‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 2)Chapitre 89 sur 137 · TESTAMENT DU ROI DAGOBERT · texte numérisé non relu

TESTAMENT DU ROI DAGOBERT

Ce testament, d'après ce que nous avons pu recueillir de la chronique de Saint-Denis , d' Aimoin , etc. , nous semble précieux sous le rapport de la peinture des mœurs et de Pesprit du siècle où il a été fait , siècle très-religieux , et où il paraît que les legs faits en abondance à l'église» tranquillisaient singulièrement la conscience des testateurs. Disons d'abord un mot de Dagobert.

Ce prince , le onzième de nos rois, et premier du nom, naquit , vers 602, de Clotaire II et d'Haldetrude; il fut roi d'Austrasie en 622 , et roi de France en 628. Vers 633 il divisa la France en deux nouveaux royaumes : celui d'Austrasie et celui de Neustrie, ou de France et de Bourgogne. L'Aquitaine n'y fut pas comprise dans ce temps, ce pays ayant été retenu par des ducs qui en furent les seuls suzerains jusqu'en 778. Dagobert eut

deux fils , l'un nommé Clovis ( II ) , dont la mère fut Nantilde; et l'autre nommé Sigebert (II), qu'il eut de Ragnetrude. On ne lui connaft que ces deux enfafis; mais il aurait pu en avoir un plus grand nombre , car il eut cinq femmes outre plusieurs concubines; au reste il est mort jeune , à l'âge de 36 ans , le 1 9 janvier 638. Quand il sentit approcher sa fin, il songea à faire son testament; et ici nous allons laisser parler nos vieux chroniqueurs.

c Le roy Dagobert semonnit un grand parlement de ses deux fils et de tous les princes de son royaulme en une ville qui estoit appellée Binage ou Bigarge. Quand tous furent assemblez , le roy s'assit en un trosne d'or, portant une couronne d'or sur son chef, ainsi comme la coustume estoit lors. Si commença a parler et dict en telle manière :

» O seigneurs roys mes deux fils, et très chers enfans, et vous , prélats et autres barons du royaulme de France, entendez a moy. Avant que l'heure soudaine de la mort ne nous prenne , nous convient veiller et entendre au salut de nos âmes , que elle ne nous trouve par adventure en tel poinct , que elle nous occie depourveus , et nous rende aux tourmens de mort perdurable.

» Si devons achepter la joye des saincts cieulx des transitoires choses de ce monde tant comme nous vivons.

9 Si que le souverain juge qui rendra à chacun ses mérites, nous rende après la mort les biens que nous aurons faicts a ses pauvres en ceste mortelle vie , et que nous soyons recréez et saoulez des biens spirituels en la joye perdurable de paradis , et que soyons abreuvez de celle fontaine qui dure sans appetissement , qui signifie la grâce du Sainct Esperit , selon les escritures, de laquelle nul n'est esconduit qui en parfaicte joye la requiert...

» Et d'autant que nos corps sont fragiles et nos âmes immortelles, il nous est nécessaire , si nous voulons dire

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vray , d^estre gens de bien ; et de peur , ce que Dieu ne veuille , qui si nous nous monstrons par trop nonchalans , non seulement nous mettions la corruption que nous espérons de nos corps mais F immortalité de nos âmes aux feux éternels.

» Parquoy me ressouvenant des loyers qui sont promis aux gens de bien , et des supplices préparez aux meschans , et des péchez que j'ay commis, j'ay résolu de faire mon testament, par lequel j'ay institué toutes les principales églises de mon royaulme , héritiers (sic) de tous les biens que Dieu m'a donnez.

» J'ay aussy advisé d'en dresser quatre exemplaires d'une mesme teneur et au bas les ratifier non seulement de mes mains, mais aussy de mes fils Childebert et Louys ( i ) que je vous donne aujourd'huy pour roys et pareillement des vostres , o très saincts prélats et plus eminents seigneurs de ceste nation. L'un desquels sera gardé à Lyon en France , l'aultre à Paris , le troisiesme a Metz dedans les archives de leur église , et le quatriesme que je tiens en main sera mis au thresor de mes chartes.

• Et après avoir déposé le fardeau charnel et que chacun des prélats aura receu . ce qui est légué a son église , nous vous prions et conjurons par le nom terrible de Nostre Seigneur Jésus Christ , qu'au temps advenir vous ayez a faire mémoire de nous, trois fois la sepmaine , et offrir le sacrifice salutaire pour le repos de nostre ame.i (Àinoiit, liv. IV, degest. franc, cap. 3o.)

(i) Il y a erreur dans renoncé de ces deux noms : le copiste aurait du mettre Sigebert et Clovis. Sigebert II fat roi d'Aostrasie, étant, encore pour ainsi dire au berceau , dès Tannée 63a ou 33 ; il est mort en 656. Clovis II , aussi enfant, fut roi deNeustrie et de Bourgogne en 634 ; il est mort la même année que son frère , le 5 septembre 656. Le nom de Louis, provenant de Clovis dont on a retranché le C, espèce de signe signifiant l'autorité, n'est connu que sous la seconde race.

Le même historien rapporte une bonne partie dudit testament , qui commence ainsi :

c In rumine trinitatis , Domini Dei omnipotentes, apostolicis patribus, pontificibus videlicet, ac abbatibus et reliquis sacerdotibus intra regnum nostrum consistentibus , Dagobertus rex Francorum. Quantum intetlectualis sensus humant potest mente sagaci pensare , atque soterti indagatione perpendere, nihil ampUus valet in hujus seculi Lace ac fugitivo gaudio lucrari, quam quod de rébus transiteras, tocis venerabilibus quis studeat in aUmoniam pauperum impendere : quatenus > etc. »

Le bon roi ne faisant que répéter ici ce qu'il a dit plus haut , nous passerons de suite à ses dispositions

testamentaires; il continue ainsi : c Donamus igitur

ad Basilicam Domini Vincentii Parrhisius (sic) [ ubi sepulturam quando quidem Deusjusserit habere disposuimus\ donatumque in perpetuum esse decrevimus , villam cognominatam Cumbis, in pago parrhisiaco, quam Ursa fi.Ua Aider ici tenait. Pari modo ad BasUicam sancti Pétri apostoli parrhisius, ubisancta Genovefarequiescit in cor pore, villam Dravemum in Brigeio. Ad Basilicam vero divi Dionysii item parrhisius, ubi cum sociis requiescit, villam Branna- , tem in Brigeio» Ad Basilicam Domina Colomba et domini Lupi senonis, villam Grandem Campum in Gastinensi, etc. etc. Enfin le testateur ajoute : F os autem boni filii, considérantes primum natura religionem, cujus gratia etiam komines ligat, manete fratres. Nolite exuere quo onerati estes, Deinde rêver imini me patrem vestrum, qui rogare malo, cum possum jubere , ut statuta nostra inconvulsa servetis, sicuti vestra à successoribus vestris servari voletis : profecto scientes quod si à nobis sancita contemptui kabueritis (quod non arbitror), pari modo et vestra à posteris contemnentur décréta. »

Voilà ce que nous avons découvert du testament de Dagobert. Les commencemens du règne de ce prince le firent adorer du peuple; il le délivra de l'oppression des

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