TESTAMENT DE GARRICK
Dayid Garpîck, le Roscius de l'Angleterre, fils du capitaine Pierre Garrick , naquit à Hereford le 20 féfrier 1716* Son père le destinant au commerce» l'envoya à Lisbpnne chez son frère» négociant» où il ne resta qu*une année» noyant aucun goût pour cet état; il en fut de même de Télude des lois, et do celle des mathématiques qu*il cultiva faiblement. EiiHi] sa passion pour le théâtre l'emporta; il débuta' à Ipswich en 1741 î pi"s la même année» il se rendit à Londres , où le 1 9 octobre il joua avec succès» sur un petit théâtre » le rôle de Richard m. ir passa à Dublin en 174s» et J obtint des applaudbsemens unaniniis. Il revint ensuite à Londres» où sa gloire et sa fortune augmentaient chaque jour; enfm , en 1747» il acheta le tlKùiit* dtî Drury-Lane, obtint le renouvellement du privilège , et conserva la direction de ce théâtre jusqu'au 1 a juin 1776» jour où il prit congé du public , et se retira après avoir cédé , pour la somme de 35,ooo Iît. st. » son privil^e qui'lui en airait coûté 8»ooo. Sa retraite causa de grands regrets au public; comblé de gloire et de biens, il ne survécut que trois ans à celte retraite , et mourut dans sa maison à Londres» le mercredi 20 janvier 1779. Sa pompe funèbre fut extraordinaire. Soixante et dix voitures de deuil» dont vingt- quatre carosses de parade» occupés par tout ce ipie l'Angleterre avait de plus distingué» formèrent le cort^. Le convoi arrivé à Fabbaye de Westminster» fut reçu par le chapitre; l'évéque de
Rochester officia , et le corps de Garrick fut enterré à deuJL pteds de diatanoe du monument de Shakespeare (i) « élevé en i74o.par les dames de Londres. Son testament n'offre rien d*extAiordînaîre que le
détail do sa foi tune, qui était considérable et dont il dispose Ci» bon mari, en boa |KirTiil , et en hou cîLoven. Ce testament a été lait Taunéo qui a précédé sa mort. En Totcî les principales dispositions :
€ h David G&BBtcE»liabitant ma maison dans TAdelplii , dépose entre les mains de lord Camden » du très^ honorable Richard Rigby , de John Pattersonet d*Alhany
A\ allis, écuyers , ma maUon de ilauipton sur la Tamise, province de Middlesex, avec les deux îles ou« îlots qui en dépendent; le temple et la statue de Shakespeare , ma miison de TAdelphi* avec les meubles et tableaux des deux dites maisons » pour être remis à Ëva-Maria Garrick» ma femme, afin qu'elle en jouisse pendant sa vie naturelle (2) et qu'elle en fasse sa résidence.
> Je (Idiine et logcic à madite femme tout le linge, vaisselle, porcelaine, chevaux, voitures, tout ce que contiendront mes cav(4i dans fes susdites maisons (5).
> Je lui donne de plus 1000 liv. st. payables d'abord après mon décès , et 5ooo liv* payables une année après ma mort*
(1) nom mnoi» éiàté c&ridnr notre fecaeil àa mumeat éê Shakeqpetrc; nni» toîoI «mit ce quo ^ont arons ttouve' à oet ^i^d : « Ce tesument qu Ton a publié « et qui porte la date de 1616, a
y> Lié fait , dit le testateur lui-mtline) en état de parfaite santé. Après » avoir exprime des «^rntirnens de pie'te', il dispose de diver»^ îf'gs en » Êiveur de sa fille Judith, d'une sœur, d^jue uièce , et enGn de sa » femme, à laquelle il donne son meilleur lit avec sa garniture, »
William Shakespeare, né à Stralford-sur-Avon , le a3 avril i564, ftotnert, à ce qu'on croit ^ en 1616, année où il a fait son testament. (9) ExpressfonemfAoyëeenAnc^eurreponrdesi^ner tentai vlagdfek (3) Cet article est essentiel dana an paya oàle Ttn le noiia oiiar ae paie ofdinaireaieat ta fe, la bouiaille»
D£ GAKRIGK» 4^7
> Je donne et lègue à madlte femme i5oo lîv. sterl. par an , tout le temps de sa v ie naturelle , et aussi longtemps qu'elle résidera en mes deux susdites maisons , et looo lÎT. st. dès qu'elle quittera rAngleterre , ou qu'elle fixera sa demeure soit en Ecosse ou en Irlande.
» Je donnât !• gue à mon neveu David Garrick, la maison, ferms, jardin, maisons et terres, situés à Hampton, en exceptant celle léguée à ma Icjimie.
> Je dispose entre les mains de mes susdits exécuteurs testamentaires, le fief de Heudon» avec mon droit de patronage sur l'église dudit fief» avec ordre de le Tendre et d'en employer les deniers suivant ma volonté ct^près
> Je donne, après le décès de ma femme, la statue de Shakespeare et ma collection des aacienucs pièces de théâtre , au Musée Lritannique.
> Je donne h mon neveu Carrington Garrick, le reste de ma bibliothèque, en exceptant nécdvnoins pour iâ valeur de loo liv. si. de livres en lav^ de ma femme» à son choix. ' W*** ^ ,f
> Je donne à l'institution établie pour lej^ulagement des pauvres acteurs , les maisoiiî. acquises ott théâtre de Drury-Lane , pour cette; même institution. ^
> Je donne h mon frère Georges Garrick » 10,000 lir. st. ; à mon frère Pierre^ 5ooo liv.; à. mon neveu Carrington Garrick, 6000 lîv. i h mon neveu David Garrick» outre la dot que je sui^ convenu de lui payer le jour de son mariage , la somme de 5ooo liv. st. ; je dépose entre les mains de mes exécuteurs testamentaires la somme
. de 6000 liv. st. ( faisant partie de mes biens ) , en faveur ^ de ma nièce Arabella Shaw , femme du capitaine Shaw.
> Je donne à ma nièce Catherine Garrick» la somme de 6000 liv. st. , qu'elle recevra le jour de son mariage , ou h sa majorité (c'est-à-dire à si ans).
» Je donne h ma sœur Mercia Doxey, la somme de 5ooo liv. st.; et à la nièce de ma femme, actuelle-
4^8 TESTAMENT, etc.
ment avec nous h Hampton » la^flomme de looo Kt. st. * » Si les susdits legs excédaient iet fonds assignés pour les payer, chaque légatairë diminuera mes bienfaits k raison de la somme que je lui accorde jusqu'à la mort de nia ierauie : l'argent qui proviendra |>our lors de la vente de Hampton , et les fonds destinés^ur la sûreté de ses rentes viagères » rentreront à son %cès daiis ma succession » et serviront à dédommager les légataires. S*il restait du sarplus, je veux qu'il soît partagé I por» tiens égales entre mes plus proches parens , suivant l'ordre observé d.iiis les successions ab iniesùaf.
> £n conséquence de ma dernière volonté , je nomme les mentionnés ci-dessus mes exécuteurs testamentaires» en foi de quoi j*ai signé et apposé mes armes à cet écrite le «4 septem]>re 1778*
Signé Davoi Gabbigk.
Et plus las : sic transit gUirîa mandi.
On peut se faire une idée de la fortune qa*a amassée Garrick, en relevant lés sommes en argent dont il dispose dans son testament : elles mentent à 47>^oo liv. st. ; ce
qui, à n'cslimcr la liv. st. qu'h 2/4 fr. , donne 1 1 ,4eo,ooo fr. de notre niminaie; à quoi il faut ajouter sa super Le maison de campagne d'HamptoUr^vec ses lies et ses fermes, son fief d'ffendon, ses maisons de Londres, celle du théâtre de Drury-Laq^ » son iomiense mobilier, consistant en vaisselle, porcehine, vins, tableaux, statues , bibliothèque , chevaux , voitures , etc. etc. etc.
Qandon voii Shakespeare laisser à sa femme sonmaVleur lit avec sa garniture, et qu'on voit les bions immenses dont Garrick a comblé la sienne , on peut dire que l'aveugle Plutus a beaucoup plus d*égards pour celui qui fait valoir les fruits du génie que pour celui qui lea produit.
TfiSTAMEMT DE DAVID PURRT^
Datii> Purry, seul artisan de son immense fortune» fui im «itoyen modeste et bienfaisant , .dont toittea le» pensées ne teadirci^ qu'au bien de sa patrie et au soulagement des malheureux. Son testament étant l'exprèseion de sentimens aussi honorables, nous nous faisons un devoir d'enrichir notre recueil des principales dispositions de cet acle iuiportant.
• ^^ous ne nous étendrons pas sur la vie de M. Purry» parce que M. Fréd. Brandi en a donné une notice intéressante f suivie de son testament et d*un extrait de sa correspondance particulière. Neackâtel, 1896, in-^.*
de xij — 108 pag. , avec portrait et fac-similé. Nous dirons seulement que David Purry reçut le jour à Neuchâtel en février 1709, de Jean-Pierre Purry, maire de Lignières, puis colonel au service ,de S. M. Britaniiiquey et de demoiselle Lucrèce Cj^illei, son épouse. Son père, extrêmement actif et entreprenant, forma divers établis- Bemens ^Ml'abord au Cap de Bonne-Espérance , puis en Amérique dads la Caroline; mais il acquit plus de réputation que de fortune, et mourut au sein de sa colonie dans la ville de Purisbourg , qu'il avait fondée. Son fils ainé, Charles Purry , qui l'avait suivi en Amérique , lui succéda dans le eommandemeai de la colonie. Il se maria avec une veuve de Gharlestov?n , capitale de la Caroline , s'établit è Port-Royal, et au moment où il se proposait de repasser en Europe, il fut assassiné par ses nègres en juin 1 754 ; sa veuve et une ilUe qu'il avait » restèrent en Amérique.
^uant au jeune David Purry , ftis cadet de Jean-Pierre, il a avait pas quitté MeuchâteW il fui destiné au com-
merce par sa T^hve , qui prit grand soin de son éducation. Elle le plaça d'abord chez M. Isaac Tarteiron » banquier à Marseille: de lli il passa h Londres, et la maison de
Londres qui sut apprécier ses qualités et ses lalciis , re.iivoya i Li>boïiiie , où il arriva en 1 706. C'c^st la qu'il commença l*édiiice de sa fortune , et qu'il le continua jusqu'à sa mort arrivée le 5] mai 1786. Pendant sa longue carrière dans la finanee » il s'attira la confiance e^ l'estime générale par son zèle , sa probité» sa générosité , sa bieft» feisance , et par la fermeté de son caractère , quand la circonstance l'exigeait. En voici un trait qui mérite d'être rapporté:
Lorsqu'on 1 769 , par suite de la conspiration tramée contre la vie de Josepb L*', roi«de Portugal» il fol dé^ cîdé que les Jésuites seraient ei^ulsés du ro^ume » 4e marquis de Pombal prit si bien ses mesures et le secret fut si bien gardé , que ces pères n'apprirent le sort qui leur était réservé qu'au moment même où ils reçurent l'ordre de partir et d'aller s'embarquer sur le vaisseau qui était préparé sur le Tage. ( r4'élait le 5 septembre; les pères étaient au nombre d'environ 600* } 'Le supérieur deia compagnie avait en main une somme considérable» dont le gouvernement pouvait s'emparer , puisque l*arrét de bannissement portait confiscation des bien» de la so> ciété. Il ne savait quel parti priiiflic j)oiir sauver cette valeur. Enlin il se décida à se rendre chez M. Purry (quoique protestant et protégé du ministre Pombal ) : c Monsieur» lui dit-il» vous êtes un» honnête bomme»
> j'ai toute confiance en vous; voici un dépôt assec » considérable, qui appartient à notre ordre malheureux; » je le confie à votre honneur; l'acceptez-vous? i> M. Purry réfléchit un moment; il ertuiprend la df^licatesse
de sa position. Enfin il se décide. c Mon père,
» lui répondit-il, je conçois' votre embarras» la miea
> n'est pas moins grand; n'ûnporte» j'accepte ^re
> dépôt , et quoi qu'il puisse m'en arriver » Il ne sera-re-
> mis qu'h la personne c|ue vous m'indiquerez ou qui » sera porteur d!u]i ordre de votre part. »
Quelqfitt jour» après le .d^rt «les RJL PP. , |e mar^ quiB de Pombal est instaruH île ce qui venait de se passer; il mande M. Purry r c Vous ares reçu , dft-îl , un dépôt >
> considérable des Jésuites? — C'est vrai , Monseigneur.
> — \ ous niiez le faire transporter à ia trésorerie; tous
> leurs biens ont été confisqués et cet argent est dé\ olu » à la courooné. — Je prie V. Ëx. d'observer que cet » ar||eitt^ un dépôt » et qu'il est sacré pour moi. J'ai
> solpindtniient promis au père qui m'a donné sa con-
> fm^ que, quoi qu*îl pût m*amver» \e ne ie rendrai
> qu'à lui ou a t|ut IqiTun délégué de sa part. — Mais , ^ Monsieur, vous oubliez Si le roi rordonne.? — Je
> sesi^que je m'exposo l>cnucoup; je puis perdre les
> boMes grâces de S. M. , la faveur de V. Ëx. , et peuty^lilriii'atHrer une punitien plus grave encore; mais y-tbHnde ma conscience que je dois seida reconnaître :p pour juge%an8 cette circonstance , je ne puis ni ne
> dois manquer à la loi promise. ^ Le mini)»tre irrité se fâche, mrnfiee et quitte bi ii.^qucment M. Purry; mais dans le fond il affectait plus de courroux qu'il n'en avait réeUement , car il ne pouvait s'empêcher d'admirer la fermelé et le courage de cet honnôte homme , sacrifiant tout à sès devoirs. Quelque temps après, le dépôt fut livré au ministre^ mais ce fiit par Tordre précis du père qui rivait confié , et qui , informé de ce qui s'était passé , lit des conditions honorables pour son ordre, conditions qui furent reiijgieusemeut observées par M. de Pombal.
Nous pourrltas citer beaucoup d'autres traits > non niotna lioiiôraMes pour k mémoire de M. Purry» surtoui en fiiitr de bien&isance envera le» malheureux et de g^ nérosité envers sa ville natale. ( On en verra la preuve à la fin de cet article. ) II jouissait de la plus grande considération. Le roi de Prusse , Frédéric-le-Grand, lui coni^ra la noblesse en 1780» et le créa baron.
4^3 TEBTAXKIIT
M. de Purry n'a jaimiis été marié. Son tesUmeni a été £iît en 1 777 , c'est-à-dire neuf ans avant sa mort. Ses biens ayaient beaucoup augmenté pendant ces neuf
aiHiéciî; eL dmis un petit codicille fait en 1 786, pour changer ses exéciileurs testamentaires, il se pruniettait d'y en joindre un second, pour disposer de l'augmentation de sa fortune; mais sa mort survenue neuf jours après, ue •lui a pas permis de ûtire ce second codicille. Voyons le tostament; il a pour titre :
€ Mon testament fait 3o de janvier 1777, 8icnâ
BT B£C0NHV LB 10 S£PT£Mfia£ ])£ LA M£ll£ ARlléfi.
> Âu NOM DE Dieu , ambn. Je soussigné David Purry»
> de Neuchàtel en Suisse» né en février 1709» fils du
> leu colonel Jean-Pierre Purry et de feue dame Lncrèee 9 Chailiet» de ladite ville» naturalisé sujet de la Grande-
> Bretagne , par acte de son parlement du mois de mars ou d'avril de 1756, et actuellement négociant établi
> depuis 41 ans à Lisbonne en Portugal : Considérant » l'incertitude de la durée de notre vie en ce monde» » j'ai déterminé de ûdre en pleine santé le présent » mon
> dernier et unique valable testament » pour Tamonr de
> diverses personnes » auxquelles je désire laire part des
> biens dont il a plu h Dieu de me bénir et que je pos- 1 sède : et d abord je déclare être né dans la religion ï protestante réformée , dans laquelle je prétends vivre
et mourir; je rends de irè&-bumbles grâces au Tout- » puissant mon créateur pour toutes les faveurs que j*en
> ai raçu (sie)i j'implore sa divine nusMcorde pour le » pardon de tous mes pécbés» et j'espère de la bonté
> infinie de cet être suprême qu'il recevra mon ame dans » son paradis.
» Je déclare être garçon, libre, n'ayant jamais été
> marié, et n'avoir point d'enfant ni d'héritier forcé, » tous les biens qu§ je possède ayant été acquis par la
CE BAVIO PUHKT. 4^3
» grâce de Dieu, légilimcment » dans le commerce, à
> Texceplion de ceux que j*ai hci îles de feue ma chèni » sœur Marie Purry , à qui j'avais fait de son vivant dei
> donations plus considérables ; ainsi » pouvant dis- » poser de tous mes biens à mon entière et libre volonté,
> je le îim de la manière suivante , savoir :
Je l('j;ue à ma belle-sœur Sarali Garvey-Purry , de
> la Caroline méridionale» veuve de feu mon cher Irère » Charles Purry, la somme de dix mille crazades» de
> quatre cents reis chaque crucade , laquelle valeur s'en-
> tendra également pour celle de toutes les cruzadea
> mentionnées ci-après , chacune de 4^0 reis (i).
» A ma chère nièce Eléonorc Buli-Purry, de la Cay roliiip iiit'i l<]i()ji;!tc , fille unique de ma susdite belle- ^ sœur et de icu uiou cher frère Charles Purry, mariée
> à M. John Bull, de ladite Caroline» la somme de
> 5o,ooo cruxades.
> Au susdit sieur John Bull , 10,000 cruxades.
9 A mon cousin germain Pierre Quinche , de Neu-
> chat ri, 6,000 (iii/ades.
y À .son frère mon cousin germain, etc. etc. > Suivent une quantité considérable de legs faits aux parens du testateur , à des amis , à ses associés » à ses commis, à ses domestiques , à une jeune fille on femme portugaise nommée Anna-Joaquina Rosa , à trois demoiselles filles d'un négociant de Lisbonne, qui était mort, etc. Après ces legs individuel:? , qui se moult ut,
(i) La cruzade de f\Oo reis se calculo sur 1c pied de a cruzadet Cl demie pour t^coo reis, et comme la mnycuue de cliaugesiir Paris est des /j3o r pour 3 liv. de Fumet', ou peut compter qne 3,5oo cruzadt's valcuL i^4^^)^^^ <^t|uivaleut à environ 9^700 fr. de
France. « ( Noie tirëe de la NoUee*ur la vie de M* Pwrf , p. 1 08. )
Dan» le taMeaa de oompanûaon des moiinaies étrangères avec les monnaies de France, la crosade dW de r^i» eçtimée 3 fr. 3o cent. {K^ Anmuwe du htweau de» longitudes^ 1838, p. 67.) Ceue estimation se rapproche beanconp de la précédente dounée par M» f réd. firandu
a. aa
dit le testateur^ k i2^,/^oo criizades, viconcnt les lcg5
« le lègue aux pauvres de la paroisse N.* S.* daa
> MercèSy dans laquelle je demeure actuellement» douze
> cents crazades , pour leur être distribuées par petites
> portions aux plus nécessiteux et dignes de charité...,
> avec l'assislance du curé de ladite paroisse qui pour » lors existera , auquel je lègue aussi deux cent quarante
> cruxades pour lui-même.
> Je lègue aux pauvres de la Êictorerie britanni<tue
> de Lisbonne douze cents cruzades , pour leur être
> distribuées par petites portions , etc. , avec l'assistance
> du conseil britannique de Lisbonne. » (A la iiu du testanieiil il y a aussi deux cent quarante cruzades pour le chapelain de la factorerie. )
Ici M. Purry déclare qu'il ne doit rien à personne; qu'au Si décembre précédent ( 1776 )> ses biens pouvaient monter à 475>ooo cruzades» non compris ce qui lui reviendra de sa société actuelle Purry, Mellish et de Vismcs , pour sn part des profils accumulés et laissés en réserve sur la balance dernière dudit 5i décembre, et des autres profits qui pourront résulter de la conti* nuatîon des affaires. Ses biens particuliers consistent en trois articles, savoir : le premier, en un mobilier considérable, qui lui appartient; le second, en cent cinquante-huit contos cent quinze mille cent soixanteun reis d'argent liquide que loi doit ladil*^ société, à intérêt de cinq pour cent ; ri le troisième , en vingt-six centièmes dans le fonds capital de cent contos de reis et de toutes les a0aires de la société, etc.
Enfin, il institue et nomme pour héritier universel du restant de tous ses biens tant présens que futurs , la ville et bourgeoisie de Neuchâlel en Suisse, sa patrie, «pour en faire, dit-il, les usages ci-après nommés, » auxquels uuiquemeut et de toutes façons jeles destine, » afin que les bourgeois de ladite ville , mes compatriotes.
DE DAVID PCRRY, 4^5
> y participent selon mes mtentîoas , et en reçoivent b » principal bénéfice» quoique d'une manière indirecte.»
Il T«it que tout le pestant de ses biens légué à sa vilJe natale 6<ni partagé en doux portions :
« La première devra élrc employée ea œuvre* pies
> et de charité» telles quo In réparation ou réédification » des temples sacrés de ladite ville de Neuchâtel , l'en- » tretîen des orgues dans lesdits temples, l'augmenta-* » tion des revenus afSsctés auxjMisteurs ou ministres du
> saint Evangile de ladite ville, raugmenlation des re- 5> vonus afTectés pour les régens et maîtres d'école dé-
> diés h l'enseigacmcut et à l'éducation de la jeunesse,
> surtout des enfans de bourgeois qui auront besoin de
> secours; assister la chambre de charité dans ses œuvres » pies» notamment pour le soutien de l'hôpital de ladite » ville , ou tels autres objets de même nature , jusqu'où
> pourra s'étendre ceUe première portion du i tatanL de
> tous mes biens.
> La seconde portiou est destinée et devra être tota- » lement appliquée à l'accroissement , à l'embellissenicnt
> et à la perfection des ouvrages publics de ladite ville
> de Neuchâtel, que les susdits représentans jugeront
> être les plus décens , les plus utiles et les plus néces- * saires, tant pour la commodité que pour l'agrément » des bourgeois do ladite ville et de ses habitaus, tels
> que sont les édiiiccs publies , les ponts , les chaussées» » les fontaines et autres embellissemens, les promenades » de ladite ville et de ses environs; le tout suivant qu'il
> sera promptement déterminé par les susdits représen-
> tans, sans que le prince souverain de la comté de » Neuchâtel puisse y intervenir f'^i aucune façon. »
M. Purry nomme pour ses exécuteurs testamentaires, MM. Louis Dubois , J.-F. Brandt et David-Henri Meuron, tous trois mentionnés au testament comme légataires , et commis actuels dans la maison « etc. Ensuite il fait encore quelques legs , et termine par dire : c Qu'il ré-
> voquc tout autre testament fait avant le présent, qui 1 seul devra rester valable , telle étant son unique et » dernière volonté* Ëo foi de quoi » ajoute-t-ii , lé tout
> est écrit de ma propre main » sur neuf pages de ce » même papier , sans aucune rature ni correction , scelié
> de mon cachet et signé de ma signature ordinaire. > Fait à Lit»i>ouue euiWUigal , le 3o janvier 1777.
Signé D. PsBaT.
Une addition fiûte le même jour à cet acte consiste en une augmentation du legs de M. J.-F. Brandt (qui de a, 000 cruzades est porté h 3»5oo) , et dans quelques
d(^lails sur la sucrrssioa de feu JL>arth.-]Vlich. \ ienne, sou |>remier associé.
Quand on considère le testament entier, le soin avec lequel il est écrit et dirigé, on voit que M. Purry était un homme d'ordre » très^habitué à manier les aJÛlaîres » et s'expriinant sur les personnes et sur les choses » de manière à ne laisser aucune ambiguïté sur «98 intentions» même dans les plus petits détails.
Peu de jours avant sa mort , il fil un codicille dans lequel il révoqua la clause de son testament relative aux trois exécuteurs testamentaires, et refit une nouvelle nomination» où deux des anciens exécuteurs figurent encore : ce sont MM. J.-F. Brandt, Louis Dubois; el au lieu de M. Mouron , il nomma M. Gérard de Vîsmes , son associé. 11 finit par quelques legs addiiiunnols et par un mot sur le titre de baron de Purry , que lui a conféré € Sa Majesté le grand roi de Prusse » grâce qu'il estime » infiniment. 9
Il est mort neuf j<^rs après cette date, âgé de 77 ans, et a été enterré le s juin près de Lisbonne , au cimetière de la nation anglaise.
M. J.-F. lirandt, l'un des exécuteurs testamentaires, s*occupa avec zMe de liquider la succe^iion de M. de Purry; il en présenta le compte le i5 mai 1787, de
DS DATID PUBIT. 4^7
sorte qu'en moins (i'un an» la ville de Neuchâfcel fut en possession de ce bel héritage. On ne dit pas quelle en était la valeur; mais elle devait être considérable» surtout si Ton tire quelque induction de tout ce que M. Purry a donné de son vivant. On a trouvé dans ses papiers l'état (les soumics qu'il avait fait distribuer aux malheureux dn pays de Neuchâtel, depuis l'année 1750 jusqu'à sa mort ; cela monte h plus de cent mille livres de France ; et les dons qu^il a faits tant à la ville de Neuchâtel qu*& la classe des pasteurs et à la compagnie des volontaires» forment , depuis 1778 jusqu'à la fki de 1 7S6 » une somme de quatre cent quarante-neuf mille livres de France ; et notez que tant de bienfaits confiés à la discrétion de r^iuiitié, ont toujours été répandus sous le voile de l'anonyme. Jamais M. Purry n'a voulu être nommé; ce n*est qu'après sa mort que ses livres de compte , et sa correspondance partic«yère (dont la brochure de M. Brandt renferme des extraits précieux) , ont révélé tant d'actions honorables.
Neuchâtel est une des villes qui doivent le plus d'élablîssemcns utiles et d'embeliissemens à la générosité reconnaissante de leurs enfans , lorsque par leur probité, leurs talens et leur activité» ils ont forcé la fortune à les combler de ses iaTeura dans le commerce. L*hôtel-de- TÎlle est dû à M. Purry ; la maison des orphelins a été fondée par M. Lallemand ; et le célèbre Pourtalès y a établi le ma^^niUque hôpital qui porte sou uom. Admirable exemple à suivre ! Mais il faut dii'e que cette
excellente ville a toujours tendu une main secourable à ceux de ses jeunes citoyens qui , d^une bonne conduite » et annonçant du goût pour lè travail , n'avaient pas les ressources nécessaires pour débuter dans la carrièredu commerce. Aussi , souvenL cilc recueille le iiuù de SCS bicnlails,