DE PIERRE ISAAC THÉLUSSON
Nous ne connaissons ce testament que d'après ce qu'en ont dit les journaux dans différens temps. Les premiers que nous avons consultés ( et il y a plusieurs années ) , nous apprennent que le célèbre banquier de Londres Thélusson a laissé en mourant une fortune de près d'un million de livres sterling , et il en a disposé par testament d'une manière assez singulière, surtout
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ayant femme et en fans. Il ne lègue à ceux-ci qu'une faible partie de cette immense succession (à peu près 100,000 liv.sterl. ), et il ordonne que le surplus ( que l'on fait montera 876,000 liv. sterl. ) , sera placé dans les fonds anglais ; que les intérêts de cette somme , cumulés d'année en année , seront également placés jusqu'à l'instant où son arrière-petit-fils éventuel aura atteint l'âge de trente ans ; et qu'alors il sera mis en possession et du capital et du produit de tous les intérêts accumulés jusqu'à ce moment. A défaut de cet enfant , l'Etat doit hériter.
On prétend que la famille a attaqué ce testament , mais qu'elle a été déboutée. Cependant le parlement, en acceptant par un bill la succession éventuelle de M. Thélusson, a interdit pour l'avenir de pareils testamens.
Les détails suivans nous sont parvenus , toujours par la voie des journaux. On a annoncé au mois de novembre 1817, que l'enfant que portait dans son sein l'épouse de lord Rende!sham, serait, d'après les termes du testament, appelé à la succession ; malheureusement lady Rendelsham est accouchée d'une fille. Dès lors a-t-elle eu un fils ? nous l'ignorons ; dans ce cas , c'est lui qui , parvenu à trente ans , serait mis en possession ( par les exécuteurs testamentaires qui régissent la succession et qui sont à la nomination du gouvernement ) d'une somme que l'on évalue à 162,000,000 francs. Ce sera sans doute la fortune la plus colossale que l'on connaisse.
Enfin les journaux français de la fin de sep-
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tembre 1826 , par conséquent très-postérieurs à ceux qui ont fourni les notices précédentes, nous donnent, dans l'article suivant, et l'état de la famille appelée à la succession , et la récapitulation de l'histoire de cette succession extraordinaire.
* L'épouse de l'honorable Arthur Thélusson vient d'accoucher d'un fils à Ribberfordhouse , dans le Worcestershire. Cet événement est fort important, en ce qu'il fixe le sort d'une des plus grandes fortunes qui aient jamais existé, et reporte l'attention sur le singulier testament de feu M. Thélusson, dont nous allons parler avec détail :
• Pierre-lsaac Thélusson était natif de Genève , et s'était établi a Londres , où il avait fait dans le commerce une immense fortune. 11 mourut à Rastow, dans le comté de Kent, le 21 juillet 1797, laissant trois fils et trois filles. Il donna par son testament cent mille livres sterling à sa femme et à ses enfans ; mais ses immenses propriétés du Yorkshire et le reste de sa fortune montant à environ cinq cent mille livres sterling, furent confiés par lui à des tuteurs pour qu'il en fût fait emploi jusqu'après la mort de ses fils et de ses petits-fils , ce qui formait une période de temps d'environ cent vingt ans , pendant laquelle on avait calculé que le fonds primitif, par l'accumulation des intérêts , s'élèverait à 140,000,000 sterl. [3,5oo,ooo,ooo fr. (i)}. Alors
(1) Cette accumulation d'intérêts me rappelle un acte de vente assez singulier de la part d'un Anglais qui pos-
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s'il n'existait pas de descendant mâle , cette étonnante fortune devait devenir la propriété de l'Etat, et accroître l'amortissement sous la surveillance du parlement. Ce testament fut vivement contesté par la famille du défunt, mais il fut maintenu par un décret de chancellerie: seulement et postérieurement, sur la proposition du chancelier Rosslyn, intervint un acte qui défendait de semblables dispositions, et une accumulation si extravagante d'une fortune privée.
» On voit par ce qui précède , si la naissance de l'enfant mâle de sir Arthur Thélusson a dû être un événement en Angleterre. »
Puisqu'il est ici question d'un testament où la quotité de la fortune entre pour quelque, chose dans sa singularité , nous en citerons encore deux traits modernes qui peuvent aller à sa suite.
C'est, î," celui de M. Rundell,. bijoutier de Ludgate-Hill, dont la validité a été attaquée au
sériait une belle propriété dans le comté de, Norfolk ; il eu lirait , par an, 5,ooo lïv. st. (environ i20,ooofr. ), et cependant il la vendit pour cinq guinées ( à peu près ia5 IV. ) Quelqu'un à qui l'on racontait ce trait, en faisant observer, que ce vendeur était un des meilleurs calculateurs de Londres, s'écria : C'est un fou. — Pas si fou , répondit-on ; sachez que l'acquéreur ou plutôt ses héritiers ou ayant -cause ne doivent entrer en possession de ce domaine que dans trois cent soixante ans (elle vendeur a calculé que les cinq guinées, placées à intérêt pendant ce temps, ainsi que les intérêts qu'elles produiront, formeront à celle époque un capital de 1,310,730 liv. n 7>i,.'yiti,i8<i tr. de notre monnaie ).
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commencement de la présente année ( 1827 ). La fortune qu'il a laissée est telle , qu'il en a coûté i5,ooo liv. sterl. (373,000 fr. ) pour frais de timbre seulement. Ses immenses propriétés mobilières , qui présentent une valeur de 1 2,000,000 liv. sterl. ( 288,000,000 fr. ) , ont été distribuées entre ses neveux et ses nièces. Le principal légataire est M. Neale de Norfolk-Street, qui a reçu 4oo,ooo liv. sterl. ( 9,600,000 fr. )
2.* Le testament du sénateur M. J. Jenisch, banquier à Hambourg , mort le 29 janvier 1827 , est encore à citer. 11 a laissé à ses en fans une fortune de 1 1,000,000 de marcs banco ( environ 2 2, 000,00c fr. ). Son père, également sénateur à Hambourg, lui avait laissé en mourant une fortune de i5o,ooo marcs (environ 000,000 f.) ; des entreprises heureuses et une sage économie ont produit cet immense résultat.