TESTAMENT DE JACQUES-AUGUSTE DE THOU
Il est peu de noms plus recommandables que celui de Jacques- Auguste de Thou , surtout pour le temps où il a vécu. Soit qu'on le considère connue politique , soit qu'on l'envisage comme historien, ou simplement comme littérateur , il sera toujours mis au rang de ces hommes célèbres qui , dans des temps extrêmement difficiles , au milieu des passions les plus exaspérées , des excès dans tous les genres , n'ont jamais dévié des principes dç la justice, de l'honneur» de la probité» enfin de cette vertu austère qui imprime l'admiration , le respect et là confiance»
Né à Paris en i553, J.-A* de Thou, après avoir fait d'excellentes études, se destinait à l'état ecclésiastique; mais son frère aîné étant mort, il prit le parti de la robe,
DE J.-À. I>E TUOU. 4<>5
fii t reçu conseiller au parlement, ensuite président à mortier. Pendant les temps aflreux de la ligue, il fut fidèle à Henri III , puis à Henri IV , et toujours honoré de la confiance de ces deux, rois , auxquels il rendit de très-grands services ^soit en France , soit hors de France. Comme historien ^ sa réputation est établie depuis longtemps;, et la postérité a confirmé le jugement qu'on a toujours porté, soit sur le style, qui est admirable, soit sur le fonds, marqué au coin d'une bonne foi et d'une impartialité dont lui-même faisait l'aveu avec candeur. « Je prends Dieu à témoin , écrivait-il au président
> Jeannin , que je n'çi eu en vue que sa gloire et l'utilité
> publique , en écrivpnt, l'histoire avec la fidélité la plus
> exacte et la plus incorruptible dont j'ai été capable ,
> sans me laisser prévenir par l'amitié ou par la haine* . . > Cette même protestation se retrouve dans son testament que je regarde comme un monument précieux de sincérité et de modestie , où la tendresse conjugale épanche sa douleur sur la perte récente d'une épouse chérie; où la piété exposé les objets de sa foi; où l'amour paternel s'occupe du soin de ses en&ns encore jeunes; où enfin règne un esprit d'ordre et d'arrangement qui partout annonce une belle ame , un caractère franc , et toute* les. qualités de l'homme de bien.
Cet acte , seloa l'habitude d'écrire de de Thon , a été rédigé dans un latin. si beau et si facile à, entendre , que nous croirions le dénaturer en le faisant passer dans une traduction. Nous allons donc donner le texte original.
Ifl NOMINE SAKCTiE ET INDIVIDUS TRINITATIS.
c Quoniam.Dêoitavisunulut uxor mea charissima Gasparda Chastrœa^ quam mïhifore super stitem semper speraveram et optabam^ turbato ordine naturœ^ prior decesserit : Ego Jacobus Augustus Thuanus , omnium maximus ac miserrimus peccator^ morte ejus luctuosissimâ admojieor ut de mea serià
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cogitem ^etde rébus meis hoc ultimœ voluntatis meœ clogio statuant ;
» Ante omnia gratins quàm possum maximes ago Deo omnipotent i) qubd me ex fidelibus parentibus nasci voluerit^ in ecclesia suaper sacrum lavacrum regeneraverit^ mcque in ea sacramentorum suorum participera fecerit^ et fidem vivant non mortuam in anima meo impresserit, adjunctd œternœ vitœ spej quœ in eo consistit^ ut credamus in Deum^ et qucm misit filiam dilectissimum^ Ferbum œternum^ ante sœcula genitum, Jesum Christum ^ qui conceptus de spiritu sancto in utero beatissimœ Firginis Mariœ earnem in sœculo sumpsit^in ea natus, passus , mortuus, et sepultus est, in ea resurrexit , ascendit in cœlum^ captivant ducens captivitatem^ et indè largissimè dona hominibus distribuit^ pro consummatione promissorum misso spiritu sancto à pâtre filioque procédante.
• > In hac fide vivere me profiteor^ et ut in ea ad ultimum vitœ spiritum constante^ ac sine hœsitatione persévèrent^ assiduis quantum possum precibus ae lachrymis à Deo contendo, immensamque ipsius clementiam oro et obtestor ^ ut me in peccatis et iniquitatibus conceptum^ ab humanœ infirmitatis pollutionibus repurget ^ dignumque ex indigno per misericordiam suam efficiat^ in quo , tanquam in templo suo habitare dignetur j mihique passionisjilii sui dilectissimiJesu Christi meritum adexpiationem peccatorum applicet^ ut cum novissima vitœ hora non improvisa venerit^ ab angelis suis in sinum Abrahtç raptus, cum sanctis et electis suis œternd felicitate perfruar.
y Hœc prœfatus^ liberis meis^ quos ex humanissima^ et insolabïliter , nisiquatenus in resurrectione speS) mihi semper lugenda conjuge suscepi , tutores donominoque ffenricum CkastrœumNancœicomitem