‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 2)Chapitre 121 sur 137 · ET RECONNU LE ÎO SEPTEMBRE DE LA MEME ANNÉE · texte numérisé non relu

ET RECONNU LE ÎO SEPTEMBRE DE LA MEME ANNÉE

7 Au nom de Dr eu , amen. Je soussigné David Purry,

> de Neuchâtel en Suisse , né en février 1 709 , fils du » feu colonel Jean-Pierre Purry et de feue dame Lucrèce ? Ghaillet , de ladite ville , naturalisé sujet de la Grande- » Bretagne , par acte de son parlement du mois de mars

* ou d'avril de 1 736 , et actuellement négociant établi » depuis 4> ans à Lisbonne en Portugal : Considérant

* l'incertitude de la durée de notre vie en ce monde, » j'ai déterminé défaire en pleine santé le présent, mon » dernier et unique valable testament , pour l'amour de » diverses personnes , auxquelles je désire faire part des

> biens dont il a plu à Dieu de me bénir et que je pos-

> sède : et d'abord je déclare être né dans la religion

> protestante réformée , dans laquelle je prétends vivre

* et mourir; je rends de très-humbles grâces au Tout-

> puissant mon créateur pour toutes les faveurs que j'en

* ai reçu (sic); j'implore sa divine miséricorde pour le » pardon de tous mes péchés, et j'espère de la bonté

> infinie de cet être suprême qu'il recevra mon ame dans

* son paradis.

* Je déclare être garçon, libre, n'ayant jamais été

> marié , et n'avoir point d'enfant ni d'héritier forcé ,

> tous les biens que jfe possède ayant* été acquis par la

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» grâce de Dieu, légitimement, dans le commerce, à

> l'exception de ceux que j'ai hérités de feue ma chère » sœur Marie Purry , à qui j'avais fait de son vivant des

> donations plus considérables; ainsi, pouvant dis-

> poser de tous mes biens à mon entière et libre volonté,

> je le fais de la manière suivante^ savoir :

> Je lègue à ma belle-sœur Sarah Garvey-Purry , de

> la Caroline méridionale , veuve de feu mon cher frère

> Charles Purry , la somme de dix mille cruzades , de

> quatre cents reis chaque cruzade , laquelle valeur s'en- » tendra également pour celle de toutes les cruzades

> mentionnées ci-après, chacune de 4<>o reis (i)%

» A ma chère nièce Eléonore Bull-Purry , de la Ca-

> roline méridionale , fille unique de ma susdite belle-

> sœur et de feu mon cher frère Charles Purry, mariée

> à M. John Bull, de ladite Caroline, la somme de

> 5o,ooo cruzades.

> Au susdit sieur John Bull , 10,000 cruzades.

> A mon cousin germain Pierre Quinche, de Neu-

> cnâtel , 6,000 cruzades.

y A son frère mon cousin germain, etc. etc. > Suivent une quantité considérable de legs faits aux parens du testateur , à des amis , à ses associés , à ses commis, à ses domestiques , à une jeune fille ou femme portugaise nommée Anna-Joaquina Rosa, à trois demoiselles filles d'un négociant de Lisbonne, qui était mort, etc. Après ces legs individuels, qui se montent,

(1) La cruzade de 400 reis se calcule sur le pied de a cruzades et demie pour 1,000 reis, et comme la moyenne de change sur Paris est des tfio reis pour 3 liv* de France , on peut compter que 3,5oo cruzades valent 1,400,000 reis et équivalent à environ 9,700 fr. de France. » ( Note tirée de la Notice sur la vie de M, Purry , p. 108. )

Dans le tableau de comparaison des monnaies étrangères avec les monnaies de France , la cruzade d'or de 488 reis est estimée 3 fr. 3o cent. (f . Annuaire du bureau des longitudes, 1828, p. 67. ) Cette estimation se rapproche beaucoup de la précédente donnée jpar M. Fréd. Brandi

dit le testateur, à 126,400 cruzades, viennent les legs généraux.

« Je lègue aux pauvres de la paroisse N.* S.' das

> Mercès , dans laquelle je demeure actuellement , douze

> cents cruzades , pour leur être distribuées par petites » portions aux plus nécessiteux et dignes de charité...»

> avec l'assistance du curé de ladite paroisse qui pour » lors existera , auquel je lègue aussi deux cent quarante 1 cruzades pour lui-même.

> Je lègue aux pauvres de la factorerie britannique

> de Lisbonne douze cents cruzades , pour leur être

> distribuées par petites portions , etc. , avec l'assistance 9 du conseil britannique de Lisbonne. > ,( A la (in du testament il y a aussi deux cent quarante cruzades pour le chapelain de la factorerie. )

Ici M. Purry déclare qu'il ne doit rien à personne ; qu'au 3 1 décembre précédent ( 1 776 ) , ses biens pouvaient monter à 47$, 000 cruzades, non compris ce qui lui reviendra de sa société actuelle Purry , Mellish et de Yismes , pour sa part des profits accumulés et laissés en réserve sur la balance dernière dudit 5i décembre, et des autres profils qui pourront résulter de la continuation des affaires. Ses biens particuliers consistent en trois articles , savoir : le premier , en un mobilier considérable, qui lui appartient; le second, en cent cinquante-huit contos cent quinze mille cent soixanteun reis d'argent liquide que lui doit ladite société, à intérêt de cinq pour cent ; et le troisième , en vingt-six centièmes dans le fonds capital de cent contos de reis et de "toutes les affaires de la société , etc.

Enfin, il institue et nomme pour héritier universel du restant de tous ses biens tant présens que futurs , la ville et bourgeoisie de Neuchâtel en Suisse, sa patrie, c pour en faire , dit-il , les usages ci-après nonflnés , » auxquels uniquement et de toutes façons je les destine,

> afin que les bourgeois de ladite ville , mes compatriotes,

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» y participent selon mes intentions , et en reçoivent le

> principal bénéfice, quoique d'une manière indirecte.» Il veut que tout le restant de ses biens légué à sa ville

natale soit partagé en deux portions :

« La première devra être 'employée en œuvres pies

> et de charité , telles que la réparation ou réédification

> des temples sacrés de ladite ville de Neuchâtel , l'en-

> tretien des orgues dans lesdits temples , l'augmenta-

> tion des revenus affectés aux pasteurs. ou ministres du

> saint Evangile de ladite ville , l'augmentation des re-

> venus affectés pour les régens et maîtres d'école dé- » diés à l'enseignement et à l'éducation de la jeunesse,

> surtout des kenfans de bourgeois qui auront besoin de

> secours; assister la chambre de charité dans ses œuvres 9 pies , notamment pour le soutien de l'hôpital de ladite

> ville , ou tels autres objets de même nature, jusqu'où

> pourra s'étendre cette première portion du restant de » tous mes biens.

> La seconde portion est destinée et devra être tota-

> lement appliquée à l'accroissement , à l'embellissement » et à la perfection* des ouvrages publics de ladite ville

> de Neuchâtel, que les susdits représentans jugeront

* être les plus décens , les plus utiles et les plus néces-

* saires , tant pour la commodité que pour l'agrément » des bourgeois de ladite ville et de ses habit ans, tels *» que sont les édifices publics , les ponts , les chaussées,

> les fontaines et autres embellissemens , les promenades » de ladite ville et de ses environs; le tout suivant qu'il » sera promptement déterminé par les susdits représen- » tans, sans que le prince souverain de la comté de » Neuchâtel puisse y intervenir en aucune façon. »

M. Purry nomme pour ses exécuteurs testamentaires, MM. Louis Dubois , J.-F. Brandt et David-Henri Meurôn, tous trois mentionnés au testament comme légataires , et commis actuels dans la maison , etc. Ensuite il fait encore quelques legs , et termine par dire : « Qu'il ré-

> roque tout autre testament fait avant le présent, qui * seul devra rester valable , telle étant son unique et

> dernière volonté. En foi de quoi , ajoute-t-il , le tout

> est écrit de ma propre main , sur neuf pages de ce

> même' papier , sans aucune rature ni correction , scellé

> de mon cachet et signé de ma signature ordinaire. > Fait à Lisbonne en Portugal , le 3o janvier 1777.

Signe D. Purey.

Une addition faite le même jour à cet acte consiste en une augmentation du legs de M. J.-F. Brandt (qui de 8,000 cruzades est porté à 3,5oo) , et dans quelques détails sur la succession de feu Barth.-Mich. Vienne, son premier associé.

Quand on considère le testament entier, le soin avec lequel il est écrit et dirigé , on voit que M. Purry était un homme d'ordre , très-habitué à manier les affaires , et s'exprimant sur les personnes et sur les choses , de manière à ne laisser aucune ambiguïté sur ses intentions, même dans les plus petits détails.

Peu de jours avant sa mort , il fit un codicille dans lequel il révoqua la clause de son testament relative aux trois exécuteurs testamentaires, et refit une nouvelle • nomination , où deux des anciens exécuteurs figurent encore : ce sont MM. J.-F. Brpndt, Louis Dubois; et au lieu de M. Meuron , il nomma M. Gérard de Vismes , son associé. Il finit par quelques legs additionnels et par un mot sur le titre de baron de Purry , que lui a conféré « Sa Majesté le grand roi de Prusse , grâce qu'il estime > infiniment. >

Il est mort neuf jours après cette date, âgé de 77 ans, et a été enterré le 2 juin près de Lisbonne , au cimetière de la nation anglaise.

M. J.-F. Brandt, l'un des exécuteurs testamentaires,

s'occupa avec zèle de liquider la succession de M. de Purry; il en présenta le compte le 1 5 mai 1787, de

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sorte qu'en moins d'un an , la ville de Neuchâtel fut en possession de ce bel héritage. On ne dit pas quelle en était la valeur; mais elle devait être considérable, surtout si Ton tire quelque induction de tout ce que M. Purry a donné de son vivant. On a trouvé dans ses papiers l'état des sommes qu'il avait fait distribuer aux malheureux du pays de Neuchâtel % depuis l'année 1 750 jusqu'à sa mort; cela monte à plus de cent mille livres de France ; et les dons qu'il a faits tant à la ville de Neuchâtel qu'à la classe des pasteurs et à la compagnie des volontaires» forment , depuis 1778 jusqu'à la fin de 1 786, une somme de quatre cent quarante-neuf mille livres de France; et notez que tant de bienfaits confiés à la discrétion de l'amitié, ont toujours été répandus sous le voile de l'anonyme. Jamais M. Purry n'a voulu être nommé; ce n'est qu'après sa mort que ses livres de compte , et sa correspondance particulière ( dont la brochure de M* Brandt renferme des extraits précieux ) , ont révélé tant d'actions honorables.

Neuchâtel est une des villes qui doivent le plus d'établissemens utiles et d'embellissemens à la générosité reconnaissante de leurs enfans , lorsque par leur probité, leurs talens et leur activité , ils ont forcé la fortune à les combler de ses faveurs dans le commerce. L'hôtel-deville est dû à M. Purry ; la maison des orphelins a été fondée par M. Lallemand; et le célèbre Pourtalès y a établi le magnifique hôpital qui porte son nom. Admirable exemple à suivre ! Mais il faut dire que cette

excellente ville a toujours tendu une main secourable à ceux de ses jeunes citoyens qui # d'une bonne conduite , et annonçant du goût pour le travail , n'avaient pas les ressources nécessaires pour débuter dans la carrière du commerce. Aussi , souvent elle recueille le fruit de ses hienfaits,

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