‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 5)Chapitre 90 sur 136 · TESTAMENT DU ROI D^GOBERT · texte numérisé non relu

TESTAMENT DU ROI D^GOBERT

Ce testament, d'après ce que nous avons pu recueillir de la chronique de Saint-Denis , d'Aimoin , etc. , nous semble précieux sous le rapport de la peinture des mœurs et de l'esprit du siècle où il a été fait , siècle très-religieux, et où il paraît que les legs faits en abondance h l'église , tranquillisaient singulièrement la conscience des testateurs. Disons d'abord un mot de Dagobert.

Ce prince , le onzième de nos rois, et premier du nom, naquit, vers 602, de Clotaire II et d'Haldetrude; il fut roi d'Austrasie en 622, et roi de France en 628. Vers 653 il divisa la France en deux nouveaux royaumes : celui d'Austrasie et celui de Neustrie, ou de France et de Bourgogne. L'Aquitaine n'y fut pas comprise dans ce temps, ce pays ayant été retenu par des ducs qui en furent les seuls suzerains jusqu'en 778. Dagobert eut

deux fils , l'un nommé Ciovis ( H ) , dont la mère fut Nantilde; et l'autre nommé Sigebert (II), qu'il eut de Ragnetrudo. On ne lui connaît que ces deux enfans; mais il aurait pu en avoir un plus grand nombre , car il eut cinq femmes outre plusieurs concubines; au reste il est mort jeune, à l'âge de 36 ans, le 19 janvier 638. Quand il sentit approcher sa fin, il songea à faire son testament; et ici nous allons laisser parler nos vieux chroniqueurs.

« Le roy Dagobert semonnit un grand parlement de ses deux fils et de tous les princes de son royaulme en une ville qui estoit appcllée Binage ou Bigarge. Quand tous furent assemblez , le roy s'assit m un trosne d'or, portant une couronne d'or sur son chef, ainsi comme la coustume estoit lors. Si commença a parler et dict en telle manière :

» O seigneurs roys mes deux fils, et très chers enfans, et vous , prélats et autres barons du royaulme de France, entendez a moy. Avant que l'heure soudaine de la mort ne nous prenne, nous convient veiller et entendre au salut de nos âmes , que elle ne nous trouve par adventure en tel poinct, que elle nous occie depourveus, et nous rende aux tourmens de mort perdurable.

» Si devons achepter la joye des saincts cieulx des transitoires choses de ce monde tant comme nous vivons. » Si que le souverain juge qui rendra à chacun ses mérites, nous rende après la mort les biens que nous aurons faicts a ses pauvres en cesle mortelle vie , et que nous soyons recréez et saoulez des biens spirituels en la joye perdurable de paradis , et que soyons abreuvez de celle fontaine qui dure sans appelissement , qui signifie la grâce du Sainct Esperit , selon les escritures, de laquelle nul n'est esconduil qui en parfaicle joye la re-

quicrl

» Et d'autant que nos corps sont fragiles et nos âmes immortelles , il nous est nécessaire , si nous voulons dire

DE DAGOBERT. 35l

vray, d'estre gens de bien; et de peur, ce que Dieu ne veuille , qui si nous nous monstrons par trop nonchalans , non seulement nous mettions la corruption que nous espérons de nos corps mais l'immortalité de nos âmes aux feu\ éternels.

» Parquoy me ressouvenant des loyers qui sont promis aux gens de bien , et des supplices préparez aux meschans , et des péchez que j'ay commis, j'ay résolu de faire mon testament, par lequel j'ay institué toutes les principales églises de mon royaulme , héritiers (sic) de tous les biens que Dieu m'a donnez.

» J'ay aussy advisé d'en dresser quatre exemplaires d'une mesme teneur et au bas les ratifier non seulement de mes mains , mais aussy de mes hls Childeberl et Louys ( i ) que je vous donne aujourd'huy pour roys et pareillement des vostres , o très saincts prélats et plus eminents seigneurs de ceste nation. L'un desquels sera gardé à Lyon en France , l'aultre à Paris , le troisiesme a Metz dedans les archives de leur église , et le quatriesme que je tiens en main sera mis au ihresor de mes chartes.

» Et après avoir déposé le fardeau charnel et que chacun des prélats aura reccu ce qui est légué a son église, nous vous prions et conjurons par le nom terrible de Nostre Seigneur Jésus Christ , qu'au temps advenir vous ayez a faire mémoire de nous, trois fois la sepmaine, et offrir le sacrifice salutaire pour le repos de nostre ame.» (Aimoin, liv. IV, degest. franc. ^ cap. 5o.)

(i) Il y a erreur dans Nnoncé de ces deux noms : le copiste aurait dû meure Sigebert et Clovis. Sigebert II fut roi d'Austrasie, ctant encore pour ainsi dire au berceau , dès Pannée 632 ou 33 5 il est mort en 656. Clovis II , aussi enfant, fut roi de Neustrie et de Bourgogne en 634 i il est mort la même année que son frère, le 5 septembre 656. Le nom de Louis, provenant de Clovis dont on a retranche' le C , espèce de signe signifiant Tautorilè , nVst connu que sous la seconde race.

Le même historien rapporte une bonne partie dudit testament, qui commence ainsi :

« In nomlne trinîtatis, Dominl Del omnlpotentls ^ apostoUcis patrlbus, pontificibus videlicet , ac abbatibus et reliquis sacerdotlbas intrd regnum nostrum consistentibas , Dagobertus rex Francoram. Quantum intellectuaUs sensus humani potest mente sagaci pensare , atque soLerti indagatione perpendere , niliil ampllus valet in hujus seculi lace ac fugitive gaudio lucrari, quam quod de rcbus transitoriis , locis venerabiiibus quis studeal in alimoniam pauperum impendere : quatenus , etc. »

Le bon roi ne faisant que répéter ici ce qu'il a dit plus haut , nous passerons de suite à ses dispositions

testamentaires; il continue ainsi : « Donanius igitur

ad Basilicam Doniini Vincentii Parrhisius (sic) [ ubi sepulturam quando quidem Deusjusserit habere disposuimus'^ donatumque in perpetuam esse decrevimus , villam cognominatam Cumbis, in pago parrhisiaco , quam Ursa fiUa Alderici tenuit. Pari modo adBasiUcayn sancti Pétri apostoll parrhisius f ubisancta Genovefarequiescit in corpore^ villam Draveimum in Brigeio. Ad Basilicam ver a divi Dionysil item parrhisius j ubi cum sociis requiescit , villam Brannatem in Brigeio. Ad Basilicam Dominée Columbce et domini Lupi senonis, villam Grandem Campum in Gastinensi, etc. etc. Enfin le testateur ajoute : F os autem bonifiiu., considérantes primàm natures religionem , cujus gratia etiam homines ligat ^manete fratres. Nolite cxuere quo onerati cstis. Deinde reverimini me patrem vestrum , qui rogare malo , cum possum jubere , ut statuta nostra inconvuba servctis, sicuti vestra à successoribus vestris servari voletis : profecio scientes quod si à nobis sancita conlcmptui habueritis (quod non arbilror), pari modo et vestra à posleris contemnentur décréta. »

Voilà ce que nous avons découvert du testament de Dagobert. Les commcncemens du règne de ce prince le firent adorer du peuple; il le délivra de l'oppression des

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