‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 4)Chapitre 85 sur 91 · TESTAMENT DE DESBILLONS · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE DESBILLONS

Ce testament n'olFre d'autre singularité que d'avoir été écrit en vers latins et d'avoir reçu son exécution conmie s'il eût été dans )es formes ordinaires. Le Fr.-Jos. Terrasse Desbillons^né à Ghfitéauneuf dans le Berry , le aS janvier 1711, entra dans la compagnie de Jésus , et se distingua tellement par la pureté avec laquelle il écrivait en latin , qu'on le surnomma te dernier des liûviains» Après la ruppression de son ordre , il se retira à Manheim, 011 l'électeur lui iit une pension et le n<Mnma professeur au collège de cette ville. C'est là qu'il mourut le 19 mars 1789, après avoir laissé différons ouvrages , mais entre autres » xv livres de fables en ver» laliiis, qui lui ont laiL une grande réputation.

Par son testament ^ il lègue sa Libliotlièque , qui était fort belle , aux prêtres de ia congrégation de S. Lazare, qui avaient remplacé les Jésuites dans le Palatinat; mais-

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il met une condition & ce legs, c'est que le préfet de la bibliothèque électorale choisira les livres les plus rares

etiespliKssingulioi's j)ari)ii ceux qu'il lnî«?s{*anv Lazaristes, et les placera fl;îns la hiblinf hèquu de I eleoltMir, s'ils ne s'y trouvent déjà. C'est un honimaj^e que le P. Deshilions •a cru devoir rendre à l'électeur palatin pour les bontés idont ce prince Tavait honoré.

TESTAMENT D'EHMANCEL CHARBONNIER.

Encore un modèle de bienfaisance. Emmanuel Char» bonnier, boui^ois d'Aubonne (canton de Vaud, en Suisse ) , né avec peu de fortune , et devenu aveugle par suite de la petite-vérole, à Page de deux ans, vécut jusqu'à 70 ans, et parvint à force d'économie à réaliser la somme de 20,000 iiv. de Suisse ( 07,500 fr. ). Sentant vivement le malheur de sa position , il s'attendrissait particulièrement sur le sortdçaindigensqui partageaient son infortune; et pendant cinquante ans, il s'occupa du projet d*étre utile à ces malheureux après sa mort. Il y réussit autant qu'il fut en son pouvoir; et les privations de toute sa vie composèrent la isouuuc dont nous venons de parler. Le i5 juin i8o'^, il fit son t» clament, et laissa tout sou bien en rentes pour être annuellement partagé aux aveugles pauvres de son district. C'est ainsi qu'il a assuré à perpétuité un,e ressouirce contre la misère, aux compagnons de son infirmité , qui , dans le pays » doivent à jamau bénir le nom de leur vertueux bîcoi* failcur.

TESTABIENT DE M. HELLOIN.

Si l'on en croit le^ journaux » il est peu d'hommes qui aient poussé plus loin que feu M. Hellom , ancien juge de paiii près de Caen » Famour du repos et presque de rimmobilité; et comme le lit est le meuble le plus propre à favoriser ce gonrc do qiiiélisme piiysiqiic, M. Hclloln le quittait rarement. On prétend même que lorsqu'il exerçait les fonctions de juge de paix , sa chambre à coucher devenait salle d'audience » et il rendait ses arrêts la téte sur l'oreiller et le corps mollement étendu , dans la position horisontale si fiivorable à son goût pour ce que Ton appelle la paresse. Destitué il y a six ans , il se liv r a a\ ec encore plus de sécurité ou plutôt de volupté h ses doux penchans, et ne sortit pour ainsi dire plus de son lit. Mais une vie aussi tranquille ne met pas plus à l'abri du ciseau de l'inflexible parque , que la vie active d'un solliciteur: M. Helloîni'a éprouvé dernièrement. Sentant sa fin approcher, il a du moins voulu prouver par son tcv^launtuL , fjn'au-dtilà du tombeau il resterait encore fidèle h son s)stème, ou poi^r mieux dire à sa passion pour le lit. En conséquence, son acte de dernière volonté a porté la clause expresse qu'il voulait être enterré la nuit dans le lit et dans la position où la mort l'aura surpris /c'est-à-dire avec sa couche» . son matelas, ses draps, son oreiller et tout ce qui compose son lit. Rien ne s'opposant à l'exécution d'une pareille clause, une fosse énorme a été creusée, et le défunt a été descendu dans sa dernière demeure sans qu'on l'ait dérangé en rien de l'attitude où il se trouvait quand il a rendu le dernier soupir; on a placé des planches auniessus du lit pour que la terre en tombant

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ne troublât pas le repos de cet imperturbable qiiiétiste.

Si le testament que nous venons de &ire coniwltre n'est pas supposé (ce que nous soDunes loin de garantir), nVst-il pas surprenant que tant d'originalité se soit rencontrée en France sans avoir traversé la Manche?

TESTAMENT BB L^HBBVITB 0B LA CHAUSS^B d'ANTIH.

Gb testament fictif signale si bien les travers de la

société, que nous croyons devoir le comprendre parmi ceux dont nous avons fait choix : pourrions-nous terminer notre recueil par une pièce plus splrltucKc et plus remarquable par la finesse de tact et d'aperçu? Mais cédons la plume à rauteur.

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