DE LA DUCHESSE DE BOURBON
avait fait, en ajoutant qu'elle aurait quelques modifications à y insérer. M. Colin n'avait pas le testament , il dit : « V. A. éprouverait-elle quel- » ques craintes sur sa santé? — Au contraire, > répondit la princesse, je me porte bien, je ne » me suis jamais mieux portée. La seule prière » me donne des forces ; elle est une consolation , » et je ne fais qu'un vœu , c'est que Dieu daigne • m'appeler à lui en le priant. »
On ne s'attendait pasquece vœu serait si promptement exaucé. La princesse monte en voiture , se rend à Sainte-Geneviève. A deux heures,1 la procession commence; S. A. la suivait, quand tout à coup elle parait éprouver une certaine vacillation qu'elle cherche à surmonter, ne voulant pas troublerle service divin. Le mal augmente, elle tombe en défaillance; on la porte à l'Ecole de droit, lieu le plus voisin, dans un appartement au rez-de-chaussée; les chirurgiens, les médecins accourent : S. A. S. n'était plus.
A quatre heures , Mgr. le duc d'Orléans , son neveu, prévenu de cet événement, est arrivé. M. Pardessus, professeur de l'Ecole de droit, est allé, sur la demande du prince, chercher M. le chancelier, qui est survenu, accompagné de M. de Sémon ville, grand référendaire de la chambre des pairs ; d'autres grands dignitaires sont également arrivés. A huit heures, M. Cauchy, secrétairearchiviste de la chambre des pairs, a dressé l'acte de décès , et à dix heures et demie le corps, escorté d'un détachement de gendarmerie , a été transporté à l'hôtel de S. A. S. , rue de Varennes.
IVayanteu pour but, en mentionnant dans notre
ouvrage le testament de S. A. S. , que de faire ressortir l'humilité de cette vertueuse princesse, nous n'en rapporterons que l'extrait suivant :
« Je veux être enterrée sans faste , sans céré- » monie quelconque , et que Ton donne abon- » damment aux pauvres de ma paroisse; c'est la 9 seule magnificence que je permette.
* J'exige absolument de n'être ni ouverte,, ni v embaumée, ni exposée à visage découvert, ni » gardée, mais enterrée le plus promptement et > le plus simplement possible. »
Par respect pour les dernières volontés de la testatrice, ses augustes parens ont obtenu du roi que son corps serait conduit sans pompe au lieu de sa sépulture. Il a d'abord été déposé dans la chapelle de son palais ; puis quatre jours après , le 1 5 , on l'a transporté à l'église des Missions étrangères , dans un corbillard attelé de six chevaux et suivi de neuf voitures bourgeoises. Après l'office des morts, la dépouille mortelle a été ramenée dans la chapelle <le son hôtel. A onze heures du soir, le convoi s'est mis en marche pour Dreux , petite ville d'Eure-et-Loir , où sont les tombeaux de la maison d'Orléans.
C'est là qu'avait été déposé l'année précédente le corps de M.™ la duchesse douairière d'Orléans, Louise-Marie- Adélaïde de Bourbon-Penthièvre , née le 2 3 mars 1753, du mariage du vertueux duc de Penthièvre avec Marie-Thérèse-Félicité d'Est. Elle avait épousé le 5 avril 1769, Louis- Joseph-Philippe d'Orléans , né le 1 3 avril 1 747 , mort le 6 novembre 1 793 ; elle eut de ce mariage quatre enfans , dont il ne n'existe plus que Mgr.
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le duc d'Orléans actuel, né le 6 octobre 1773, père d'une nombreuse famille , et la princesse Eugénie-Àdélaïde-Louised'Orléans,M0</em0W£/fe, née le a3 août 1777^
M."" la duchesse douairière est morte le %5 juin 1821, à Ivry-sur-Seine , près Paris. Les malheurs de cette princesse ne sont pas moins connus que ses vertus; elle avait hérité du duc de Penthièvre , son esprit religieux , sa charité, ses mœuss irréprochables, et une élévation de sentimens digne de son illustre origine. Sa figure ( je Fat vue à Château - ViBaïn , où, avant Ta révolution* elle accompagnait quelquefois son vertueux père J , sa figure, dis-jè , rappelait d'une manière sensible les traits de Louis XIV; mais ces traits étaient adoucis par l'expression de la bonté la plus: touchante. Les pauvres ont perdu dans. AL"* la duchesse douairière d'Orléans une mère attentive à leurs besoins; les personnes constituées en dignité, un modèle dé noblesse et de bienséance; la France, l'objet de sa resrpectueuse admiration. Peu de temps avant sa mort, elle avait dicté un testament qui offre le plus touchant accord des sentimens de la religion^ de la nature et de l'amitié;
Ses premières affections se portent d'abord sur delui qu'elle appelle à plusieurs reprises son cher fils , et sur sa chère fille. Elle lègue à Mgr. le duc d'Orléans le tiers de ses biens* par préciput ; mais elle prend soin d'expliquer à sa fille la cause de cette libéralité. Cela ne tient point à une préférence injuste : la testatrice chérit également ses enfans; njais Mgr. le duc d'Orléans est père d'une
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nombreuse famille, dit la testatrice, et la tendresse de M.lu d'Orléans pour son frère est telle qu'elle
aurait elle-même conseillé cette disposition
C'est Mgr. l'archevêque de Sens (M. delaFare) qui, le 2 juillet 1821 , a présenté à l'église paroissiale de Dreux , le corps de S. A. S. M."e la duchesse d'Orléans. Son discours adressé à M. le curé de Dreux , et terminé par un mot à Mgr. le duc d'Orléans, présent à la cérémonie, a été imprimé à Paris, 1821 , in-4.° de 8 pag.