‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 4)Chapitre 74 sur 91 · DE RACINE · texte numérisé non relu

DE RACINE

Jour de Juin ï6so. < A l'honneur de Dieu soit , et salut de mon ame. > Signé G. du Yaib, éyêque de Lizicux.

TESTAMENT DE JEAN fiAGINE.

L'i'N dos pliif^ beaux génies et des écrÎTaîns les plus purs dont la France s'honore» Jean Racine , uaqnil h la Ferté^Milon » en Champagne , le s 1 décemhre 1 659. Il fut élevé à Port-Royal-des-Champs » où des études fortes et sévères le familiarisèrent avec tous les ehe&-d*œuvre de l'antiquité; et doué d'un goût exquis, se livrant à la carritre dramatique, il rendit la scène française rivale et quelquefois supérieure à tout ce que la Grèce , dans les plus beaux temps de sa splendeur , nous a laissé de plus admirable en ce genre* Sa carrière fut comme celle de tous les grands hommes » entre^-mélée de gloire et d*emrais. Il fut longtemps comhlé des faveurs du grand Roi ; en même temps il eut à lutter contre les injustices et les tracasseries delà jnlousie; le dégoût qu'il en éprouva le lit renoncer au théâtre d'assez bonne heure; une sensibilité déplacée sur un mot de Louis XIY » le conduisit au tombeau le a s avril 1 699. Quatorze ans auparavant, en i685» il fit nn testament d*une admirable simplicité » qui , en peu de mots , nous prouve que la bienfaisance et la charité étaient les principales vertus qui dominaient sa belle ame; par la suite, en 1698 » il ajouta à cet acte un codicille, véritable monument de modestie et de piété. Tel était l'esprit dominant du XYII/ siècle : toutes les vertus chrétiennes se tenaient par la main chez les hommes les plus distingués» les plus considérables de la société» et Ton ne songeait pas à les taxer d'hypocrisie.

TESTAMENT D£ RACINE. 4 Comme je suis incertain de l'heure à laqudle il

plaira k Dieu de iii*appeler, et que je pois mmirir sans

avoir le temps de déclarer mes dernières intenlioiKs, j'ai cru que je ferais bien de prier ici ma femuic de plusieurs petites choses au3U|uelles j*espère qu'elle ne voudra pa« manquer :

€ Premièrement y de continuer à ma bonne yieîUe nourrice que j*ai à k Ferté-Milon, jusqu^à sa mort, quatre francs ou cent sous par mois, que je lui donne depuis quelque temps pour lui aider à vÎvtc.

> 2.* Je donne une somme de cinq cents 1ifJ^f(^^iJL pauvres de la paroisse Saint-André (i).

» 5.** Pareille somme à ma sœur Rivière, pour dis^ tribuer à de pauves parens que j'ai à la Ferté-^Milon.

» 4** De donner trou cents livre» aux pai paroisse de Griviller.

T> Ces somiQes prises sur ce que je pourrai la4||^^6 bien.

9 Je la prie de remettre entre les mains db|||l^P<Q|^ préaux, tout ce qu'elle me trouvera de papiers co]|f^ nant l'histoire du roi (2]. ^ ^ :u

(1) Le mamiscrit original de ee tesument «si à }» UliîtûâlJqttè ètt n>i. Le mot Sam-André est e&cë. ftadiM a wk^m mm'JMi^ Severin^ ee ta novembre ij686. Depuis, S a cffiioë iJhii'iif 5Vmiii, et mis au-dessas Saint-Sulpice, Ce sont les trois pnro<|i^jiÉM

rarrondissement desquelles il a successivement demeurd.

(3) La dernière pièce que Racine fit pour le théâtre, fut Phèdre^ jouée en 1677; ensuite il fil pour la maison deSaint-Cyr, Esther^^oué^ en 1689, et Athalie , jouce en 1691 \ dès-lors il ne voulut plus s'occuper que de rimtoire de Louis XIV-, mais il ne poussa pas très— llrfn eet ouvrage. On sait qa''il avait été uommë historiographe du roi avec Boileau. Loisqu^il mourut, Valioconrt , son an») ïax nonun^ en sa place pour continuer rhistoîre avec BoOean; dnii k Ut^^jUl^fllk guère plus vite ; enfin à la mort de Boileau, ainv^ajk "^M^IliÉ Valincourt fut charge des papiers de Racine et devi^éauTfSBnl cette histoire. Le feu prit dans sa maison de Saint-Clood, dans la nuit du i3au 14 janvier 1715 ; sa hiblioLlièque fut bientôt tout 1 iuhrAs^a \ il offrit vingt louis à un savoyard pour aller retirer des flammes le manuscrit de Racine ç^u'ii lui désigna % mais au lieu du manuscrit^

> Fait dans mon cabinet, ce 9 octobre iG85* >

Sigfié Racirb.

GODiaLLE, A LA SOTTE DU TESTAMEIVT.

AU >0M DU pjsRE £T 00 FII^ £T DU SAIKT-ESPAIT.

€ Je désire qu'après ma mort mon corps soit porté à Port-Royal-des-Champs, et qu'il y soit inhumé dans le cimetière, aux pieds de la fosse de M. Hamon (i).

Je supplie très-humblement la mère abbesse et les religieuses de vouloir bien m'accorder cet honneur, quoiqtie je lu't a reconnaisse très-indigne , et par les scandales de ma vie passée , et par le peu d* usage que j'ai fait de l'excellente éducation que j'ai reçue autrefois dans cette maison» et des grands exemples de pîété et de pénitence que j*y al tus, et dont je n'ai été qu*un st^le admirateur. Mais plus j'ai offensé Dieu , plus j'ai besoin des prières d'une si sainte communion pour attirer sa miséricorde sur moi. Je prie aussi la mère abbcsso et les religieuses de Touloir accepter une somme de huit cents livres , que j'iai ordonné qu'on leur donne après ma mort.

> Fait à Paris » dans mon cabinet , le i o octobre 1 698. >

Signé Raciiib.

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