‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 4)Chapitre 70 sur 91 · TESTAMENT DU DUC D'ANJOU · texte numérisé non relu

TESTAMENT DU DUC D'ANJOU

Hbbculss , lÊommé depuis François , duc d' Alençon, puis d'Anjou , enfin de Bnibant et comte de Flandre ,

est né le 18 mars i554 , de Henri II et de la i;niieuso Catherine de Médîcis. Il eut pour frères trois rois de France : François II (né en ii)44f i^^Q» mort

en i56o ) ; Charles IX ( né eu 1 55o , roi en 1 56o » mort en 1574 ) * Henri UI ( né en i55i , roi de Pologne en lôyS, roi de France en 1^74 1 assassiné en 1689 ). Le duc d^ Anjou mourut k l'âge de 5o ans, sans avoir été marié Je j o juin 1 584 , cinq ans avant Tassassinal d'Htari III, qui , ne laissant aucun enfant de son mariage avec Elisabeth d'Autriche , ouvrit au bon roi lieuri lY le chemin du trône , chemin bien hérissé d'épines.

Le duc d* Anjou a vébu au milieu des troubles civils: son frère lui avait fait signer la ligue après l'avoir signée lui-même , pour empêcher le duc de Guise d*en être le chef. Mais à la mort du duc, Henri, roi de Navarre, de la religion réformée , se trouvant le plus proche héritier du trône , la ligue éclate avec plus de violence , Tarnbition des Guises Talimente » les troubles sont portés à l'excès » Henri III est assassbé, et la France est en proie à tous les maux et déchirée par les Êictions d'Espagne» des Guises , du cardinal de Bourbon , qui toutes, sous lo voile de la religion, disputent au milieu des ilôts de sang , le malheureux trône à son véritable héritier.

Nous ne rapportons le testament du duc d'Anjou , que parce que sa mort a été le signai de tant de malheurs « et qu'il prouvera que l'état de g^e où était ce prince ne lui permettait pas de jouer un grand rôle dans des circonstances aussi critiques. D'ailleurs il avait passé une partie de sou temps à pour6uivre la main de la reiue

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Elisabeth , rn Anprïctrrre ; piiîs , ne jouissant d'aucune considération à la cour de son frère , il s en était échappé furtivement, et était allé dans les Pàys-Bas pour tâcher d*en obtenir la souveraineté; ce à quoi il réussit, car le 19 février i589 , il fut couronné duc de Bràbuità Anvers , et ensuite reconnu comte de Flandre. Ifcns sa conduite ne soutiiït pas ces heureux commencemens et il mourut sans estime et sans gloire. Voyons son testament :

< Ce jourdhuy juin mil cinq cens octante et quatre^

en la ville et mon chasteau de Chasteau-Thienr^' ma trouvant affoibly , et sentant ma fin proche par k Mipmie maladie dont j'ay .esté détenu; je François fila et Me (lu roy , a y faict et nommé do ma Louche mon testament , codicille et dcruiere volonté , en la forme et manière qu'il s'ensuit : ^

> Premièrement. Je recommande mon ame à .Dlïeii:»

en la grâce et miséricorde duquel toute mon ^p^^M^p^ibè

consiste » le suppliant me vouloir pardonner toiôk §^>êtiê^,

et m*cstre remis par la mort et passion de Jésus Çhrist son nis. « <:^;^>;.7;

» Quand mon ame sera séparée de mon corps , je désire que mes obsèques et funérailles soient |aicte% a la volonté du roy et de la roine ma mère, 'r*

> L*un des plus grands regrets que j*ay , ^oméfjûée^^ est de vous avoir irrité et depleu par mes adîoi^ él^âi^ ireprîses (i). Combien que le désir de mettre en repos voslre royaume et Tasseurer contre Testranger m'y ait

incité 9 piuslost qu'aucune malveillance partic^iie|'e ep

(i) Il veut parler ici Se son dépari fnrtif de la cour, pour se rendre dans les Pays-Bos, oi\ il a agi sans i auLoriiatiou de son frère ; et de là il s cLait reudu eu Angleterre , oùil avait passe trois mois, carcssi: et feté par la reine Elisabeth , à qui il avait déjà ùàt précédemment ]« «our , et qui , sans lai éter toute egpénatàe de tWon qnMI désirait, ^tait cependant bien déterminée i ne pomt s*engag[er dans les lois du matiage. D^aiUeora elle avait alors 49 ans , et sa vanité était trés^flaltée de voir un jeune prince à ses genoux.

pu DV€ d'ANJOU.

aye esté la principale cause , je tous veux supplier de me pardonner, comme je vous ay requis la dernière fois que j'ay eu ce ]>ieii de vous voir; ce que je m'asseure que TOUS ferez par Tostre bonté.

» Je «ttis nay Tostre frère et vostre sub j ect; j 'a y possédé un apenage par yostre permission et libéralité , très beau et très grand. Vous avez augmenté mes moyens par vos bienfaicls, et ([ui plus est vous m*av<'z permis de iu'ijsytler du fonds de mon domaine et en asseurer partie de mes créanciers»

> J'ay esté assisté gralnilement de plusieurs gentilshommes Tôs subjecis» dont Ja plus part se «ont incommodez , appauvris et quasi du tout ruinez a mon service.

> Bles serviteurs m'ont bien et loyalment servi chacun en sa charge , dont je n'ay eu les moyens de les recompenser comme je desirois» et la raison le Touloit» mesme la plus part n'ont esté payez de leurs gages pour comble de ma douleur.

> Je dois enyiron trois cens mille escus, tant aux estrangcrs que autres particuliers de vostre royaume , et en emporte en mon tombeau leurs substances, leurs plain!es ci leurs gémissemens , sans que j'ayeeu le moyen de m'en descharger envers Dieu et les hommes , si par Tostre pitié et compassion tous ne daignez faire tant dlionneur a celui qui fut Tostre frère de naissance et enfiint d'obligation , que d'accepter sa pauvre et désolée succession. ' <

:» Je vous supplie et si besoin est vous abjure ( sic ) en cestendroict, vous Madame et mere, qu'il vous plaise intercéder pour moy autant que vous m'avez esté toù* jours bonne mere, et que vous veillez donner a ce coup vostre fiiveur et support a ces dernières requlests et supplications-que je fays au roy.

Je ne veux, Mouseigiieur , vous donner ce qui est ja vostre , mais bien vous l'eray, s'il vous plaist» héritier de mon .regret et ennuy* Que vous me préserviez, s'il

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yom plaist, d*un sy grand deshonneur et blasme que d avoir ruiné mes pauvres et affectionnez servilciirs.

» Je vous demande que les dons qu'il vous a pieu me foire , et doul j'eslois prcst et sur le point de tirer la commodité « soient continuée et eiLecutes en mon nom et a l'efiet que dessus.

> Je TOUS supplie que trois années de mon revenu ^ j compris ceste année, soient employés a mesme effect. c'est a dire en l'acquit el payement de mes debles , et gages de mes serviteurs, lesquels il TOUS plaira leur continuer les deux années suivantes.

» Je TOUS supplie aussi de rouloir deschai^r met sernteun des emprunts qu'ils ont faicts pour m'ayder et subTenir a mes ui^ns (sic) affiiires, et qu'il vous plaise conserver a mes dicts serriteurs les dons que je leur ay faicts ^ qu'ils montreront aToir obtenus de moy, et qu'ils puissent jouyr de luesmes privilèges qu'ils ont accoustumé.

» Et pour la dernière demande que je vous faict , je vous supplieray très humblement avoir tous mes dicts serriteurs en recommandation i les appuyant de vostre fiiTeur^ authorîté et bienlaicts; et spécialement les sieur» de Ferraques , Aurilly et Quîncay , de la fidélité et loyauté desquels je veux bien repondre devant Dieu el devant TOUS, pour en avoir faict preuve en tant de sortes que je n'en pub rendre autre lesmoignage , vous suppliant que ce peu que je leur ay donné leur soit conserré , aTOC accroissement de tos bienfiiicts et libéralités*

> Yoslre grandeur ne pourroSt estre incommodée de si petite requésie} petite» dis-je, pour vostrer considération» mais grande pour la descharge et acquit de ma conscience. Plusieurs princes moindres que vous n'estes, ont plus despensé aux obsèques et sépultures de leur» a mis. Je ne voudrois plus grandes despenses , et ne désire plus magnifique tombeau , que de TÎTre dans le cœur de mes serviteurs que vous rendrez par ma prière et par vostre bonté moins malheureux.

BU DDG D'ANJOU. 4^1

> Si j'avois des royaumes , ils seroient tous a tous , jet TOUS les leguerois et donnerois par ce mondit testa* ment» et «on a autre. Ma nature» ma naissance et, mon affection tous constitue ( êic) mon héritier sans que je le dîe< Maîft il ne me reste de mes pénibles entreprises presque rit ji qui peusse eslre appellé don et libéralité qui ne soit du tout acquis a vous. Les Pays-Bas m*ont faict achepter bien chèrement le nom de duc et comte^ le- ,quel ils me donnent encores : et )*ay quelque pouTOÎr en leur ei|droit » je les prie dé transférer le tout en Tostre personi^^||i qui parteillemeat ât a tos successeurs , je laisse idti^les droicts et pretensions que je puis avoir pour ce regard en vertu des traitez soieiuncis que j'ay £aicl.> avec vwx.

> £t d'autant que Camiiray peut sertir a cest estât d'un ]K>uleTard acquis et gagné par les moyens qud ià*aîfë£ donner» et que je demeure obligé a la defenso dés citoyens qui arec taflt d*affection et fidélité se soni jettez entre mes bras ^

> Je vous supplie, au nom de Dieu, Monseigneur, de vouloir accepter ce que }*ay en ceste place , de droîct et d'authorité» et empescber l'oppression et desolatioo Stta fÀ bon peuple, »

C'est ainsi que se tennîiie le testament du duc d'Ân« jdu dans TouTrage d^oit nous l'aTons tiré. On Toit qucr ce n*est qu*une prière à son frère Henri 111 , d'acquitter ses dettes et de prendre soin des personnes attachées à son service. Malgré cela , c'est un monument historique ^{ui donne une idée des dépcnse<% considérables qué les princes» à rimitation du roi , iaisaient à ce|te époque» quoique cependant on ne puisse leur refuser un fonds i& justice , d^humanité et de reconnaissance envers leurs serviteurs. Le testament du duc d'Anjou a été imprimé à Lyon et à Paris en i584 , în-8.'; on le trouve encore dans unBecaeU de plusieurs harangues, Paris» 1 622 , iQ-S."^ 2* a6 •

4oa I£8TAMBMX

TESTAMENT DE MESSIBE VAILLANT DE GUEUZf

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€bt évéqiie ne jouît pas longtemps de son siège» car il en prit possession ( par procureur) le 1 4 janvier 1687 el mourut h Meuii-sui-Loîrc le 1 5 septembre de la même année, 5g(^ d'environ 75 ans. Il cultivait les belles-lettres et s'était attiré par là , dans son jeune âge , la protection de François I." 11 fit , à 70 ans, on poëme lalin que l'on trouve dans le DeiUim paetarum gallorum; il 7 prédit l'horrible attentat commis deux ou trois ans aprèç, sur Henri III , et les désordres qui suivirent ce forfait. Nous rn|>[)orU ions le début de son testament, coujuk- excmpi6,du style di]| temps sous la plume d' u n savant, et comme expression des sentimens d'un homme pieux , qui cependant désire que la postérité sache qu'il a cultivé les Muses :

€ Mon BiBV t je te remercie très dévotement du grand lobir qu'O t'a pieu me donner en ce mortel séjour » qui conduict a la mort et immortalité : toutes fois pour plus meurement en mon aage incliné le recognoistre , et moy mesme aussi attendant la frultion de la promesse iaicte a ceux qui espèrent l'abolition de leurs fautes, par Ve£fusion de ton précieux sang» laquelle je supplie très humblement les bons saincts et sainctes de paradis , le ramentevoir a mon profict , de sorte que par mon decez et ta grâce je puisse estre admis au lieu ordonné aux bien heureux, pour plus hant nc^Iigi r les rhoses inférieures et de plus près contempler ta gloire etomnipotence.

» Cependant supporte, mon Dieu, le sobg de mon humanité, de ne laisser mes choses et raisons domestiques troublées et confuses : a ce que mon ordonnance sur ma despoutUe et petites lacultoz , qui se trouveront après mon dccez, puisse régler en paix et contentement

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