‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 3)Chapitre 4 sur 123 · D'UN BOURGEOIS DE PARIS · texte numérisé non relu

D'UN BOURGEOIS DE PARIS

(Vêts 1779.)

Un bon bourgeois de Paris fit son testament dans lequel il inséra cette clause :

« Item j je laisse à monsieur l'abbé Trente mille » hommes , douze cents livres de rente; je ne le

JigitizecbyGoOgle

4 TESTAMES!'

■ connais pas sous un autre nom , mais c'est un

• exc40bnt citoyen , qui m'a certifié eu Luxem-

• bourg que les Anglais , ce peuple féroce qui

• détrône ses souverains, serait bientôt détruit.» A l'ouverture du testament, on fut fort embarrassé pour savoir qui était cet abbé Trente initie hommes. Enfin plusieurs personnes, vivant habituellement avec le testateur, déposèrent comme témoins , que ce bourgeois, grand nouvelliste de sa nature et ennemi juré des Anglais, allait tous les jours se promener au Luxembourg dans l'allée des Larmes, où il faisait de la politique contre les Anglais ; que là il trouvait régulièrement un abbé qui ne lui cédait en rien dans sa fureur contre ce peuple, et qui l'enchantait en répétant à chaque instant, avec autant de constance que Caton , son delenda Carthago : * Les Anglais, les Anglais, mais ce n'est rien : il ne faut que trente mille hommes; il faut lever trente mille hommes ; il faut embarquer trente mille hommes; il faut débarquer trente mille hommes; il en coûtera à peine trente mille hommes pour s'emparer de Londres: bagatelle que cela! ■ Le bourgeois extrêmement content de cet abbé , qui pendant plusieurs années n'avait pas manqué un seul jour de lui parler de ses trente mille hommes, voulut, étant tombé malade, lui témoigner sa reconnaissance dans son testament; et ignorant son nom , il l'avait désigné sous celui de l'abbé Trente mille hommes, surnom qu'on lui donnait effectivement La chose étant vérifiée, le legs fut déclaré valable, et en conséquence délivré à l'intrépide abbé , qui «ans doute n'espérait pas que

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sa perpétuelle levée de trente mille hommes lui procurerait un aussi heureux résultat.

TESTAMENT D'UN GÉLIBATÀIBE.

Un homme riche, vieux garçon , étant atteint d'une maladie dangereuse, fit son testament dans lequel ses domestiques furent compris pour des legs assez minces, mais cependant proportionnés à leurs services; puis il ajouta une clause portant que, dans le cas où il retiendrait en, santé, les mêmes legs seraient doublés et acquittés sur-lechamp, en même temps que les honoraires du médecin. On se doute bien que les domestiques que l'on avait eu soin d'instruire de ces dispositions , prirent le plus grand soin de leur maître pendant sa maladie y et firent tout ce quidépandit d'eux pour qu'il en revint; en effet, le testateur guérit, et s'empressa d'être lui-même- son exécuteur testamentaire à l'égard de ses gens.

La précaution n'était pas mauvaise; il y a certainement beaucou p de domestiques très-attachés â leur maître, et sans aucune vue d'intérêt; mais il en est d'autres aussi, qui, assurés d'un bon legs, peuvent attendre avec une certaine indifférence l'issue de la maladie ^quelle qu'elle soit , et peut-être quelquefois désirer que les choses tournent de manière à ce qu'ils soient bientôt en possession de ce qui leur est assuré parle testament.

Le célibataire en question n'est pas le premier qui ait acquitté de son vivant ses propres legs envers ses domestiques..

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Le bon Montaigne en avait longtemps auparavant agi de même envers les siens , mais d'une manière moins intéressée et qui prouve son excellent cœur; ce trait est rapporté par Bernard Authomne , dans son Commentaire sur tes coutumes générales de la ville de Bordeaux* 162 1 , 1/1-4. ", ou 1666, avec les Arrêts notables, par Ant. Boé, 111-4° » A l'article des testamens.

- ■ Feu Montaigne, auteur des Essais, dit Au-

■ tbomne, sentant approcher la fin de ses jours, » se leva du lit en chemise, prenant sa robe de

■ chambre, ouvrit son cabinet, fit appeler tous » ses valets et autres légataires, et leur paya les

• légats ( legs ) qu'il leur avait laissés dans son » testament , prévoyant les difficultés que feraient

• ses héritiers à payer ses légats. * Ce fait, qui prouve que Montaigne était un bon maître, n'a été rapporté par aucun de ses biographes (1) ; j'en dois la connaissance a -M. Breghot du Lut, vice-président du tribunal de première instance

(r) Combien de traits de la vie des gens de lettres sont encore inconnus, parce qu'ils se trouvent consignés soit dans des ouvrages obscurs , soit dans de grandes collections où l'on ne va pas les déterrer. J'en pourrais citer plusieurs exemples; je me contenterai de rapporter ici un fait concernant l'un de nos classiques du siècle de Louis XIV. Le hasard me l'a fait découvrir dans une collection académique étrangère (de Berlin, in-4.*)- Cette anecdote est d'autant plus intéressante, que l'on n'a aucun détail sur la vie privée du littérateur en question (La Bruyère) et qu'elle lui est fort honorable. Voici le fait :

La Bruyère , dans le cours de ses promenades, venait presque tous les jours s'asseoir chez uo libraire , nommé

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de Lyo», memhredes académies deï.yrm et Dijon, qui m'a fait l'amitié de me l'indiquer. Montaigne, né le 37 février 1 533, mourut le i3 septembre

Michallet (qui a exercé l'imprimerie et la librairie à Paris, depuis 1671 jusqu'en 170a ou 1703, époque de sa mort). La Bruyère passait assez régulièrement quelques heures dans cette boutique, soit à feuilleter des nouveautés, soit à s'amuser avec une gentille enfant* fille du libraire, qu'il avait prise en amitié. Un jour { en 1686), il tira un cahier de sa poche, et dit à Michallet: * Tenez , voulez-vous imprimer cela ( c'était les Caractères) ? le ne sais si vous y trouverez votre compte; mais, en cas de succès, le produit sera la dot de ma petite amie. ■ Le libraire incertain de la réussite , hésita d'abord, puis se décida plus par estime pour La Bruyère , que par confiance dans le manuscrit qu'il lui présentait. Enfin l'édition eut lieu. A peine lut-elle exposée en vente ( en 1687), qu'elle fut enlevée; une seconde édition, une troisième, une quatrième, toujours améliorées et toujours tirées à plus grand nombre, se succédèrent rapidement, et rapportèrent plus de cent mille francs de bénéfice net au libraire, Un profit aussi considérable engagea l'honnête Michallet à aller trouver La Bruyère, et à lui en offrir une grande partie, lui disant qu'il regardait comme une plaisanterie l'abandon du bénéfice éventuel qu'il avait fait à sa fille, parce que ni l'un ni l'autre ne pouvaient prévoir un tel succès. « De quoi me parlez-vous là, reprit La Bruyère? cela ne vous regarde pas ni mm non plu»; le tout appartient à votre fille, et je suis fort aise que le hasard l'ait si bien servie. N'en partons plus. > Telle fut la dot imprévue de la jeune Michallet, qui fit par la suite le mariage le plus avantageux.

Cette anecdote a été racontée par Maupertuïs au secrétaire de l'académie de Berlin; il l'a tenait de M."* Michallet elle-même qu'il avait connue. La Bruyère, né à Dourdan en 1609., est mort à Paris en 1696.

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15^3, pendant qu'on disait la messe dans sa chambre et au moment de l'élévation.

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