‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 2)Chapitre 17 sur 137 · DU GÉNÉRAL-MAJOR CLAUDE MARTIN · texte numérisé non relu

DU GÉNÉRAL-MAJOR CLAUDE MARTIN

Claude Martin , fils d'un tonnelier, né à Lyon en janvier 1735, quitta de bonne heure sa patrie, partit pour l'Inde , entra au service comme simple soldat, d'abord dans les troupes françaises, et, par suite d'événeinens , passa dans celles de la compagnie des Indes anglaise. Après un grand nombre d'aventures , il parvint au grade cte général-major, et fit une fortune considérable , estimée de dix à douze millions. 11 est mort dans

l'Inde, dans la première quinzaine de septembre 1 800, à Constantia-House, palais qu'il fit bâtir sur les rives de la Goumtie, à dix lieues de Lucknow.

Sou testament , qui a fait tant de bruit depuis 180a, est une pièce fort singulière, mais excessivement rare. Mous désespérions de pouvoir la découvrir, et même nous n'avions essayé d'en parler que sur des renseignemens partiels et d'après deux articles insérés dans le Moniteur, l'un sous la date du 27 ventôse an X (18 mars 1802) , p. 707 , -et l'autre du 17 floréal an XI (7 mai 1 8o3 ) 9 p. 1 0 1 3 ; mais grâces à l'extrême

obligeance de M. le comte de Br , nous avons

eu cette pièce curieuse en communication , et nous pouvons la faire connaître plus en détail. IN ou s prions M. le comte de Br..... , chez qui le goût et l'amour des lettres sont héréditaires, de recevoir ici l'expression de toute notre reconnaissance.

Le testament en question prouve par son contenu et sa rédaction que G laude Martin était plus actif qu'instruit , et plus habile dans les affaires que dans l'art de manier la plume. Ce testament est en anglais , et en mauvais anglais. Il paraîtrait que le testateur, ayant oublié sa propre langue, n'a jamais pu parvenir à se bien familiariser avec celle que les circonstances l'ont forcé d'adopter. Au demeurant, c'était un brave et honnête homme , juste , humain, charitable et même religieux, mais de cette religion facile, commode, fort peu gênante, qui reconnaît Dieu, s'en tient là, et regarde tous les cultes d'un œil indifférent. Toutefois le bon Martin craint beaucoup que la postérité ne

l'oublie , car il veut que partout où il fonde des établissemens , soit de charité, soit d'instruction, un marbre placé dans le lieu le plus apparent , porte son nom , son âge , la quotité de la somme consacrée à chaque établissement , la date de sa mort, etc.

Nous avons dit que son testament était fort rare. En effet on n'en a tiré qu'un petit nombre d'exemplaires à Lyon , en 1 8o3. Cette impression a eu lieu par les ordres de M. le préfet du Rhône (M. Bureaux de Pusy) , sur le vœu émis par le conseil municipal, à cause du legs de a5o,ooo bicka-rupées ( 1 ) dont le testateur a gratifié la ville de Lyon. L'expédition originale était en anglais;

( 1 ) Le rapport exact de la sicka-rupée ( que l'on appelle en Europe roupie-sique ) au franc , ne me parait pas facile à déterminer exactement. Cl. Martin , dans l'article XX de son testament , évalue la sicka-rupée à deux schellings six sous anglais. Comme le schelling avant 1818 valait 1 fr. a3 c. 60, cela porterait la roupie-sique à 3 fr. 08 c. 70.

M. M aile t Prévost l'aîné, dans son Manuel mètrologique de 1802, in-4-% p. 69 , estime cette roupie, en monnaie des Indes , 1 florin 1 1 sous 8 deniers , c'est-à-dire 5 fr. i3 c. 5o. Mais il n'estime la roupie ordinaire que a fr. 3? c. 2 , ou 48 sous tournois.

Dans le tableau de comparaison des monnaies étrangères avec les monnaies françaises, qui est dans L'Annuaire du bureau des longitudes, on estime la roupie du Mogol a fr. 4? c.

11 paraîtrait d'après cela que la roupie-sique étant plus forte que la roupie ordinaire , on peut estimer un peu plus de 3 francs celle dont il est question dans le testament de Cl. Martin.

on Ta fait traduire en français par MM. Martinet et Stépbano. La traduction (qui n'est pas toujours très-exacte) se trouve placée sur la page recto 9 vis-à-vis le texte anglais qui est au verso; et comme dans l'original plusieurs mots et même des lignes étaient écrits au crayon, on les a imprimés en rouge : le tout forme un volume in-4.° qui a pour titre : The last will and testament ofthe major gênerai CL Martin. — Dernière volonté et testament du major-général Cl. Martin. A Lyon , de l'imprimerie de B allait clic père et fils , an XI — i8o3, gr. m-4.# de 83 pages pour les pièces préliminaires et le testament, et 72 pages pour les tableaux à colonnes détaillant les legs et la fortune du testateur. Le volume a donc 1 55 pag. 11 commence par l'arrêté de M. le préfet qui en ordonne l'impression ; suit une note des traducteurs, qui annoncent que cet acte fourmille de fautes contre les principes de la langue anglaise , etc. etc. ; puis viennent les attestations de magistrats anglais sur l'authenticité de l'acte; enfin paraît le testament , qui renferme trentequatre articles. Il commence ainsi :

« Dernière volonté et testament.

» Fait et écrit par moi Claude Martin , généralmajor au service de l'honorable compagnie de l'établissement du Bengale, ayant détruit ceux que j'ai faits auparavant, ou désigné (sic) de les détruire , en cas que j'en aie le temps; déclarant ce présent testament être le seul auquel on doit ajouter foi, etc. etc. » (Ce préambule n'a rapport qu'à la suppression d'anciens testamens , et il finit

DE CLAUDE MARTIN. 8l

par ces mots ) : <• Je les déclare nuls et d'aucune force ou valeur , celui-ci étant fait et écrit par moi, sain d'esprit et en bonne santé, ce premier, jour de janvier, en Tannée mil huit cent ou 1800, témoins ma main et sceau , comme ci-dessous et â la dernière page. Signé Cl. Martin. »

« Au nom du Dieu tout-puissant, du Dieu créateur de cet univers et de tout ce qui existe dans le monde , et à qui la louange et l'adoration so*t dues : mes très-humbles et respectueux remercîmens soient admis aux pieds du Tout-puissant, sublime, inconnu, invisible et incompréhensible, pour le bonheur dont j'ai joui dans ce globe, pendant le temps que sa bienveillance habituelle me l'a accordé ; comme aussi pour le motif et le temps qu'il m'a accordé , en faisant et écrivant celui-ci mon dernier testament en faveur de ceux que cela regarde , dans l'espérance que cela sera exécuté dans toute sa forme et teneur , en leur souhaitant tout le bonheur possible dans ce monde et dans l'autre. Mes louanges les plus exaltées et mes remercîmens les plus respectueux soient reçus par le Tout-puissant , créateur de tout ce qui existe , pour sa grande clémence envers moi pendant ma vie; étant miséricordieux pour tous, j'ai de grandes espérances qu'il me pardonnera les péchés que j'ai commis, si sa créature peut en commettre ( singulière idée ! ) s et pour la négligence de ne l'avoir pas adoré comme il m'a été ordonné d|ns mon jeune temps. Comme le Tout-puissant, la lumière de la lumière, le créateur des créatures, le régulateur de tous, m'a 3. 6

dirigé, gouverné et commandé mes passions, dirigé mes intentions, actions et mouvemens, animé mon corps matériel, lequel à ce temps écrit ces lignes ; mon ame , possédée d'un corps charnel, laquelle je quitterai à son plaisir avec résignation , mais dans la plus grande espérance que le Tout-puissant créateur sera miséricordieux envers sa créature , et recevra mon ame dans son sein, afin qu'elle puisse jouir du bonheur et de la paix pour jamais , à jamais. Ainsi soit-il.

» Article I. Toutes les femmes, domestiques mâles et femelles , eunuques et autres qui m appartiennent, et pour lesquels j'ai payé pour les avoir en propriété, à ma mort ou en quittant cette vie , je leur donne la liberté, et ils sont libres , à l'exception de ceux ci-après mentionnés, desquels j'avais disposé en faveur de ceux, sousnommés, les ayant acquis, achetés, élevés et instruits pour être les domestiques pendant la vie de ceux chez qui' je les ai placés, ou donné lesdits mâles , femmes ou eunuques comme serviteurs pendant la vie de ces dames , et pas plus longtemps.

» Les quatre femmes sous-nommées, comme aussi la jeune nommée Sally , à qui je laisse des legs , je les ai acquises , non pas comme esclaves, quoique j'aie payé pour tel; mais la somme que j'ai payée était un présent pour les parens, afin que j'eusse droit sur elles, pour qu'elles ne soient pas réclamées par personne. Et celles-ci je les ai acquises pour être les compagnes de ma bonne et mauvaise fortune, et elles étaient pour être avec moi pendant toute leur vie. Je les ai eues

lorsqu'elles étaient dans leur enfance, et je les ai fait instruire aussi vertueusement que je lai pu; elles ont rempli mon intention à ma grande satisfaction. Puisse Dieu les récompenser! elles sont innocentes d'aucun crime ou péché dont je suis coupable; si elles en ont commis en partageant mon lit, elles devaient, comme de leurs devoirs, de la complaisance à mon commandement. Ayant toute raison d'être satisfait de leurs services , mes désirs sincères sont de leur donner une prompte récompense dans ce monde. Lorsque j'ai aussi acquis les domestiques mâles et femelles, et eunuques, je n'ai jamais eu l'idée de les rendre malheureux ; mais au contraire je les ai acquis lorsqu'ils étaient jeunes et enfans , et ai pris soin d'eux en les acquérant , ayant perdu leurs pères et parens. Us ont jusqu'à ce jour été élevés sous mon toit, partagé ma bonne et mauvaise fortune; j'ai toute raison d'être satisfait de leurs bons services et attentions pour moi et de leur bonne conduite. J'ai toujours souhaité de les récompenser pour ce que ci-dessus. Ma seule inquiétude est l'idée que personne ne serait peut-être aussi intéressé pour leur bien-être, comme je le suis, après m'a voir perdu, et pour les protections et supports dont ils peuvent avoir besoin. En conséquence de ce , ma dernière volonté et ma plus ardente requête est que ces Messieurs que j'ai nommés pour agir comme exécuteurs testamentaires, voudront bien leu^conférer les mêmes égards et amitiés qu'ils ont eus pour quelquesuns deux , et de leur prêter toutes assistances et protections dont ils peuvent avoir besoin,

84 IESTÀMÏNÏ

particulièrement sur ma fidèle fille nommée Boulone ou Lise, qui ma été très-fidèlement attachée, et de laquelle je n'ai jamaiseu le moindre sujet de me plaindre depuis que je l'ai acquise, qui était alors âgée d'environ neuf ans; l'ayant fait élever et instruire comme mon propre enfant , avec la plus stricte décence, et la plus complète éducation orientale ; lui ayant fait apprendre à lire et à écrire la langue persane, à être stricte dans la religion à laquelle je trouvais qu'elle a strictement adhéré , comme aussi à la plus pure vertu de femme envers son mari , l'ayant toujours considérée et aimée comme telle , et comme la femme la plus chaste et la plus vertueuse; requérant, comme je l'ai dit, très-particulièrement, que mes exécuteurs testamentaires auront soin de voir que les dons personnels et argent , etc. , que je lui ai alloués, lui soient fidèlement payés, et qu'elle soit protégée partout où elle préférera de faire sa résidence, ainsi que l'autre femme et les autres ci-après mentionnés, afin qu'ils puissent jouir de cette protection et de ce support que je leur ai donné lorsque j'étais en vie; ayant pris soin d'établir sur elle et sur les autres par ceci ma dernière volonté et testament, comme par les lois établies chez les nations civilisées. Ce pouvoir existe dans les actes écrits ou dernière volonté et testament des défunts. Cette volonté ou testament écrit est mon propre acte , écrit par moi-même, et signé à la fin de chaque page, et en entière liberté, bonne santé et sain d'esprit, et par lui je commande et dirige comment et de quelle manière mes terres, maisons et biens

mobiles et immobiles , et tous à moi appartenant, que j'ai acquis avec honneur et réputation pour moi-même; et, comme j'ai dit, je commande et dirige par ceci ma volonté et testament , de payer, donner et administrer à ceux à qui je donne et lègue , pour marque d'égard et satisfaction , reconnaissance et services à moi rendus, et plus particulièrement à la fille ci-dessus mentionnée , nommée Boulone ou Lise, pour laquelle j'ai les pluagrands égards et affection , comme aussi- pour les autres comme ci-après mentionnés. Pour cesr raisons et considération, je désire qu'aussitôt que je serai mort, la somme de 400,000 sicka-rupées ou quatre lackes de rupées soit mise de côté, hors de la meilleure partie de ma fortune, et soit placée à intérêt dans les fonds les plus sûrs, pour que ledit intérêt puisse servir à payer lea donations et pensions par mois , comme ci-aprè» mentionnées par leurs différens articles , comme on peut le voir , etc. etc.

( Ce premier article est fort long , l'auteur yr entre dans le détail de ses biens. La nomenclature en serait fastidieuse pour le lecteur; nous avon» peut-être trop prolongé l'extrait de cet article , qui n'en renferme cependant que la moitié. Nous allons passer rapidement en revue les trente-trois autres , ne nous arrêtant qu'à ceux qui regardent le legs de Lyon , ou qui offrent quelques particularités singulières. )

» Art. IL Je donne et lègue à mon aimable fille, nommée par ses parens Boulone, surnommée Lise par un Français nommé Carrier, de qui je l'ai achetée , je , dis-je , lègue et

donne à ladite fille Boulone ou Lise , la somme de 2S0 sicka-rupées par mois, faisant par an la somme de 5ooo sicka-rupées , pour lui être payée par mois ou par quartier, sans aucune déduction de commission de change batta , ou autre quelconque; je dis sicka-rupées, je veux dire les sickarupées du lieu où elle peut résider ou habiter, et cette somme doit lui être payée ou à ses ordres, sans qu'il soit nécessaire pour elle de comparaître. »

(Le testateur lui donne en outre 25o sickarupées par an pour ses habillemens. Il fait encore un grand éloge de cette fille , qu'il avait eue du nommé Carrier , depuis 1 775 : elle avait alors neuf ans. Elle n'a jamais voulu quitter Cl. Martin, qui lui avait plusieurs fois proposé de se marier. Il entre ensuite dans des détails sur ce qu'elle pourra faire après qu'il sera mort , sur son logement, etc. )

c Art. III. Je donne et lègue à une jeune fille, dite être fille naturelle du colonel Harper, que je consentis de garder et de faire une pension à vie à ladite fille Sally , je donne et lègue la somme de 200 sicka-rupées par mois, 2400 par an, plus 1 5o sicka-rupées pour son habillement , etc.

» Art. IV. Je donne et lègue à une fille nommée Maria, surnommée Daye ou Barkebibe, 3o sickarupées par mois , 36o par an , pour lui être payées pendant sa vie; plus, 100 sicka-rupées par an pour son habillement , etc.

• Art. V A la fille nommée Kariman ,

même somme.

» Art. VI et VIL... A une fille nommée Pana, même somme A une fille nommée Gomany,

soeur de la fille Boulone ou Lise , même somme.

» Art. VIII. À une fille nommée Animan, sœur de la fille Boulone, 20 sicka-rupées par mois et .100 pour sou habillement. (Il lui recommande sa petite-fille Sally. ) *

Ensuite viennent des legs à un nommé Zulpheckar qu'il a fait élever ; à son frère Amodbeg; à leur mère ; à ses domestiques femelles ; à ses eunuques Mabout et Amber, et à une nommée Myan Jawar , qui sous des habillemens d'homme atoujours passé pour eunuque ; à ses domestiques mâles nommés Sans-Ghagrinou Chagrine, Dick, Année Seed9 et Dick Coffiee; à son principal domestique nommé Matchow, et à ses frères Chutta- Kadder et Rajabally , ainsi qu'à leurs parensDidarbox , Karinbox , Ram jan , Jamma et Amdow ; enfin , à d'autres domestiques nommés Pirkan ou Perally et son fils Fazillaly , ainsi qu'à Sultan et Kan ou Sobbow. Tous ces legs sont contenus dans les articles IX , X , XI, XII , XIII , XIV, XV et XVI. Ils sont tous plus eu moins forts , mais les plus forts n'excèdent pas 3o rupées et les plus faibles sont de 8 par mois , et toujours la somme annuelle pour l'habillement proportionnée.

Dans Tart. XVII , le testateur prescrit que Ta somme de 1 3,46o sicka-rupées , formant le montant des pensions d'un an et de l'habillement , soit payée aussitôt après sa mort , par mois, sans délai, sur les premiers fonds qui se trouveront dans ses coffres.

Par I'art. XVIII , il prescrit d'acheter des maisons , et il en règle l'ordonnance et la distribution, et désigne ceux auxquels elles sont destinées.

L'art. XIX est consacré à des dons de différentes sommes qui seront payées aussitôt après sa mort, aux personnes que nous avons déjà nommées, telles que Boulone, Sally, Maria, Kariman, Pana, Gomany, Animan, etc.

- A Fart. XX , il lègue à son frère de père, Louis Martin , 4<>,ooo sicka-rupées; même somme à un autre frère, Pierre Martin; à chacune de ses sœurs de père, 3o,ooo sicka-ru pées : il en nomme trois, Fleurie Martin, Madeleine Martin et Françoise Martin, « Toutes ces sommes, dit-il, doivent être payées en Europe , à leur lieu de résidence, sans aucune déduction de change batta et commission , évaluant la sicka-ru pée sur le taux de deux schillings six soùs anglais. » Il fait aussi des dispositions en faveur des enfans de Louis Martin, et il donne à* celui-ci sa terre de Charbonnières. 11 n'oublie pas non plus quelques pauvres parens éloignés.

Art. XXI. Encore une donation de différens revenus, terrains, maisons, bois d'arbres mangoe, et même d'un magasin à poudre, aux filles Boulone et Sally. Il finit ainsi cet article assez long :

Je requiers qu'aussitôt que mon inventaire sera fait , toutes boîtes ou paquets scellés et adressés à quelqu'un, soit aux filles, soit aux amis, ils leur doivent être délivrés sans les ouvrir, et tous les articles de joyaux d'or et d'argent ou pièces d'étoffes que je puisse mentionner dans la liste de mes effets doivent être délivrés à ceux auxquels je les aurai adressés. » (Dans l'article suivant l'auteur parle de ses sentimens religieux , des erreurs qu'il a pu commettre dans ce genre et des nom-

breuses aumônes qu'il se propose de faire pour les réparer. On va voir que les raisonnemens et le style de Claude Martin répondent à son orthodoxie; et tout en avouant ses anciennes erreurs, il en commet denouvelles qui sont inconcevables. ) c Art. XXII. Depuis que le puissant créateur de tout l'univers et de tout ce qui existe, me donna le pouvoir et la sagesse de penser, je n'ai jamais discontinué de contempler et d'admirer sa sagesse dans la création et le gouvernement de l'univers, et aussi les différens globes , planètes , étoiles et firmament, choses incompréhensibles à l'intelligence faible des hommes. Je fus né et élevé à croire à l'existence d'un bon régulateur de tout le monde et de tout ce qui existe, bienfaisant à tous, de quelques religions ou sectes qu'ils puissent être; étant obligé par reconnaissance de le remercier pour sa miséricorde envers moi, je l'adorais comme mon bienfaiteur tout-puissant; mais plein de doute dans la manière de l'adorer, je le fis comme un enfant de la terre, quoiqu élevé dans la religion catholique et romaine ; mais lorsque mes sentimens corporels m'attendrirent , je résumais les préjugés qui m'avaient été imbus par mon éducation pour le salut de mon ame immortelle. Je l'adorais comme on me l'avait enseigné dans mon enfance, quoiqu'évitant toute cérémonie sacerdotale. Mais comme encore beaucoup de doutes s'élevaient dans mon esprit, jen ai jamais cessé de m'informer du vrai sentier de la religion, et d'adorer Dieu , le créateur tout-puissant , et de m'efForcer d'apprendre la religion des .autres «nations et sectes , afin que je puisse juger par moi-

même; et quoique je trouvai la plupart des autres nations et sectes aussi ridicules dans leurs cérémonies que dans la religion où je fus élevé ( 1 ) , cependant j'ai trouvé une ressemblance dans les principes , que la substance de toutes les religions des nations et sectes que j'ai connues 9 possédait une saine morale , et recommandait dé faire tout le bien possible à toutes les autres créatures, d'adorer un seul Dieu créateur de tout, d'être charitable envers toutes les autres créatures , de faire pénitence pour ses péchés ; en un mot chaque principe de religion , tous aussi également bons qu'aucun des différentes sectes de la religion chrétienne : et comme je suis né catholique romain, sur quoi beaucoup a été dit, je meurs sans avoir eu aucune idée de la changer pour aucune autre. Comme j'ai trouvé que toutes les autres allouaient les mêmes bons principes, quoique dérogeant en cérémonies , je meurs dans celle-ci. J'espère que le Tout-puissant me pardonnera et sera miséricordieux envers moi, pour ne pas avoir suivi toutes les cérémonies recommandées dans cette religion , ayant eu pour principes de prier et d'adorer Dieu , le créateur de tous , et d'agir avec les autres créatures comme j'aurais souhaité qu'on eût agi avec moi. Je meurs de même , comme je l'ai déjà dit ; mais je dois avouer

(i) Il est difficile de trouver dans un même individu autant de confiance en Dieu, réunie à des idées aussi absurdes sur le culte. C'est le résultat de l'alliance d'une crasse ignorance avec la présomption, compagne inséparable du théisme.

à ma propre honte, que j'ai mal suivi les règles, même celles que j ai mentionnées ci-dessus; me confiant atf Tout-puissant , créateur de tous , qui connaissait mes bonnes et mauvaises intentions, j espère d'être pardonné par lui pour mes négligences, et si j ai erré du vrai sentier du salut, ce n'a été que par la multitude d'opinions qui se soDt élevées en moi, pauvre et faible créature; déclarant, comme Dieu le sait, que j'ai adoré et cru en un seul Dieu , créateur de tous et miséricordieux envers sa créature ; désirant de faire tout le bien possible à toutes les autres créatures, comme fils du même père-Dieu. Mais soit que l'orgueil, l'inattention, la négligence, ou que l'avarice m'aient fait dévierde ces principes mentionnés d'actes charitables, et souhaitant de compenser pour la négligence d'actes charitables, n'ayant pas eu le temps , ou la grâce divine n'ayant pas opéré sur moi pendant ma courte vie , quoique le grand-Dieu miséricordieux m'ait gardé en vie aussi longtemps, et m'ait fait échapper à mille et mille dangers auxquels j'ai été exposé, suivant ma profession , et ne pouvant imaginer une meilleure manière de rembourser pour ma négligence' ou avarice , qu'en faisant l'action qui sera mentionnée ci-après, espérant que le créateur entendra la voix de ses créatures, afin que leur prière puisse influer dans mon travail , si au contraire mes seules espérances sont que le Tout-puissant sera miséricordieux et plein de miséricorde pour ma pauvre ame.

» Art. XXIII. Je donne et lègue la somme de cent cinquante mille rupées pour être placée en

g2 TESTAMENT

intérêt de la manière la plus sûre dans la compagnie des Indes , et être employée en faveur des pauvres , ayant d'abord divisé cet intérêt en trois portions ou parties. Uqe portion doit servir au soulagement des pauvres de Lucknovv , de quelque religion qu'ils soient , préférant la chrétienne et Thindow. Celle-ci doit être régie ou distribuée par des pères chrétiens ou prêtres, soit catholiques romains, soit protestant ou musulman mollah. Cette charité doit être faite en nature, soit grains , farine cuite ou pas cuite, et être délivrée aux pauvres , à une heure fixe du matin , et près* dulieuoù mon tombeau ou monument sera érigé; et dans ce lieu il y aura une inscription sur une pierre de marbre ou autre mentionnant la charité et mon nom , afin que l'on connaisse le donateur et la somme établie pour cette charité , de cette manière : La somme de i5o,ooo sicka-rupées est le don du major-général martin , né a lyon, dont l'intérêt doit être distribué journellement aux pauvres de Lucknow a perpétuité. Requérant le magistrat prince ou nabob gouvernant le pays,, de protéger cette charité , afin qu'on n'en abuse pas et qu'elle soit faite. Une autre portion de cet intérêt doit être employée pour les pauvres de Calcutta , et être régie et distribuée par le curé de l'église anglaise, en observant de faire fixer une inscription gravée sur une pierre contre la muraille de l'église, semblable à la précédente de Lucknow. Le projet de cette inscription est afin

que cela ne soit jamais oublié La troisième

portion de l'intérêt doit servir pour le soulagement des pauvres de Chandernagor, et doit être régie

DE CLAUDE MARTIN. g3

par le chef de l'église française soit curé ou prêtre , pour être distribuée aux pauvres près la porte de l'église de Chandernagor, et à ce lieu d'y faire poser une inscription gravée en français , comme celle de Calcutta qui sera en anglais, et celle de

Lucknow en persan et en indien (Suivent

des dispositions pour les frais de distribution. )

» Art. XXIV. Je donne et lègue la somme de 200,000 sicka-rupées ( pour fonder une institution ou établir une école dans la ville de Calcutta , etc. Comme cet article est â peu-près le même pour les détails, que le suivant qui regarde un semblable établissement dans la ville de Lyon , nous préférons rapporter presquen entier celui qui intéresse davantage les Français. )

» Art. XXY. Je donne et lègue la somme de 200,000 sicka-rupées , pour être déposée dans les fonds à intérêt les plus sûrs de la ville de Lyon en France, et régie par les magistrats de cette ville, sous leur protection et contrôle. Cet intérêt doit servir à établir une institution pour le bien public de cette ville, et l'académie de Lyon doit donner le plan de la meilleure institution qui puisse être constamment soutenue avec l'intérêt

provenant de la somme donnée L'institution

doit avoir le nom de la Martinière , et avoir une inscription faite au-devant de la maison d'institution, portant : Institué par le général-major

Martin, né le janvier 1735, a Lyon, qui

mourut le et enterré à Cette institution doit être établiesur la placeSt. -Saturnin, étant l'endroit où j'ai été baptisé; d'y acheter ou bâtir une maison pour cela ; et de marier deux

filles chaque année, à chacune 400 livres tournois, outre environ 100 livres pour les frais de mariage et de la fête de ceux qui doivent être mariés. Ou si c'est une institution pour instruire un certain nombre de garçons et filles , alors il doit y avoir un sermon et un dîner pour les enfans de l'école et ceux qui doivent être mariés, et ils doivent boire un toast en mémoire de l'instituteur; et une médaille de la valeur de cinquante livres doit être donnée, avec une récompense en argent ou en effets, de la valeur de deux cents livres, au garçon ou à la fille qui aura été la plus vertueuse et qui se sera le mieux comportée pendant le cours de l'année ; et aussi une récompense de la valeur de cent livres pour le ou la seconde qui se sera le mieux comportée; et aussi une troisième récompense d'environ soixante livres pour le ou la troisième qui se sera le mieux comportée. J'espère que le magistrat de la ville protégera l'institution. Dans le cas que la somme ci-dessus donnée de ,200,000 sicka-rupées ne soit pas suffisante pour un intérêt propre à supporter l'institution et acheter ou bâtir une maison, alors je1 donne et lègue une somme additionnelle de 5o,ooo sickarupées, faisant s5o,ooo sicka-rupées. Un de mes parens mâles résidant à Lyon, peut être fait administrateur de l'exécuteur (1) testamentaire, joint avec quelqu'un nommé par le magistrat , pour être régisseur de ladite institution , et ces

(1) La traduction porte : administrateur et exécuteur; c'est une faute. Le texte anglais dit positivement : Ad-

ministrator of exécuter.

BS CLAUDE MARTIN. 95

régisseurs doivent avoir une commission économique pour leurs peines, prise sur l'intérêt de la somme ci-dessus mentionnée. Je donne" aussi et lègue la somme de quatre mille sickarupées, pour être payée aux magistrats de la ville de Lyon , pour libérer des prisons autant de prisonniers que la valeur de cette somme peut s'étendre , et de tels qui sont détenus pour petites dettes, et cette libération doit être faite le jour du mois que je mourus , afin que le souvenir du donateur puisse être connu, et que le majorgénéral Martin en est l'instituteur, et qu'il a donné la somme de 49ooo sicka-rupées pour libérer quelques pauvres prisonniers. Ceci je le mentionne pour que cela soit connu, et afin que que si c'était négligé , quelque personne charitable le fasse connaître aux magistrats de Lyon, pour qu'ils puissent obliger mes exécuteurs testamentaires , administrateurs ou substituts , de payer la somme dite ci-dessus et d'être plus réguliers dans leurs paiemens. »

L'aht. XXVI porte que dans le cas où les pensions données aux femmes et autres désignés dans les articles depuis II jusqu'à XYII , viendraient à~ne pas être payées par quelques cas imprévus, on prendrait sur les fonds affectés aux aumônes pour les payer.

Dans Fart. XXYII , il indique ses maisons et propriétés foncières qui ne doivent pas être vendues et celles qui doivent l'être.

Art. XXVIII. Il donne 5,ooo sicka-rupées aux magistrats de Calcutta pour payer les dettes de quelques pauvres débiteurs, surtoutde militaires,

parce que lui-même Test; il ajoute 1,000 rupées pour distribuer à de pauvres prisonniers restant en prison.

Art. XXIX. Il donne de nouvelles pensions à différentes femmes, telles que 10 sicka-rupées par mois aux pauvres femmes du colonel Polier, dernièrement décédé ; 20 sicka-rupées à Deordana, veuve de Michel, écrivain; i5 sicka-rupées à la mère de la fille Sally; puis 20 sicka-rupées à chacune pour habillement.

« Art. XXX. Lorsque je mourrai..., je requiers que mon corps soit salé , mis dans de l'esprit de vin ou embaumé ; et après déposé dans un cercueil de plomb , fait de quelques feuilles de plomb de mon godown; ce cercueil doit être mis dans un autre cercueil de bois fait avec des planches de sissoo de deux pouces d'épaisseur, et il doit être déposé dans le caveau de mon monument ou maison de Lackparra, appelée Cohstantia; dans ce caveau et dans la petite chambre ronde au nord-est, on doit ériger un tombeau élevé d'environ deux pieds de terre et y déposer le cercueil. Le tombeau doit être couvert d'une pierre de marbre avec une inscription mise audessus de mon nom, major-général Claude Martin, né a Lyon, le de janvier 1755, arrivé

dans l'Inde gomme simple soldat, et mort a

le mois de dans l' année et enterré dans

ce tombeau. Priez pour son ame. Je requiers que mes exécuteurs testamentaires nomment mes fidèles domestiques Matchow et son frère Chutta- Kadder pour prendre soin de mon cercueil ou tombeau tant qu'ils vivront; et ils pourront nommer à leur mort ou lorsqu'ils ne se trouveront

pas en état de le faire , deux autres personnes, pour agir comme deroga ou gardien du tombeau. Je donne et lègue à chacun d'eux trente sickarupées par mois , ce qui fera 720 rupées par an, pour être payées tous les mois ou par quartier et pour toujours. En conséquence, mes exécuteurs testamentairesdoivent placer à intérêt une somme principale et suffisante pour produire cet intérêt de 7' à 800 rupées par an pour payer ce salaire pour toujours à ces deux hommes ou leurs descendans qui doivent avoir la garde ou sur-intendance du tombeau , et des domestiques y attachés,

comme il sera mentionné ci-après » (Le reste

de l'article est consacré à de nouvelles construc-

tions de bâtimens , dont il charge son fidèle Matchow, et qui appartiendront aux deux filles Boulone et Sally. Elles y demeureront quand elles voudront. « Ils ne doivent pas être loués ou occupés par personne hormis par ces deux filles et leurs femmes domestiques, gardés et autres domestiques que j ai désignés pour ces bâtimens. Ils doivent être attentifs à leurs devoirs et obéir à ces deux filles Boulone et Sally , comme leurs maîtresses sous tous les rapports. Pendant la saison du fruit mangoe et autres fruits du jardin de la maison et du jardin potager, un ou deux paniers doivent leur être envoyés tous les jours, comme aussi tout autre herbage pour l'usage de leur table , comme cela m'était envoyé journellement, ainsi que des roses ou autres fleurs..... Si ces deux filles meurent et désirent être enterrées près de mon tombeau , un monument convenable doit être érigé pour elles à mes dépens.

. Mais si elles préfèrent d être enterrées dans quelqu'autre lieu , le monument doit être érigé aux dépens de mes biens et ne doit pas excéder deux mille rupées pour chacune; et les réparations de leurs tombeaux ainsi que du mien doivent être faites annuellement à mes dépens...... »

» Art, XXXI. Dans le cas que je meure avant que ma maison de Lackparra ou Constantia soit entièrement finie, je requiers mes exécuteurs testamentaires de faire finir ladite maison avec toutes ses dépendances ou autres bâtimens, murailles ou autres comme j'expliquerai ci-après; ou si j ai le temps de faire un plan régulier, et une élévation de tout ce que je désigne bâtir, de suivre lesdits plan et élévation tels qu'ils paraîtront. Néanmoins je mentionnerai ici ce que j'ai l'intention de bâtir , en ce qui regarde la maison et le terrain aux environs de ladite maison , et le tout à mes dépens. » ( Ici le testateur entre dans de grands détails sur toutes ces constructions , pariqi lesquelles il y en a de destinées à un collège, d'autres destinées à un serray pour les voyageurs. Il consacre à ces divers objets 200,000 sickarupées , et plus s'il est nécessaire. )

» Art. XXXII. Pour tenir la maison de Lackparra ou Constantia comme collège pour l'instruction des jeunes gens dans la langue anglaise, et prendre soin de mon tombeau, ce qui fut positivement la raison ppur la bâtir, voulant d'abord la faire faire pour mon tombeau ou monument , et une maison pour une école ou collège pour enseigner aux jeunes gens la langue anglaise et la religion chrétienne s'ils y étaient enclins.

Mais comme la maisoti est sur un plan aussi étendu , elle peut servir après ma mort pour loger un certain nombre d'étrangers venant tous les jours à Lucknow, mais ils ne doivent jamais y rester au-delà de deux mois, afin de faire place

à d autres étrangers »

Le testateur entre ensuite dans le détail des domestiques qui doivent être attachés à ces établissemens et fixe leurs appointemens par mois; les plus élevés vont à 4 ou 5 rupées et les moindres à 2. Les dénominations de ces domestiques ne sont pas faciles à entendre pour nous ; il y a des ' chockidars, desfrashes ou callassies, des porteurs, des balayeurs, un besty, des mawlies, etc. ; mais j'y vois dans une note un passage assez singulier; il y est dit : < Les chockidars sont pour soigner les voleurs et autres , et tenir tout en bon ordre. » Je croyais d'abord que le mot voleurs était , par une faute d'impression, pris pour voyageurs, mais l'anglais porte bien robers. Alors il est présumable que le bon Martin aura pris le mot soigner pour surveiller* car on ne peut pas croire qu'il ait étendu sa philantropie jusqu'à recommander les voleurs à des soins particuliers. Le testateur parle ensuite des personnes qui seront préposées au collège , puis au soin et à la garde de son tombeau.

Pour le collège , il y aura :

Deux maîtres de lecture anglaise , à 8o rupées par mois.

Deux maîtres de persan, à 3o rupées.

Quatre précepteurs pour les deux, à 20 rupées.

Deux mollahs ou prêtres , pour faire la prière aux écoliers, à 20 rupées.

Pour papier , encre , livres , etc. , par mois , 5o rupées.

Quatre domestiques pour l'école, l'église, etc. , à 5 rupées.

Deux balayeurs , à 3 rupées.

Deux porteurs d'eau, besty, à 5 rupées.

Huile , chandelles , î o rupées.

Le tout fait 436 rupées par mois.

Pour prendre soin du tombeau :

Deux mollahs, à 20 rupées, ou un prêtre , à 5o rupées par mois.

Deux balayeurs, à 3 rupées.

Deux frashes ou callassies, à 5 rupées.

Un besty pour lesdits, à 5 rupées. >»

Huile et chandelles , 10 rupées.

Pour choses ca su elles, 25 rupées.

En tout 1 06 rupées par mois.

Le reste de l'article contient des dispositions pour régler toutes les dépenses et en confier la surveillance, l'ordre et le paiement, à un surintendant européen ; c'est un sieur Joseph Queirose qui est désigné, s'il veut s'en charger; sinon, on en prendra un autre. Mais ici , comme à presque toutes les pages de son testament , il recommande à tout le monde la plus grande soumission, les plus grands égards aux filles Boulone et Sally, qui, étant les objets constans de son affection et de sa sollicitude, peuvent être considérées comme ses héritières. Il parle aussi beaucoup daqs cet article de sa fabrique d'indigo, dont il charge M. Queirose, en lui donnant une part dans le bénéfice de cette branche de commerce

DE CLAUDE HAfiTIN. 101

Art. XXXIIL II nomme, dans cet article , pour exécuteurs testamentaires, MM. Joseph Queirose, la raison de commerce de MM. Barber, Palmer, MM. Jacques-Maxim in Deverinne et fils , la raison de commerce de MM. Hamilton et Aberdeen. Il les charge d'exécuter ponctuellement tous les articles de son testament ; de placer et déposer tout son argent comptant , papiers et autres précieuses propriétés dans le trésor de l'honorable compagnie des Indes ; de placer toutes les différentes sommes mentionnées dans le testament, à intérêt, dans les fonds de la compagnie, ou acheter du papier portant intérêt, comme étant les fonds les plus sûrs. Ou si jamais l'honorable compagnie cessait de recevoir de l'argent à intérêt, il prie alors de les placer dans les fonds anglais portant intérêt. En un mot , de prendre toutes les meilleures mesures pour assurer la propriété de ses biens, afin que les différentes pensions, dons, établissemens et autres puissent être régulièrement payés. Il veut en outre que son frère Louis Martin soit joint comme un de ses exécuteurs testamentaires , administrateurs, substituts ou curateurs , et à son défaut , il nomme son neveu fils de Pierre Martin , ou tout autre en due succession , dit-il , afin d'avoir un de ses parens joint à l'exécution de son testament. Il requiert M. Joseph Queirose de traduire ledit testament et d'en envoyer un à ses parens en français et un à M. Deverinne. Il parle ensuite des comptes où sa fortune est établie , et il semble la résumer à une somme qui ne me paraît pas facile à comprendre : Trente-trois cent mille six cent quatre*'

vingt mille sicka-rupees. Puis il continue : «Tous mes comptes seront trouvés dans mes bureaux, comme par la liste de M. (en blanc). Le grand* livre montrera ce qui m'est du et ce que je dois , et toutes les autres propriétés dans l'Inde et dans l'Europe. • Enfin il dit peu après : « S'il y a un surplus d environ cent mille livres sterling ou environ dix lackes de sicka-rupées restant de mes biens, ce susdit surplus doit être divisé de telle manière pour augmenter les différens établis* semens de Calcutta et de Lucknow , afin qu'ils soient permanens et qu'ils existent toujours. Il donne de plus 100,000 sicka-rupées pour l'entretien du collège et autres écoles , à établir dans les bâtimens et autres de la maison de Constantia; et 4*ooo rupées pour libérer annuellement des prisonniers pour dettes à Lucknow.

« Art. XXXIV et dernier. Après ma mort je requiers , et je donne et lègue une paire de bracelets d'or pur, devant peser quarante mohor d'or , d'y faire graver mon nom , mon âge et le jour que je mourus. Ladite paire de bracelets doit être donnée à la fille Boulone ou Lise , et une paire à la fille Sally , une paire à la fille Maria , une paire à la fille Pana, une paire à la fille Kariman; une paire de la même forme pesant trente mohor d'or, pour être donnée à la fille Animan , et à Amany et Gomany , sœurs de Boulone. A tous les pensionnaires par moi mentionnés dans ce testament , une paire de mauces ou anneaux d'argent pour le bras, pesant 3o sickarupées chaque ; et à Matchow et son frère Kadder, a chacun une bague de pierre précieuse , de la

valeur de 5oo sicka-rupées chaque. Aussi une bague de la valeur de 100 rupées à chacun de nies parens mentionnés par leur nom dans ce testament; et à tous les autres domestiques , garçons et filles , une paire de bracelets pesant 3o sicka-rupées chaque ; et à tous mes exécuteurs, testamentaire» une bague de la valeur de 1,000 sicka-rupées. pour chacun. Environ un cent de bagues de deuil doivent être faites pour être distribuées à mes amis que je mentionnerai dansune liste de plusieurs autres présens qui doivent être faits: et je mentionnerai aussi plusieurs articles de ma maison qui doivent être donnés à de» personnes pour qui j ai beaucoup d'estime t ce que je requiers d'être exécuté. Il est entendu que mes exécuteurs testamentaires seront payés de la commission ordinaire 9 ou comme la cour suprême le croira nécessaire , pour la peine d'exécuter ponctuellement tous les articles de ce testament , écrit par moi en parfaite santé et sain d'esprit,, ce premier janvier, dans l'année denotre Seigneur dix-huit cent. Signé et scellé par moi. »

Cl. Martin. (L. S.)

Fait devant moi

W." Scott. Res.* Luckpow.

Témoins de ma signature et sceau. Signé et scellé devant nous, ou on ne peut point avoir de papier timbré'.

D. Lumsdei, cap.1 dans l'honorable compagnie.

J. Reid, cfairurg, idem.

Tel est le testament de Cl. Martin, extrait et analysé sur la copie imprimée en anglais et en français. Chacune de ces langues a 59 pages grand in-4.a d'impression, c'est-à-dire 78en totalité pour le testament, et 5 pour le titre et les pièces préliminaires ; en tout 83 pages.

Quant aux 7* pages de comptes ou tableaux à colonnes qui suivent le testament, c'est-à-dire 36 en anglais et 36 en français vis-à-vis, il serait difficile d en donner l'analyse. Nous nous bornerons donc à en présenter les résultats.

Les quatre premiers tableaux sont relatifs à toutes les dispositions testamentaires dont nous avons parlé ci-dessus; toutes les pensions, les dons, les frais d'établissemens y sont rapportés avec le montant de chacune. Ces quatre tableaux offrent en résultat que les pensions à payer par mois, avec leur total par an, montent à 39, 760 s. -r.

Que les établissemens montent à 1,074,000

Que les sommes à payer une fois seulement, vont à . . . . 295, 3oo

Ce qui devrait faire un total

de i,4o9,o6os.hr.

Et cependant le total , dans le compte , ne monte qu a 1,309,060. C'est une eiîeur de calcul. Le testateur ajoute six lackes desicka-rupées pour être placés à intérêt et pour payer les différentes pensions annuelles ou par mois. C'estdonc 600,000 rupécs à ajouter au total ci-dessus, ce qui devrait produire 2,009,060 sicka-rup. , etno» 1 ,909,060,

DE CLAUDE MARTIN. Iû5

comme il est porté à la fin du quatrième tableau.

Ces quatre tableaux signés par Martin, étaient joints au testament, et il y avait sur l'enveloppe:

« Ce papier doit être ouvert aussitôt que pos- » sibleaprès la mort du général-major Martin, 9 et ne doit être ouvert qu'en présence du ré- » sident de Lucknow, ou son député, et deux » autres témoins. »

Signé Cl. Martin.

Si le général Martin est mort le i3 septembre, on n'a pas perdu de temps pour remplir ses intentions, car nous trouvons après la suscription ci-dessus, l'écrit suivant :

« Ce papier a été ouvert par moi le 1 4 septembre 1800 , en présence de M. J. Reid et M. Mutel, et trouvé de contenir (tic) le testament du majorgénéral Martin, en 80 pages, avec un extrait annexé de 9 pages, comme aussi quatre balances du grand-livre séparées.

» Signé W.* Scott, résident Lucknow. »

Les quatre balances en question sont :

1 .° La balance ( en 4 tableaux ) de 1 795 à avril 1796; on y voit que toute déduction faite de ce que pouvait redevoir le major Martin, il lui était redû 123,559 s. -r. 3, 3.

Et que l'état de sa propriété au i.#r mai 1795 est de 3,6649i6i s. -r. 10, 4*

2.0. La balance ( en 9 tableaux) du 3o avril 1 796, portée jusqu'au 1 ."mai 1 797 ; elle n'établit pas le total des créances de Cl. Martin, mais elle porte l'état de sa propriété au 1." mai 1797,

à 3, 1 30,980 S.-R. Il, 3.

5.° La balance (en 8 tableaux) du 3o avril 1797 au i.er mai 1798; elle offre tant en dettes qu'en créances un parfait équilibre, dont le montant de part et d'autre est de. . 5, 1 00,99 1 s.-r. 4 > 1-

A la suite du compte est écrit en lettres rouges, c est-à-dire au crayon sur le testament :

« M. Mutée,

» Ce compte de balance diffère tant de celui de 1 796 à 1 797 , que je requiers qu'un état de ma propriété soit fait comme celui de 1796 à 1 797, en faisant de telles déductions ou estimations comme est écrit en marge.

» Et à la fin un extrait ou, comme cela est nommé , un résultat de compte par lequel on voie un extrait réel , et non pas un entier comme * il parait dans celui-ci , et a paru dans l'année de 1796 a 1797. »

Cela est écrit de la main de CI. Martin ; et audessous , on lit en encre noire les mots suivans :

« Lu ce 29 octobre 1800. * N. P. Rees.

Clerc, lecteur.

4. • La balance (en 9 tableaux) du 3o avril 1 798 jusqu'au 1 /' mai 1 799; elle n'établit pas le montant des créances de Cl. Martin, mais elle porte l'élatde sa propriété à. . 4>2^3, i83 s.-b. i5, 7.

Ainsi se terminent les quatre balances de comptes qui étaient jointes au testament de CL

Martin, A^a suite on trouve, sur la dernière page, verso, du volume in-4-% ce qui suit en anglais et en français :

t Cour suprême, etc. , ecclésiastique, etc.

» Testament et feuilles de comptes attachés et » la vérification accordée à Gavin Hamilton et » Alexandre Aberdeen, deux exécuteurs testa- 9 mentaires, etc., le i8.e jour d'octobre 1800,

» Vérification accordée à Jean Caulfied , un de* i exécuteurs , etc. , le 2 1 octobre 1 800.

» Vérification accordée à Jean Pal mer, un des » exécuteurs, etc., le 24 octobre 1800.

» Vérification accordée à Joseph Queirose, un » des exécuteurs, etc. , le 6 décembre 1800.

9 Signé Taylor et Lloyd , » Procureurs de la cour ecclésiastique. 9

Enfin , cette dernière page est terminée par la déclaration des sieurs Martinet et Steffan, professeurs de langue anglaise à Lyon , qui affirment sous serment pardevant M. le maire, que la traduction du testament ci-dessus est parfaitement et littéralement conforme à l'expédition authentique qui leur a été fournie en langue anglaise.

Lyon , le 8 frimaire an XI ( 29 novembre 1 802). Signé Martinet et Steffan. Légalisé, signé Ram- % au d-B rosse, adjoint; puis Bureaux-Pusy, préfet du Rhône.

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