‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 2)Chapitre 19 sur 137 · DE M. FR.-CHR. WINSLOW · texte numérisé non relu

DE M. FR.-CHR. WINSLOW

M. Frédéric-Christian Winslow, né en 1752, était conseiller d'état, professeur de chirurgie et chevalier de Tordre de Danebrog. Ses ouvrages sur la chirurgie ont été traduits dans presque toutes les langues de l'Europe. 11 était petitneveu du célèbre anatomiste Jacques-Bénigne Winslow ; il est mort à Copenhague , le 24 juin

Son testament, pat lequel il a disposé de sa succession montant à peu près à 37,000 écus, n'offre qu'un article assez singulier. Il ordonne que ses chevaux de carosse soient fusillés , pour qu'après sa mort ils ne soient pas tourmentés

Il4 TESTAMENT, etc.

par ceux qui pourraient les acheter. Toutes les autres dispositions de son testament sont marquées au coin de la bienfaisance. En voici quelquesunes : 11 donne 20,000 écus à l'Hôpital-Frédéric, pour établir des lits destinés aux infirmes qui doivent être traités gratuitement.

11 lègue son cabinet de chirurgie , d anatomie, et sa bibliothèque , à l'académie de chirurgie de Copenhague.

11 accorde mille écus à l'hôpital de Saint-Marc , pour deux lits destinés à de vieilles infirmités.

11 donne pareille somme de mille écus à l'insti* tut d'accouchement pour l'entretien des vieilles sages-femmes. ,

Enfin le reste de sa succession doit être partage entre l'Hôpital-Frédéric et l'institut d'accouchement.

Toutes ces clauses annoncent un homme bienfaisant et sensible. Celle qui est relative à ses chevaux n'est pas non plus tout-à-fait étrangère à la sensibilité. Ses craintes sur le sort futur de ces animaux étaient sans doute bien fondées , mais le remède n'était-il pas pire que le mal? et cette disposition de son testament n'a-t-elle pas réuni les deux extrêmes , la sensibilité et la cruauté ? Elle a sans doute été le résultat d'une profonde réflexion.

TESTAMENT DE M. PERTUIZOT.

Nous devons la connaissance de ce testament à M. Patris de Breuil , de Troyes , notre confrère à l'académie de Dijon, qui nous a déjà donné, comme on Ta vu précédemment, beaucoup de preuves de son obligeance. Le testament dont il est ici question est tiré d'un manuscrit assez singulier dont il a fait la découverte , et sur lequel il s'exprime ainsi :

« Un avocat de Lesmont près Brienne-le- Châteati , qui s'est occupé sur la fin de sa vie de travaux agricoles , M. Pierre-Edme Pertuizot , a laissé , sous le titre de testament civil , un Recueil de 337 pag. , pet. m-8.°, inédit , où il traite d'objets d'économie rurale et domestique , auxquels il a mêlé des détails d'histoire naturelle , de questions judiciaires , de morale et de métaphysique* Ce Recueil est terminé par le testa tnent de mort de l'auteur. »

M. Patris donne ensuite un résumé sommaire du testament civil , qu'il fait suivre du testament de mort. Voici les objets qui composent le premier, ou plutôt le Recueil d'observations en tous genres de M. Pertuizot, car ni pour la forme ni pour le fonds il n'y a rien de testamentaire ; il est cependant bou d'en parler parce qu'il donne une idée des dispositions de l'esprit , des connaissances , et même du caractère un peu original du testateur, qui ne s'astreint à aucun ordre dans le Recueil en question.

Il débute par des observations sur l'éducation des enfans ; puis survient tin avis aux pauvres gens de la campagne sur l'économie , et sur la culture de la pomme de terre pour' suppléer le blé dans les années de disette ; ensuite on trouve la manière d'augmenter son bien par 1 exploitation ., des 'conseils sur le temps propre à semer. De là , il passe brusquement à des réflexions sur les athées , sur la certitude métaphysique , sur l'organisation des corps et de la vie , et sur les êtres matériels. Viennent ensuite des détails sur les prairies artificielles, les bois, les terres, l'agriculture, les plantations, les accrues, les aHuvions > les arbres à fruit. A propos des noyers que les gelées font périr , l'auteur combat l'opinion de Newton sur la destruction du globe ; ici il le prétend périssable , non par le feu , mais par le froid ; ailleurs il le prétend indestructible. Après cela il traite de la vigne , des vendanges et de la manipulation du vin , avec des réflexions sur l'abus que l'on fait de cette liqueur, des conseils et des exhortations sur «on usage, sur les habitudes à prendre dans la jeunesse , sur les passions et sur la manière de se faire aimer et estimer dans la société. Il rapporte des exemples de superstition et de crédulité populaire. Il s'occupe ensuite de la matière des procès, de la manière de les suivre et de les juger. Il passe dés tribunaux à la religion , et remarque qu'il a été dupe de ceux de ses domestiques qui en manquaient. Cet article est suivi de remarques sur les baux à loyer , sur les réparations locatives , sur la mitoyenneté des haies et des fossés ; le tout est entre-

DE P.-E- PBB'BUIZOT. W]

mêlé de réflexions sur le mariage et sur les planètes, étonnées sans doute de se trouver là. Un articfo assez long fait mention des choses extraordinaires que l'on remarque* dans la nature ,. et dont les causes et les. effets sont occultes,, comme le magnétisme animal r les antipathies , les frayeurs causées par l'imagination , les découverte* d'animaux trouvés vivans dans des pienses et des arbres. L'explication de ces divers phénomènes par l'auteur est suivie de réflexions sur la natation , sur la chasse au fusil , sur des oiseaux qu'il regarde comme pensans et doués de quelques idées philosophiques (i)-, quLne sont que ce que nous nommons instinct ; sur la réalité de la pré-

(1.) Le testateur se rencontre ici avec M. Dupont âb Nemours, qui, en 1807, lut à l'Institut plusieurs mémoires sur le langage des oiseaux et sur la faculté* qu'if leur attribue de se comprendre entre- eux aussi bien que les hommes 1 il cite à cet égard sa propre expérience^ dans les forêts de l'Amérique. Cette étrange assertion fournit dans le temps aux journalistes le sujet de beaucoup de plaisanteries , surtout au sujet de la traduction de la langue des rossignols , des corbeaux , etc. On n'avait pas trouvé moins singulier le* mémoire que M. Dupont avait lu à l'Institut le 37 messidor an VI ( 1798 ) , et à la fin duquel il s'exprimait ainsi : • Partout où l'intelligence > se manifeste , il y a un Dieu ; il y en a un dans le poly- 1 pe, peut-être plusieurs. Il y en a un d'ans l'huître à & Técaille ; il y en a un très-respectable dans l'éléphant ; » il y en avait un sublime dans Confueius, etc. » Toutes ces belles choses sont- recueillies dans Mémoires sur différent sujets, (a plupart d* histoire naturelle ou de physique générale et particulière. Paris, £807, <n-8.°, seconde édition, i8i3,, ûi-8..°

sence de Dieu par la foi , ( ce qui n'empêche pas , dit-il , de faire le mal ) ; sur des incendies spontanées de l'économie animale; sur les maux causés par l'intolérance civile. Enfin des maximes morales et philosophiques, des proverbes, les mauvaises locutions usitées dans le pays , et f à cette occasion , des remarques sur le langage , complètent ce Recueil.

L'auteur a inséré à la fin du volume l'observation suivante : « On trouvera sans doute singulier que j'aie parlé de plusieurs faits extraordinaires dans ce testament civil : la raison en est que les choses utiles et communes ( qui forment le fonds de ce même Recueil ) , ne présentent souvent pas assez d'intérêt par ellesmêmes pour se faire lire. J'ai pensé qu'il fallait dédommager la curiosité de ceux qui en prendraient la peine , par l'exposé de quelques phénomènes qui offrent beaucoup à penser aux physiciens et aux philosophes.... Tant pis pour ceux qui n'y verront rien d'intéressant. » 11 est temps d'arriver au véritable testament de l'auteur. Le voici, par extrait, tel qu'il est écrit en partie de sa main , dans le Recueil en question,

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