TESTAMENT DE FERNAND CORTEZ
Le nom de ce fier conquérant a trop retenti dans les deux mondes , pour que nous ayons besoin de nous appesantir sur les détails de sa vie. Les vastes régions qu'il a soumises au roi d'Espagne et le triste sort des Montez uma et des Guatimozin rappellent suffisamment tout l'éclat et tout l'effroi attachés à ce nom fameux.
Nous dirons cependant en peu de mots que , né vers i485, à Medellin, dans l'Estramadure , Fernand Cortcz est passé à Saint-Domingue en 1 5o4 • qu'il est parti de cette île en i5n pour accompagner Diego Velasquez, lors de son expédition de Cuba ; que sorti de San-Iago le 18 novembre 1 5 1 8 , avec une flotte de dix vaisseaux, montée par six cents Espagnols et dix-hùit chevaux , avec quelques pièces de campagne , il s'est avancé le long du golfe du Mexique; qu'il a débarqué sur la côte le 4 mars i5ig; que successivement il a soumis les naturels du pays , tantôt par la surprise , la douceur et les caresses, tantôt par la violence, la terreur et la force des armes; qu'enfin après des courses, des combats, des succès et des fatigues en tout genre , il est parvenu en i5ai a détruire l'empire de Montezuma, et à s'emparer de ses riches et vastes domaines (1) et des pays environnans. Maître absolu de la ville de Mexico, capitale de l'empire, il Ta rebâtie en 1529 dans le goût des villes de l'Europe. Il est inutile de dire que Gortez avait acquis des trésors immenses , dans un pays où l'or, était le métal le plus usuel. Charles-Quint lui avait en outre donné la vallée d'Oaxaca , érigée en marquisat et rapportant i5o,ooo livres de rente, dans la Nouvelle- . Espagne* nom donné à la nouvelle conquête.
(1) Le vieux Mexique , ou la Nouvelle-Espagne , a 667 lieues de long sur *5o de large , et une surface de 35,333 lieues.
> I. En premier lieu, si je viens à mourir en Espagne,
* mon corps sera déposé dans l'église paroissiale du lieu
> où je trépasserai;, jusqu'à ce que mon successeur juge » convenable de transporter mes restes à la Nouvelle-
> Espagne , ce qu'il devra faire dans les dix années qui » suivront ma mort. C'est dans ma ville de Cuyoacan » que je veux être enseveli > dans le monastère de re-
> ligieuses que je veux qu'on y élève et qui recevra le
> jppn de Conception de tordre de Saint-François, le » jour de mes funérailles. Car ce sera là ma sépulture et i celle de mes descendans.
> IL J'ordonne > s'il plaît à Dieu que je meure en
> Espagne , que la volonté de ceux <6u même de quel- » ques-uns de ceux que j*ai nommé mes exécuteurs
> testamentaires , règle mes funérailles.
> IIL Outre les curés , bénéficiers et chapelains de s> cette paroisse qui doivent porter mon corps , on ras-
* semblera tous les moines de tous ordres qui se trou- » veront dans la ville ou le village où je mourrai , et ils » accompagneront la croix et assisteront à mes funé-
> railles. On leur fera, selon F usage, une aumône, etc.
> IV. On habillera ce même jour 5o pauvres , avec de » longs manteaux de drap brun., garnis de capuchons ;
> ils suivront mon corps en portant des torches allumées.
> Chacun d'eux recevra un rèal (1) après la cérémonie.
> Y. Je veux que le jour de mes funérailles , si elles
> ont lieu avant midi , ou sinon le jour suivant , on dise
> dans toutes les églises, tous les monastères du lieu
> où je mourrai, autant de messes que l'on pourra; en » outre, on en dira, les jours suivans, jusqu'à la con-
> currence de 5ooo destinées ainsi qu'il suit ; 1000 pour
> les âmes du purgatoire; aooo pour les âmes de ceux
> qui sont morts près de moi et à mon service , dans
(i) Le réal est estime maintenant 27 cent. Que valait-il dans 1% XVI.€*iéclef
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> la découverte et la conquête de la Nouvelle-Espagne.
> Les soeo qui restent seront dites pour les âmes de » ceux envers qui j'ai des obligations que j'ignore ou
> que | ai oubliées. Car poul* les engngemens présens à 3 ma mémoire , j'ordonne qu'ils soient remplis , et qu'on
> suive pour le paiement les instructions que je donne ? dans ce testament. Quant au prix des 5ooo messes, » mes héritiers feront distribuer les aumônes accoutu- » mées, et je les prie que dans tout ce qu'ils feront » de plus , ils s'appliquent à diminuer les dépenses qui 3 n'ont pour but que la pompe et les vanités de ce
> monde , et qui sont mieux employées au salut de nos * âmes.
> VI. Le jour de mon enterrement, mes héritiers » donneront à mes domestiques et à ceux de ma famille » un vêtement de deuil. Il leur sera payé en outre, pen- » dant six mois , après ma mort , le salaire qu'ils gagnent
> ou qu'ils gagneront à cette époque , et on les nourrira
> pendant tout ce temps.. Ou leur soldera tout ce qui » sera dû de leurs gages , à l'époque où ils voudront
> quitter mon successeur Don Martin.
> VII. Je veux , lorsque mes os seront transportés h
> la Nouvelle-Espagne , pour être ensevelis dans le mo- » naslère qu'on élèvera selon mes ordres, que tout se » fiasse a la volonté de la marquise Dona Juana de Zuniga
> ma femme , qui réglera mes funérailles , et à celle de » mon successeur , ou de tout autre administrateur de » mes biens à cette époque.
» VIII. Je veux que les os de Dona Catalina Pizarro, » ma dame el mère , ceux de Don Louis , mon fils , qui
> sont enterrés dans l'église du monastère de Saint-
> François de Tezcuco , et ceux de Dona Catalina , ma
> fille , qui sont dans le monastère de Cuahuanavac > » soient transportés avec les miens dans ledit monastère » que je me propose de construire dans ma dite ville
> de Cuyoacan. *
.. L'article IX a rapport à la construction d'an hôpital sous le titre de NuestraSenora de ta Conception, qui doit être élevé dans la ville de Mexico. Copiez veut qu'il le soit entièrement à ses frais,%elon les plans qu'il a envoyés cette même année ( 1 547 ) à la Nouvelle-Espagne. Il destine à cette dépense le montant des loyers des boutiques et maisons qu'il a à Mexico , sur la place et dans
les rues de Tacuba, de San-Franeisco , etc
c X. J'ordonne que dans la chapelle où repose le » corps de Martin Cortez , mon père et seigneur , dans
> le monastère de San-Francisco de Medellin , on cé-
> lèbre à perpétuité , par une messe , l'anniversaire de
> sa mort , et que les cérémonies soient faites selon les
> instructions que j'ai données , et mes successeurs s'y
> conformeront à jamais; et pour cela je nomme Don 9 Martin , mon fils et successeur , protecteur de ladite
> chapelle...
» XI. Depuis que le Dieu de miséricorde , mon Sei- * gneur, m'a conduit et guidé dans la découverte et
> la conquête de la Nouvelle-Espagne et de toutes les
> provinces qui en dépendent, sa main bienfaisante a
> répandu sur moi de constantes faveurs. J'ai remporté » des victoires sur les ennemis de la sainte foi catholique,
> j'ai pacifié et peuplé ce royaume, ce qui sera utile,
> je l'espère , au service du Dieu notre maître. Pour » tous ces bienfaits, et aussi pour effacer toutes les » fautes qui sont sorties de ma mémoire et pourraient
> charger ma conscience , j'ordonne la construction des » édifices suivant. >
Les articles XII, XIII, XIV, XV, XVI, XVII et XVIII , regardent lesdits édifices , qui doivent consister dans l'hôpital de Notre-Dame de la Conception, qui sera , comme on l'a déjà dit , construit à Mexico , dans un monastère de religieuses sous le nom de Conception de l'ordre de Saint-François, à bâtir dans la ville de.Cuyoacan , et dans un collège qui sera fondé dans la même ville ,
DE FERNAN» CORTEZ. . 3g l
et c où seront enseignés la théologie et le droit-canon,
> afin qu'il en sorte des gens instruits qui puissent di- 3 riger nos églises de la Nouvelle-Espagne , instruire les
> habitans , et leur apprendre tout ce qui concerne
> notre sainte foi catholique. > Le testateur emploie ces sept articles ( 19—18) à désigner les terrains où se feront les constructions , à fixer les dotations, les revenus , etc. etc. On voit que sur 4000 ducats que lui rapporte le loyer de ses boutiques et maisons à Mexico , et qu'il consacre entièrement aux établissemens en question , il en assigne à perpétuité 1 000 pour le monastère de religieuses, 9 000 pour le collège et 1000 pour l'hôpital; et il espère que les loyers augmenteront.
XIX. Dans cet article où il est question des églises de la Nouvelle-Espagne, des patronats qu'y exerce Cortez, « il recommande à Don Martin son fils et à ses successeurs , » de n'accorder de bénéfices qu'à des gens habiles, de * mœurs irréprochables , qui s'appliquent à faire con-
> naître aux habitans la doctrine chrétienne par de
> continuels exercices , qui visitent les paroissiens , et
> veillent à£e qu'on remplisse les obligations que la
> religion nous impose
> XX. J'ordonne que l'on rembourse la marquise
> Dona Juana de Zuniga , ma femme, de 10,000 ducats » qu'elle m'apporta en dot ,. les ayant reçus et dépensés;
> j£ veux qu'on les lui rende sans frais sur le meilleur
> et le plus clair de mon bien. >
XXI. Cet article est relatif à une dot de 100,000 ducats qu'il donne à sa fille Dona Maria Cortez , qu'il a eue de son mariage avec la maVquise Dona Juana de Zuniga ; laquelle doit épouser don Alvarez Perrez Osorio, fils de don Pedro Alvarez Osorio, marquis d'Astorga.
« XXII. Et comme je dois doter Dona Catalina et
> Dona Juana mes filles légitimes , pour remplir cette
> obligation de mon mieux et ainsi qu'il est juste que » je le fasse , je leur donne à chacune 5o,ooo ducats,
» dont je leur fais don irrévocable de leur rivant
» XXIII. J'ordonne à mon successeur dé payer tous
> les ans, sur les revenus de mes possessions,^ DoriMar-
> tin et à Don Louis Cortez, mes fils naturels, la somme
> de 1000 ducats d'or, ou 375,000 maravédis (1) h » chacun , et cela pendant toute leur vie ou jusqu'à ce
> qu'ils aient chacun plus de 5oo,ooo maravédis de
» rente. » Il enjoint à ces deux fils de respecter
son successeur, qu'ils doivent considérer comme le chef et le premier de la famille. « Non-seulement, dit-il, je » demande obéissance et respect , je veux encore que
> mes deux fils (naturels) prêtent à Don Martin ( fils
> légitime et héritier ) leur assistance en tout , excepté » contre Dieu , la sainte religion catholique et leur roi » légitime »
XXIV. Cet article regarde le cas où les deux fille» du testateur Dona Catalina et Dona Juana viendraient à se marier; Cortez prescrit à son successeur le cas où il n'aura rien h donner pour la dot.
« XXV. On remboursera à Dona Catalina Pizarro , » que j'ai eue de Léonore Pizarro , femm%de Juan de
> Salcedo, demeurant à Mexico, la valeur du revenu * produit par la multiplication des vaches, des jumens » et des brebis que je lui avais abandonnées à mon ar- » rivée en Espagne. En outre on lui abandonnera les
> revenus entiers du village de Chinantla , avec tout* ce s> que je lui avais donné en dot lors de son mariage ,
> toutes ces choses ayant été remises à Juan Salcedo, » mari de ladite Léonore Pizarro >
Les articles XXVI , XXVII , XXVIII , XXIX , XXX,
(1) Le maravédis est la plus petite monnaie effective d'Espagne; il équivaut k tout prés de 8 dixièmes de centime. Mais que valait-il dn temps de Corlez , ainsi que le ducat f Le ducat n'est plus d'usage en Espagne, où Ton ne compte plus que par pistole ou doublon, piastre , réal ou piécette , etc. etc.
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XXXI et X^XII, ont toujours rapport à ladite Gatalina Pizarro ; et dans ie XXXIII. • il est dit : « J'ordonne » que Dona Maria et Doua Léonore mes filles naturelles,
> reçoivent chacune pour dot , lors de leur mariage , » 10,000 ducats de mes biens, et je leur enjoins de se » marier d'après les conseils et avec le consentement
» de mon successeur » Et dans le cas où elles se
feraient religieuses ou prendraient un autre état , Cortea fixe la pension dont elles jouiront.
Les articles XXXIV, XXXV et XXXVI sont d'un
médiocre intérêt. Le XXXVII. e en présente davantage.
« J'ai dépensé , dit Gortez , une partie considérable
> des revenus de la Nouvelle-Espagne et des provinces » qui en dépendent, lorsque j'en fis la conquête, que » j'y ramenai la paix et que je la réduisis à l'obéissance
> au nom du roi de Gastille. Ces avances ont été faites
> tant pour la guerre dans la Nouvelle-Espagne , que
> pour les expéditions extérieures; par exemple , pour
> la formation du corps envoyé h Âmaluco , et dont je
> confiai le commandement au capitaine Alvaro de
> Saavedra Geronimo Primo; pour ceux que je dirigeai
> sur Ibueras , l'un sous les ordres du capitaine Pobla- » dores , l'autre commandé par Francisco de LqsXasas. * Toutes ces troupes furent envoyées par l'ordre de
> l'empereur notre maître , ainsi que le prouvent ses
> royales instructions. Gomme Sa Majesté, pour l'acquit
> de sa conscience, en qualité de prince très-chrétien, » a décrété, par une ordonnance royale restée entre les
> mains du licencié Juan Altamirano, et même par une
> sentence de son conseil royal , que les dépenses faites » dans mes .conquêtes pour lesdites expéditions, seraient » réglées avec moi, j'ordonne qu'on arrête tous ces
> comptes, qu'on en touche le montant , puisque Sa
> Majesté a bien voulu en ordonner la restitution , et que
> tout passe entre les mains de Don Martin mon héritier , f et de ses successeurs.
» XXXVIII. ...... Quand je reçus en don la propriété
» de la Nouvelle-Espagne , je fis tous mes efforts pour > savoir quels étaient les tributs , rentes , droits et con- » tributions que les chefs indigènes avaient coutume de » percevoir; j'ordonne que si je me suis trompé dans » l'évaluation , on restitue ce qui ne m'appartiendra pas. >
Un passage de la première édition de V Essai potuique de M. Alexandre de Humboldt, 181 1 , in-8.°, tom. H, p. 42 » sur cet article et sur les XXXIX.*, XL.e et