DE RAOUL DE COLCY
« à Thomas son frère; et si aa contraire un desdits » enfuns, quel qu'il «oit, vicnl à décéder sans laisser » d'héritier, sa part retournera entièrement à l'aîné.
1) Pour ce qui est de ma fille Agnès, je lui donne » mille et six cents livres , monnaie d'Artois , h prendre » sur les revenus de Marie et Crecy; laquelle sonmie » elle sera huit ans à recevoir, à commencer seulement » trois ans échus après mon départ. Ainsi le jour de » S. Remy de chaque année, elle recevra cent livres à » Marie , et les cent autres livres restantes à Crecy ; et 2> l'on chargera l'église de Prémontré du soin de lui faire ï> toucher ses revenus.
2> Et s'il arrive que pendant mon voyage d'outre-mer,
> je vienne à décéder, si de même ladite Agnès ma fdle
> cesse de vivre avant d'être mariée , tout ce qui lui 2> restera d'argent comptant sera partagé en deux moitiés, 2> dont une sera donnée à Alix sa mère , qui est mon » épouse, et l'autre sera léguée en aumône aux hospi- 2> talières , aux templiers et à l'église de Prémontré , :? pour être partagée par égale part.
» Et enfin s'il nous arrive, h. Alix ma femme, ainsi 2> qu'à moi , de mourir , une moitié de ladite somme » passera à mon fils aîné , et l'autre aura sa destination.
» J'entends que mes possessions , ainsi que les droits
> d'Alix ma femme, ne soient aucunement grevés, :? voulant que mes arrangemens , même signés de moi, 2> soient tout le temps que je vivrai dépendans de ma :!> volonté; or, pour que cet acte de partage de mes » Liens soit authentique et irrévocable (à moins cepen- » daut que je ne sois porté à y changer quelque chose), » j'ai voulu qu'il fut éci^it et scellé de mon sceau.
» Fait l'an de l'incarnation onze cent quatre-vingt-dix. î>
Raoul ne survécut pas longtemps à ce testament , car il fut tué au siège d'Acre , comme nous l'avons dit , en l'an 1191.
Quelques auteurs ont prclendu qu'il était le châtelain de Coucy, dont les amours avec GabricHr , non de Vergi , mais de Levergies , dame de Fayel , sont si connues; c'est une eneiu\ On pense avec plus de fondement que le châtelain en question clait le fds d'Engiierrand de Coucy, frère de Piaoul I.", et par conséquent neveu de ce dernier. Il avait perdu son père Engucrrand en 1 1 74 > il était clerc en 1 i8y , et il mourut en 1 191 , revenant de la même croisade où son onde Raoul I.*"" avait été tué. On l'a appelé Raoul ou Regnault. Si l'on en croit l'histoire ou le roman de ses amours , étant près de mourir, il ordonna à son écuycr d'ouvrir son corps dès qu'il serait mort , d'embaumer son cruir et de le porter à son amante Gabrielle Levergies. Cela fut exécuté, mais le vieux et jaloux Fayel , le mari de la dame , ayant surpris cet envoi , fit apprêter le cœur par son cuisinier et le fit servir sur la table. Gabrielle ignorant la composition de cet affreux mets , en mangea , le trouva bon , en redemanda même; alors Fayel satisfaisant sa vengeance, lui déclara ce qu'il en était; elle pousse un cri, frémit d horreur et jure de ne plus manger; en effet elle mourut de faim peu après , et son mari ne lui survécut pas beaucoup de temps, étant mort de chagrin.
Les doutes bien fondés sur cette aventure qui a l'air plus romanesque qu'historique, seront sans doute éclaircis dans le magnifique ouvrage que prépara M. Crapelel,et qui doit faire le G.* volume de sa superbe collection des anciens monumens de la langue française , qu'il enrichit de disserialions très-curieiîs(!s; c'est une réimj)ression d'un manuscrit de la bibliothèque du roi, intitulé li Roumans dou chaslclaln de Coucy et de la dame du Fayel. Le volume, exécuté avec loule la perfeclion typographique désirable, sera orné des deux miniatures du manuscrit, imi:ées avec un soin scrupuleux, et avec le talent qu'on a déjà remarqué dans la miniature qui est en tOlc du Pas darnus de la Bcnièrc , maitiLena au