FACIEBAT M. D. C. XXIII
Satisfait des ouvrages que le Guercbin avoit faits pour ses neveux à la villa Ludoçici , principalement du célèbre plafond de l'Aurore^ Grégoire XV voulut qu'il eût part aux grands tableaux qu'il faisoit alors exécuter pour l'église de Saint Pierre de Rome ^ et lui confia celui de l'autel de Sainte Pétronille. Ce taljleau , le plus capital sans contredit qui soit sorti du fécond pinceau du Guercbin, fat terminé en 16^3 , l'année même de la mort du Pontife. On le mit *aussitôt à la place pour laquelle il avoit été fait > et il y resta jusqu'à ce que , ayant été exécuté en mosaïque , comme tous ceux dont l'extrême humidité de l'intérieur de Saint Pierre auroit pu causer la ruine, il fut transporté au palais de monte Cavallo, Ce chef-d'œuvre , que nous avons vu au Louvre , est retourné en Italie avec la plupart des objets d'art qui appartenoient à la France en vertu du traité de Tolentino. Il fait aujourd'hui partie du musée que S. S. vient de former au Capitole , et dans lequel il réunit les plus célèbres productions des Ecoles d'Italie dispersées dans les différentes églises ou palais du saint Siège.
Nous n'entreprendrons pas d'analy&er IcvS beautés de ce tableau qui passoîl pour une des plus grandes richesses de Saint Pierre de Ptome. îl suffit d'avoir vu quelques-imes des bonnes productions du Guercbin , de connoître sa manière , et quelles sont les parties de l'art dans lesquelles il a principalement excellé y de savoir eiidn que ce;
tableau est celui qui lui fait le plus d'honneur , pour en prendre une idée aussi exacte que pourroit en donner la plus longue dissertation. Nous dirons seidement que le Guerchin, qui possédoit parfaitement l'entente du clairobscur^ a su, parla torche allumée qu'il a placée dans la partie inférieure de la composition et la gloire céleste qui en occupe le haut, se ménager les moyens de faire paroître son talent dans cette partie de l'art, qu'aucun autre n'a peutêtre mieux connu que lui. Nous ferons remarquer aussi avec quelle science il a su rendre son sujet sans équivoque. A la vue de son tal^leau, on ne se demande pas s'il est question d'inhumer ou d'exhumer le corps de Sainte Pétronille. Quoique les attitudes qui conviennent à la représentation de l'une de ces deux actions puissent être absolument les mêmes pour l'autre , il n'y a cependant pas d'incertitude ; et si l'on se demande par quelle heureuse idée l'artiste est parvenu à écarter tous les doutes , on est surpris de voir que deux mains artistement placées , et qui font supposer un personnage dans la tombe pour recevoir le corps de la Sainte , lui ont suffi pour rendre nettement sa pensée , et expliquer au spectateur l'action qu'il a voulu représenter. C'est ainsi que les plus grandes difficultés disparoissent sans efforts sous la main du génie , et qu'on n^ soupçonne même pas qu'elles aient existé.
Les peintres du moyen âge représentoient souvent plusieurs circonstances d'une action dans le même ta]>leau , et répétoient ainsi les principales figures. Il seroit inutile de vouloir démontrer combien cette méthode étoit défectueuse , en ce qu'elle détruisoit l'unité d'action essentielle àla peinture. Depuis long-temps les artistes ne commettent plus de semblables fautes : aussi peut-on d'abord s'étonner que, daiis le tableau dii Guerchin , Sainte Pétronille repa-
roisse dans le Ciel aux pieds du Christ, au moment où Foii Ta Finhumer. Cependant , si l'on accorde , comme on le doit j certaines licences aux peintres , peut-être ne blâmera-t-on point celle-ci. Outre que, sous le rapport pittoresque y elle enrichit la composition, il est facile de supposer que dans la partie supérieure du tableau, la figure, admise au rang des bienheureux, présente, pour ainsi dire, Y âme de Sainte Pétronille , admise déjà à la céleste béatitude , en attendant le grand jour où sa dépouille mortelle lui sera éternellement réunie.
A l'insigne avantage d'avoir fait de ce tableau l'un des plus célèl^res chefs-d'oeuvres de la peinture , le Guerchin joignit encore celui de le voir reproduit en mosaïque avec une étonnante perfection. Celles de la Transfiguration ^ d'après Raphaël, de la Communion de Saint -Jérôme ^ d'après le Dominiquin , qui se voient dans la même église de Saint- Pierre , laissent beaucoup à désirer. La mosaïque de la Sainte Pétrônille est, au contraire, une production en quelque sorte merveilleuse. A la distance convenable , il est impossible de ne pas croire que cette immense machine est le tableau lui-même. Le dessin, la couleur vigoureuse , les expressions ; toutes les parties de l'art , en un mot , ^'y retrouvent au même degré de perfection que dans le talileau.
Il a été gravé plusieurs fois. L'estampe de Dorlgny , exécutée d'un burin vigoureux, est la plus estimée. La calt^^ graphie du musée royal de France en possède ie cuivre.