommande vos pauvres peuples : et qui sait si ce n'est pas un conseil de Dieu d'accabler, pour ainsi dire, le monde par tant de calamités, afin que Votre Majesté portant promptement la main au secours de tant de misères, elle attire sur tout son règne ces grandes prospérités que le ciel lui promet si ouvertement? PuisseVotre Majesté avoir bientôt le moyen d" assouvir son cœur de ce plaisir vraiment
Var. (a) De In clinriit,