‹ Choix de sermonsChapitre 31 sur 79 · SUR LA PASSION · texte numérisé non relu

SUR LA PASSION

Judœi signa petunt, et Grœci sapienfiam quœrunt ; nos autem prœdicamus Christian crucifixum, Judœis quidem scandalum, Gentibus autem stultitiam; ipsis autem vocatis Judœis alque Grœcis, Christian Dei virtutem, et Dei sapientiam.

Les Juifs demandent des miracles , et les Grecs cherchent la sagesse. Pour nous, nous prêchons Jésus-Christ crucifié, qui est un sujet de scandale aux Juifs, et qui paraît une folie aux Gentils; mais qui est la force de Dieu, et la sagesse de Dieu à ceux qui sont appelés, soit d'entre les Gentils, soit d'entre les Juifs. ( Dans la première épître aux Corinthiens, chap. I. )

Sire,

Si jamais les prédicateurs pouvaient avec quelque sujet apparut rougir de leur ministère , ne serait-ce pas en ce jour, où ils »e voient obligés de publier les humiliations étonnantes du Dieu fils annoncent, les outrages qu'il a reçus, les faiblesses qu'il a ;senties, ses langueurs, ses souffrances, sa passion, sa mort? Cependant, disait le grand apôtre, malgré les ignominies de la Toix, je ne rougirai jamais de l'Evangile de mon Sauveur; et la aison qu'il en apporte est aussi surprenante, et même encore 'lus surprenante que le sentiment qu'il en avait : c'est que je ùs. ajoutait-il, que l'Évangile de la croix est la vertu de Dieu our tous ceux qui sont éclairés des lumières de la foi : Non 'besco Evangelium ,• virtus enim Dei est omni credenti. \Rom., 1.1 \on seulement saint Paul n'en rougissait point, mais il en glorifiait. Car à Dieu ne plaise, mes frères, écrivait-il aux niâtes, que je fasse jamais consister ma gloire dans aucune au-

tre chose que dans la croix de Jésus-Christ : Mihi autem absît glorîari nisi in cruce Domini nostri Jesu Ckristi. (Galat., 6.) Bien loin que la croix lui donnât de la confusion dans l'exercice de son ministère, il prétendait que pour soutenir son ministère avec honneur, le plus infaillible moyen était de prêcher la croix de l'Homme-Dieu ; et qu'en effet il n'y avait rien dans tout l'Évangile de plus grand, de plus merveilleux, de plus propre même à satisfaire des esprits raisonnables et sensés, que ce profond et adorable mystère. Car voilà le sens littéral de ce passage tout divin que j'ai choisi pour mon texte : Judsei signa petunt, et Grœci sapientiam quxrunt. (I Cor., 1.) Les Juifs incrédules demandent qu'on leur fasse voir des miracles. Les Grecs vains et superbes se piquent de chercher la sagesse. Les uns et les autres s'obstinent à ne vouloir croire en Jésus-Christ qu'à ces deux conditions. Et moi, dit l'apôtre, pour confondre également l'incrédulité des uns et la vanité des autres, je me contente de leur prêcher Jésus-Christ même crucifié ; pourquoi ? parce que c'est par excellence le miracle de la force de Dieu, et tout ensemble le chef-d'œuvre de la sagesse de Dieu. Miracle de la force de Dieu , qui seul doit tenir lieu aux Juifs de tout autre miracle : Christum crucifixum Dei virtutem. Chef-d'œuvre de la sagesse de Dieu, qui seul est plus que suffisant pour soumettre les gentils au joug de la foi, et pour les faire renoncer à toute la sagesse mondaine : Christum crucifixum Dei sapientiam.

Admirable idée que concevait le docteur des nations, se représentant toujours la passion du Sauveur des hommes comme un mystère de puissance et de sagesse. Or, c'est à cette idée, chrétiens, que je m'attache, parce qu'elle m'a paru d'une part plus propre à vous édifier, et de l'autre plus digne de Jésus-Christ, dont j'ai à vous faire aujourd'hui l'éloge funèbre. Car il ne s'agit pas ici de pleurer la mort de cet Homme-Dieu. Nos larmes, si nous en avons à répandre, doivent être réservées pour un autre usage ; et nous ne pouvons ignorer quel est cet usage que nous en devons faire, après que Jésus-Christ lui-même nous l'a si positivement et si distinctement marqué, lorsqu'allant au Calvaire il dit aux filles de Jérusalem : Ne pleurez point sur moi, mais sur vous. Il ne s'agit pas, dis-je, de pleurer sa mort, mais il s'agit de la méditer, il s'agit d'en approfondir le mystère, il s'agit d'y reconnaître le dessein de Dieu, on plutôt l'ouvrage de Dieu ; il s'agit d'y trouver l'établissement et l'affermissement de notre

foi : et c'est, avec la grâce de mon Dieu, ce que j'entreprends. On vous a cent: fois touchés et attendris par le récit douloureux de la passion de Jésus-Christ, et je veux, moi, vous instruire. Les discours pathétiques et affectueux que l'on vous a faits ont souvent ému vos entrailles, mais peut-être d'une compassion stérile, ou tout au plus d'une componction passagère qui n'a pas été jusqu'au changement de vos mœurs. Mon dessein est de convaincre votre raison, et de vous dire quelque chose encore de plus solide, qui désormais serve de fonds à tous les sentiments de piété que ce mystère peut inspirer. En deux mots, mes chers auditeurs, qui vont partager cet entretien : vous n'avez peut-être jusqu'à présent considéré la mort du Sauveur que comme le mystère de son humilité et de sa faiblesse; et moi je vais vous montrer que c'est dans ce mystère qu'il a fait paraître toute l'étendue de sa puissance : ce sera la première partie. Le monde jusques à présent n'a regardé ce mystère que comme une folie ; et moi je vais vous faire voir que c'est dans ce mystère que Dieu a fait éclater plus hautement sa sagesse : ce sera la seconde partie.

Donnez-moi, Seigneur, pour traiter dignement un si grand sujet , ce zèle dont fut rempli votre apôtre , quand vous le choi- >ites pour porter votre nom aux rois, et pour leur faire révérer dans l'humiliation même de votre mort la divinité de votre personne. Je ne parle pas ici, comme saint Paul, à des Juifs ni à des gentils; je parle à des chrétiens de profession, mais parmi lesquels on voit tous les jours des faibles dans la foi, qui, pleins des maximes du siècle, et consultant trop la prudence humaine, ne laissent pas, quoique chrétiens, d'être quelquefois troublés et même tentés sur l'incontestable vérité de leur religion, quand on leur représente le Dieu qu'ils adorent comblé d'opprobres, et expirant sur une croix. Or c'est pour cela que je dois les fortifier en leur faisant connaître le don de Dieu caché dans le mystère de votre mort, et en relevant dans leur idée vos faiblesses apparentes. Soutenez-moi donc, ô mon Dieu; mais au même temps tonnez à mes auditeurs cette docilité avec laquelle ils doivent enendre votre parole, pour être non seulement persuadés, mais convertis et sanctifiés. Je vous la demande, Seigneur, cette grâce, -t je l'obtiendrai par les mérites de votre croix même. Car ou- ►liant aujourd'hui Marie, je n'envisage que votre croix, notre inique espérance; et je vais lui rendre d'abord l'hommage et i e culte que lui rend solennellement toute l'Église, O crux ave.

Page 1