VIL — SERMON
Collegerunt pontiflces et pharisœi concîlium atlversus Jesum.
Les princes des prêtres et les pharisiens tinrent un conseil contre Jésus. Saint Jean, chap. II.
Sire,
Ce sont les princes des prêtres et les pharisiens qui s'assemblent, c'est-à-dire les sages du judaïsme et les dévots de la Synagogue. Ce n'est point pour délibérer sur une affaire d'une légère conséquence , puisqu'il ne s'agit pas moins que de porter un arrêt de mort contre un homme accrédité parmi le peuple et connu dans toute la Judée par ses miracles. Ce n'est point en particulier, ni chacun selon ses vues , qu'ils ont à juger ; mais dans un conseil et en se communiquant leurs lumières les uns aux autres. Qui ne croirait donc qu'ils vont former un jugement équitable et conforme aux lois les plus exactes de la justice et de la raison ? Cependant ces sages, tout sages qu'ils sont, se laissent aveugler; ces dévots se laissent prévenir, et ce conseil assemblé prononce enfin la sentence la plus injuste , et trahit la cause de l'innocent. Voilà, mes chers auditeurs, où nous conduit la faiblesse humaine, et ce qui doit servir à notre instruction. Nous avons dans nousmêmes un tribunal secret, et c'est à ce tribunal que nous appelons comme d'un plein droit le prochain pour le juger et le condamner. Jugements aussi faux que celui des pontifes et des pharisiens de notre Évangile. Jugements téméraires , dont on se fait si peu de scrupule dans le monde , et dont je veux aujourd'hui vous représenter le crime et vous faire craindre les suites funestes,
après que nous aurons salué Marie en lui disant : Ace, Maria.
Trois choses, dit saint Thomas, sont absolument nécessaires pour former un jugement équitable, l'autorité, la connaissance el l'intégrité : l'autorité, dans la personne du juge; la connaissance, dans son esprit; et l'intégrité, dans son cœur: l'autorité, pour pouvoir juger; la connaissance, pour savoir juger; et l'intégrité, pour vouloir bien juger. Si celui qui juge n'a pas un pouvoir et une autorité légitime, son jugement est chimérique et nul; s'il n'a pas une juste connaissance de la cause, son jugement est faux et aveugle; et s'il manque d'intégrité, son jugement est vicieux et corrompu. De là concluons d'abord que les prêtres et les pharisiens, en voulant juger Jésus-Christ, péchaient contre toutes les règles et toutes les formes qui doivent être observées dans un jugement, car ils jugeaient sans autorité, puisque ce Fils du Dieu vivant ne dépendait point d'eux ; ils jugeaient sans connaissance, puisqu'ils ne savaient pas qu'il était Fils de ; Dieu : et ils jugeaient sans intégrité, puisque la passion les animait contre lui, et qu'ils agissaient par intérêt. Trois défauts qui se rencontrent dans les jugements désavantageux que nous faisons du prochain , et d'où il s'ensuit que ce sont des jugements injustes et téméraires ; défaut d'autorité , défaut de connaissance, défaut d'intégrité. Appliquez-vous ; voici le partage de ce discours. Nous jugeons le prochain, mais nous le jugeons témérairement : pourquoi ? parce que Dieu ne nous a donné sur lui nulle juridiction, ce sera la première partie; parce que nous ne pouons pénétrer son cœur ni le bien connaître, ce sera la seconde ; ;nfin, parce que ce sont nos passions qui nous préoccupent, et pie notre intérêt propre est le plus ordinaire motif de nos jugenents, ce sera la troisième. Ne jugeons donc point. Nollte julicare (Luc, 6); c'est la conséquence que nous tirerons après
>us-Christ.