TESTAMENT DU ROI DAGOBERT
Ce testament, d'après ce que nous avons pu recueillir de la chronique de Saint-Denis , d' Aimoin , etc. , nous semble précieux sous le rapport de la peinture des mœurs et de l'esprit du siècle ou il a été fait , siècle très-religieux, et où il parait que tes legs faits en abondance a l'église , tranquillisaient singulièrement la conscience des testateurs. Disons d'abord un mot de Dagobert.
Ce prince, le onzième de nos rois, et premier du nom, naquit, vers 602, de Clotaîre II et d'Haldetrude; il fut roi d'Austrasîe en 6as, et roi de France en 638. Vers €33 il divisa la France en deux nouveaux royaumes : celui d'Austrasie et celui de' Neustrie, ou de France et de Bourgogne. L'Aquitaine n'y fut pas comprise dans ce temps, ce pays ayant été retenu par des ducs qui en furent les seuls suzerains jusqu'en 778. Dagobert eut
3,g,t,zeCb,G00gle
35o TESTAMENT
deux fils, l'un nommé Clovis(II), dont la mère fut Nan tilde; et l'antre nommé Sigébert (II ), qu'il eut de Ragnetrude. On ne lui connaît que ces deux enfans ; mais il aurait pu en avoir un plus grand nombre , car il eut cinq Femmes outre plusieurs concubines; au reste il est mort jeune, à l'âge de 36 ans, le 19 janvier 638. Quand il sentit approcher sa fin , il songea à faire son testament; et ici nous allons laisser parler nos vieux chroniqueurs.
« Le roy Dagobert srmonnit un grand parlement de ses deux fils et de tous les princes de son royaulme en une ville qui' estoit appellée Binage ou Bigarge. Quand tous furent assemblez , le roy s'assit en un trosne d'or, portant une couronne d'or sur son chef , ainsi comme la coustume estoit lors. Si commença a parler et dict en telle manière :
> O seigneurs roys mes deux fds, et très chers enftns, et vous .prélats et autres barons du royaulme de France, entendez a moy. Avant que l'heure soudaine de la mort ne nous prenne, nous convient veiller et entendre au salut de nos âmes, que elle ne nous trouve par adventure
' en tel poinct , que elle nous occie depourveus , et nous rende aux tournions de mort perdurable.
* Si devons achepter la joye des saincts cieulx des transitoires choses de ce monde tant comme nous virons.
> Si que le souverain juge qui rendra à chacun ses mérites , nous rende après la mort tes biens que nous aurons faicts a ses pauvres en ceste mortelle vie , et que nous soyons recréez et saoulez des biens spirituels en la joye perdurable de paradis , et que soyons abreuvez de celle fontaine qui dure sans appetissement , qui signifie la grâce du Soinct Esperit , selon les escritures, de laquelle nul n'est esconduit qui en parfaicte joye la requiert
1 Et d'autant que nos corps sont fragiles et nos âmes immortelles , il nous est nécessaire , si nous voulons dire
3,g,t,zeCb,G00gle
DE DÀGOHEBT. 35 1
vroy, d'estre gens de bien; et de peur, ce que Dieu ne veuille , qui sî nous nous monstrons par trop noochalans , non seulement nous mettions la corruption que nous espérons de nos corps maïs l'immortalité *ie nos âmes aux feux éternels.
> Parquoy me ressouvenant des loyers qui sont promis aux gens . de bien , et des supplices préparez aux mesebans , et des pecbez que j'o y commis , j'ay résolu de faire mon testament , par lequel j'ay institué toutes les principales églises de mon royaulme , héritiers (tic) de tous les biens que Dieu m'a donnez.
■ J'ay aussy advisé d'en dresser quatre exemplaires d'une mesme teneur et au bas les ratifier non seulement demesmains,maisaussydemcsfHsChiIdebertetLouys(i) que je tous donne nu jourd'huy pour roys et pareillement des rostres , o très saincts prélats et plus eminents seigneurs de ceste nation. L'un desquels sera gardé à Lyon eu France , l'aultre a Paris , le troisiesme a Metz dedans les archives de leur église , et le quatriesme que je tiens en main sera mis au thresor de mes chartes.
i Et après avoir déposé le fardeau charnel et que chacun des prélats aura receu ce qui est légué a son église , nous vous prions et conjurons par le nom terrible de Nostre Seigneur Jésus Christ, qu'au temps advenir vous ayez a faire mémoire de nous, trois fois la sepmaine, et offrir le sacrifice salutaire pour le repos denostreame.* (Aliioin, liv. IV, de gest. franc, cap, 5o.)
(i)Dji erreur dans renonce* de ces deux nom* : le copiste lurik diï meure Sigebert Cl Cloyii. Sigebert H fat rai (ÎAustruie, étant encore pour ainsi dire m berceau , dés l'année 63a ou 33 ; il est mon ■en '6*6. ClotU II, aussi enfant, fut roi deNeuttrie et de Bourgogne m 634; '' cst mort'b mêrae année que ion frère, le S septembre 656. Le nom de Louis, provenant de Clovis dont ou a retranché le C, espèce de tigne lignifiant l'autorité, n'est connu que sous fa
J,g,t,zeCb,G00gle
Le même historien rapporte une bonne partie dudit testament, qui commence ainsi :
■ ht nomine trinitatis-, Domini Dei omnipotente, apottolicis patribus, pontificibus videlicet, ac abbatibas et reliquis sacerdotibus intra regnum nostram coniistentibus , Dagobertus rex Francorum. Quantum tntellectualis semas humant polest mente sagaci pensare , etque solerti indagat'tone perpendere , nihil amplius valet in kujus seculi tuce ac fugitive gaudio laerafi , qtuan quod de rébus transitoriis, lotis eenerabUibus auis studeatr in aUnwniam pauperum impendaïc : quatenus, etc. i
Le bon roi ne faisant que répéter ici ce qu'il a dit plus haut , nous passerons de suite à ses dispositions
testamentaires; il continue ainsi : * Donamus igitur
ad Basiilcam. Domini Vincenlii Parrkisius (sic) [ ubi sepulturam quando qaidem Deusjusser'U habere dispotuimiu\ donatamque in perpétuant esse decrevimus , vdlam cognominatam Cumbis, in page , parrniiiaco , quam Jlrsa ftlia Alderici tenait. Pari modo ad Bas'dicam sancti Pétri apostoli parrkisius , ubi sancta Genovefarequiescit in corpore, v'dlam Dravernum in Brigeio. Ad Bas'Uicam vero divl Dionyùl item parrkisius ,■ ubi cum sociis reauiescit , villam Brannatém in Brigeio. Ad BasUicam Domina Cotumbte et domini Lupi senants, v'dlam Grondent Campum in Gastinensi, etc. etc. Enfin le testateur ajoute : V os auLem boni filii, considérantes primant naturœ retigionem, cujas gratta etiam homtnes tigat ,manete ftalres. Notite exuerequoonerati estis. Deinde reverîmini me patrem vestrum, qui rogare mato, cum possumjubere, ut statuta nostra inconvulsà servetis, sicuti vestra à successoribus vestris servari voletis : profecto scientes quod si à nobis sanctta contemptui habBeritU (quod non arbitror), part modo et vestrd à posteris contemne%tur décréta. »
Voilà ce que nous avons découvert du testament de Dagobert. Les commencemens du règne de ce prince lefirent adorer dupeuple; il le délivra de l'oppression de»
^mz^tyGoogle
01 DAGOBBltT. 353
grands. Mais bientôt il cessa d'être l'objet de son amour j il le surchargea d'impôts pour satisfaire a l'insatiable avidité de ses maîtresses. Il sut régner avec empire sur ses sujets; il se fit rechercher de ses voisins. Magnifique en tout, il fut grand aamomier , même au milieu de ses désordres « et libéra] jusqu'à la profusion envers les églises et les monastères, ce qui le fit combler d'éloges par le» religieux , et même celui qui fut son historien en fait un saint, La reconnaissance est une vertu, maïs il ne faut pas la pousser a l'excès.
Le testament de Nantilde, l'une des femmes de Dagobert , nous est aussi parvenu. Elle fut mariée a ce prince en 699 ; elle eut pour fils Clovis II , comme nous l'avons dit. Veuve en, 638 , elle est morte en 64s. Voici ce que l'historien cité précédemment , nous dit de son testament :
c Nantilde , veuf ro du roy Dagobert premier , ordonna son testament des villes de son douaire par le gré de son fils Clovis t et les partit aux églises des saincts et sainctes , auquel elle n'oublia pas l'église de Monseigneur Sainct Denys en- France , le glorieux martyr ne ses compaignons. Si fit faire trois exemples de la chartre de son testament d'une mesme sentence, desquelles l'une est gardée jusques aujourd'huy avec les Chartres du thresor Sainct Denys. > ( Voyez les Chroniques du Sàikct Denys. )