‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 5)Chapitre 125 sur 136 · TESTAMENT DE JEAN UNDERWOOD · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE JEAN UNDERWOOD

Notis avons déjà vu plusieurs testamens anglais, marqués au coin d'une certaine originalité assez naturelle à cette nation , mais nous n'en avons point encore cité où le goût littéraire fût pour quelque chose dans les bizarreries du testateur. Nous allons en mentionner un de ce genre , c'est celui de M. Undcrwood de Nccsinglon, grand ami d'Horace, selon toute apparence. ÎM'ayant pas son acte de dernière volonté sous les yeux, nous nous contenterons de donner le détail de ses funérailles en exécution de son testament ; il suffira pour faire parfaitement connaître celte pièce singulière.

Le 6 mai lySô, fut enterré à Witlesca M. Jean Underwood de Necsington. On l'a descendu dans la fosse à cinq heures, et, sitôt les prières finies, on a mis pardessus son cercueil une espèce de voûte, qui porte visà-vis l'estomac du définit , uw morceau de marbre blanc revêtu de cette inscription :

NOX OMMS MORIOR.

JOHN UNDERWOOD.

DE J. UNDERWOOD. 4^9

Lorsque la fosse fut comblée et couverte de gazon, les six amis qui avaient conduit le défunt en terre, chantèrent la dernière strophe de la xx.' ode du second livre d'Horace :

A!).siiii iiiani funerc nscnioe, •

Luctusque luipcs cl quciimoniae;

Coni[U'sce clauorem , ac sepulcii

Mille siipervucuos houorcs.

On suivit en tout ses intentions; on ne fit point sonneries cloches; 11 n'y eut d'invités, que six amis. Nul parent ne suivit le convoi; la bière était peinte en vert; et on y plaça le corps tout habillé. On lui mit sous la lèle V Horace de Sau;îdou; aux pieds, le Miilon de Richard Bentley ; h la main droite, une petite Bible grecque, avec une inscription en lettres d'or, teru)in( o par les initiales J. \}. ; dans la main gauche, une petite édition ai! Horace , avec cette inscription : Musis ainicus , J. U. ; enfin, on lui mit Y Horace de Bentley sous le coccix.

Quand la cérémonie fut finie, ses amis retournèrent à l'ancien logis du défunt , où sa sœur avait fait préparer un souper élégant; et quand on eut desservi, ils chantèrent la XXXI. •= ode du i." livre Ôl Horace (i); puis ils burent gaiement une rasade et s'en furent sur les hr.it heures.

M. Underwood laissa près de cinquante mille écus à sa sœur, à condition qu'elle ferait observer ponctuellement tous les articles de son tesiament , dans lequel il lui prescrivait de donner dix livres sterling à chacun de ses amis , qu'il avait prié de ne pas se mettre en noir.

(i) Cest fode Quid dtdicntum poscit AjioUuiem vales ?

Ce n'est plus en Tlionneur du Jcfunl que .se- ami> ont chante celle ode ^ c*'elait pour leur propre compte, puisqu'elle renferme des vœux qui ne peuvent concerner que des vi\au».

45o TESTAMENT

Ensuite venait le détail de son convoi , et le testament finissait ainsi :

« Ceci fait , je désire que mes amis boivent gaiement une rasade^ et qu'ils ne pensent plus à J. U>derwood. »

Je dois la connaissance de ce testament , vraiment original, mais bien dans lo genre anglais, à M. Duplcssis, dont l'obligeance égale l'érudition.

Le goût de M. Uuderwood pour Horace , me rappelle qu'un autre Anglais , son contemporain , avait la même passion pour cet aimable poète. La bibliothèque de M. Jacques Douglas était uniquement composée de toutes les éditions d'Horace qui avaient paru depuis 1476 jusqu'à 1759, année où M. Douglas donna le catalogue de cette singulière bibliothèque. 11 possédait 45o éditions du favori d'Auguste. M. Sommer en a depuis donné un autre catalogue beaucoup plus ample. Il commence à l'édition Medioiam,A. Zarot , clrca \l\']0 , in-4.'', et va jusqu'à 1774 et même 1770. Ce catalogue forme un vol. in-S." de 160 pag.

Cette passion pour un auteur spécial s'est manifestée en Italie de notre temps, chez M. l'abbé Marsand , professeur de l'académie de Padoue; il a fait pour Pétrarque ce que M. Douglas a fait pour Horace , et même on peut dire qu'il a poussé plus loin ses investigations ; car il a réuni à la collection des éditions des œuvres de cet auteur, beaucoup d'autres objets intéressans, toujours relatifs à l'amant de Laure. On lui doit la meilleure édition des œuvres de Pétrarque , Rime di Pclrarca, Padova , 1820, 2 vol.*in-4.°, ornés du portrait de Pétrarque, de celui de Laure , de 6 gravures et d'un fac-similé. On en a tiré 45o exemplaireis , tous en papier vélin , au prix de i5o fr. de souscription. Dès-lors M. Marsand a publié le catalogue de sa collection des éditions de Pétrarque, etc. , collection qui se conq)Ose de 900 volumes. Ce catalogue a pour titre , Bibtiolkcca Pclrarchesca, Me-

DE J. UNDERWOOI). "45 1

(liolani , Giusti, in-4.° H est divisé en trois parties : la pîomièro comprend la suite couipiMc des éditions qui ont été données des œuvres poétiques de Pétrarque depuis l'année 1470 jusqu'à nos jours; la seconde réunit toutes les traductions latines, françaises, espa2;nolcs, allemandes et anglaises, qui ont été publiées de ses poésies, tous les commentaires qui en ont été donnés, et toutes les publications qui ont été faites sur la vie de Pétrarque; la troisième se compose d'une collection d'anciens et précieux manuscrits sur vélin ou papier, avec des min iat ures relatives aux poésies du même auteur. Le Roi de France, Charles X, vient de faire l'acquisition de cette curieuse collection; on la place dans l'un des ca])inets delà bibliothèque particulière du Roi et du conseil d'état. Nous nous sommes un peu étendu sur cet article concernant Pétrarque , parce que nous avons déjà rapporté plusieurs clauses de son testament. V. tom. I.*S pp. 56—65.

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