LIVRE IIL
tous tués , on mêla avec ce sang , dans le mém« cratère, du vin et de l'eau, et tous les auxi«> liaires en ayant bu , on en vint aux mains. Le combat fut rude et sanglant ; il y périt beaucoup de monde de part et d'autre; mais enfin les Egyptiens tournèrent le dos.
XII. J'ai vu sur le champ de bataille une chose fort surprenante, que les habitants de ce canton m'ont fait remarquer. Les ossements de ceux qui périrent à cette journée sont encore dispersés, mais séparément; de sorte que vous voyez d'un côté ceux des Perses et de l'autre ceux desÉgypiiens, aux mômes endroits oit ils étaient dès les commencements. Les têtes des Perses sont si tendres , qu'on peut les percer en les frappant seulement avec un caillou ; celles des Égyptiens sont au contraire si dui*es, qu'à peine peut-on les briser à coups de pierres. Ils m'en dirent la laison et n'eurent pas de peine à me persuader. Les Egyptiens , me dirent-ils , commencf nt dès leur bas âge a se rasejr ^a tête ^ leur crâne &e durcit par ce moyen au soleil , et ils ne deviennent point chauves. On voit en effet beaucoup moins d'hommes chauves en Egypte que dans tous les autres pays. Les Perses, an contraire, ont le crùne faible , parce que dès leur plus tendre jeunesse ils vivent à l'ombre , et qu'ils ont toujours la tête couverte d'une tiare. J'ai i*emarqué à Paprémis quelque chose de semblable à l'égard des ossements de ceux qui fuirent défaits avec Achéménès , fils de Darius , par Inaros , roi de Libye.
XIII. La bataille perdue, les Égyptiens tournèrent le dos, et s'enfuirent en désordre à Memphis. S étant enfermés dans cette place, Gambyses leur envoya un héraut , perse de nation, pour les engager à traiter avec lui. Ce héraut remonta le fleuve sur un vaisseau my* tilénien. Dès que les Égyptiens le virent entrer dans Memphis , ils sortirent en foule de la citadelle , brisèrent le vaisseau , mirent eu pièces ceux qui le montaient , et en transportèreniles membresdans lacitadelle. Les Perses ayant fait le siège de cette ville, les Egyptiens furent enfin obligés de se rendi*e.
Les Libyens , voisins de TÉgypie , craignant d'éprouver le môme sort que les Égyptiens, .se soumirent sans combat, lis s'imposèrent un tribut et envoyèi*ent des présents. Les Gyré*
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nëens et les Barcéens imitàrent les Libyens par j de Psamménite et des seigneurs é^ptiens qui le môme motif de crainte. Gambyses reçut fa- étaient dans le faubourg. Ce prince » à cette
Yorablement les présents de ceux-ci ; mais il se plaignit de ceux des Cyrénéens , sans doute parce qu'ils n'étaient point assez considérables. Ils ne se montaient en effet qu'à cinq cents mines * d'argent , qu'il distribua lui-même à ses troupes.
XIV. Le dixième jour après la.prise de la citadelle de Memphis, Psamménite, roi d'Egypte, qui n'avait régné que six mois» fut conduit par ordre de Gambyses devant la ville, avec quelques autres Égyptiens. On les y traita avec ta dernière ignominie aBn de les éprouver. Gambyses fit habiller la fille de ce prince en esclave , et l'envoya , une cruche à la main , chercher de l'eau ; elle était accompagnée de plusieurs autres filles qu'il avait choisies parmi celles de la première qualité, et qui étaient habillées de la même fiiçon que la fille du roi.
Ces jeunes filles , passant auprès de leurs pères , fondirent en larmes et jetèrent des cris hmentables.Ges seigneurs, voyantleurs enfants dans un état si humiliant, ne leur répondirent que parleurs larmes, leurs cris et leurs gémisisements; mais Psamménite , quoiqu'il les vît et qu'il les reconnût , se contenta de baisser les yeux.
Ces jeunes filles sorties, Gambyses fit passer devant lui son fils, accompagné de deux mille Egyptiens de même âge que lui , la corde au cou et un frein à la bouche. On les menait à la mort pour venger les Mytiléniens qui avaient été tués à Memphis et dont on avait brisé le vaisseau ; car les juges royaux avaient ordonné que pour chaque homme massacré en celte occasion , on ferait mourir dixÉgyptiens des premières familles. Psamménite les vit défiler, et
vue , ne put retenir ses larmes , et se frappa la tête en l'appelant par son nom. Des gardes » placés auprès de lui avec ordre de l'observer, rapportaient à Gambyses tout ce qu'il faisait à chaque objet qui passait devant lui. Étonné de sa conduite, ce prince lui en fit demander les motifis. « Gambyses votre maître , lui dit Ten- » voyé, vous demande pourquoi vousavezparu
> insensible en voyant votre fille traitée eu es- » clave et votre fils noarchani acr supplice , et » que vous prenez tant d'intérêt au sort de ce
> mendiant qui ne vous est , à ce qu'il a » appris , ni parent ni allié. » — c Fils de Cy-
> rus , répondit Psamménite , les malheurs de
> ma maison sont trop grands pour qu'on puisse » les pleurer ; mais le triste sort d'un ami, qui f au commencement de sa vieillesse est tombé f dans l'indigence après avoir possédé de
> grands biens, m'a paru mériter des larmes. > Gambyses trouva cette réponse sensée. Les
Égyptiens disent qu'elle fit verser des pleurs, non - seulement à Grésus qui avait suivi ce prince en Egypte, mais encore à tous les Perses qui étaient présents ; que Gambyses fut luimême si touché de compassion, qu'il commanda sur-lecfaamp de délivrer le fils de Psamménite , de le tirer du nombre de ceux qui étaient condamnés à mort , et de lui amener Psamménite même du faubourg où il était.
XV. Ceux qui étaient allés chercher le jeune prince le trouvèrent sans vie : on l'avait exécuté le premier.De là ils allèrent prendre Psamménite et te menèrent à Gambyses, auprès duquel il passa le reste de ses jours sans en éprouver aucun mauvais traitement. On luiaurait même rendu le gouvernement d'Egypte ,
reconnut son fils qu'on menait à la mort ; mais j si on ne l'eût pas soupçonné de chercher par tandis que les Egyptiens qui étaient autour de lui pleuraient et se lamentaient , il garda la même contenance qu'à la vue de sa fille. Lorsque ces jeunes gens furent passés, il aperçut un vieillard qui mangeait ordinairement à sa table. Cet homme , dépouillé de tous ses biens, et ne subsistant que des aumônes qu'on lui faisait , allait de rang en rang par toute l'armée, implorant la compassion d'un chacun , et celle
« 45,000 liv. de notre monnaie.
ses intrigues à troubler l'État ; car les Perses sont dans Tusage d'honorer les fils des rois , et même de leur rendre le trône que leurs pères ont perdu par leur révolte. Je pourrais rapporter plusieurs exemples en preuve de cette coutume; je me contenterai de ceux de Tbannyras fils d'Inaros roi de Libye , à qui ils rendirent le royaume que son père avait possédé ; et de Pausiris , fils d'Amyrtée, qui rentra aussi en possession des états de son père , quoique jamais aucuns princes n'eussent fait plus de mal
«v«f.i.-c THALIE. —
anx Perses qn'Inaros et Amyrfëe. Hais Psamménite, ayant conspiré contre ITtat , en reçut le salaire ; car ayant sollicité les Ég^ypliens à la révolte , H fut découvert , etayant été convaincu par Cambyses , ce prince le condamna à boire du sang de taureau , dont il mourut sur-lediamp. Telle fut sa fin malheureuse.
XVI. Cambyses partit de Memphis pour se rendre à Sais, à dessein d*exercer sur le corps d*Ama»s la vengeance qu'il méditait. Aussitôt qu'il fat dans le palais de ce prince , il commanda de tirer son corps du tombeau : cela fait , il ordonna de ie battre de verges, de lai arracher le poil et les cheveux , de le piquer à coups d'aiguillons, etdeluiiaire mille outrages. Hais comme les exécuteurs étaient las de maltraiter hd corps qui résistait à tous leurs efforts , et dont ils ne pouvaient rien détacher parce qu'il avait été embaumé, Cambyses le fit brûler sans aucun respect pour la religion. En effet , les Perses croient que le feu est un dieu, et il n'est permis, ni par leurs lois ni par celles des Égyptiens, de brûler les morts.. Cela est défendu cbez les Perses, parce qu'un dieu ne doit pas, selon eux , se nourrir du cadavre d'un homme ; cette défense subsiste aussi chez les Égyptiens, parce quik sont persuadés que le feu est an animal féroce qui dévore tout ce qu'il peut saisir , et qui , après s'en être rassasié , meurt lui-même avec ce qu'il a consumé. Or leurs lois ne permettent pas d'abandonner aux bêtes les corps morts; et c'est par celte raison qu'ils les embaument , de crainte qu'en les mettant en terre ils ne soient mangésdes vers. Ainsi Cambyses fit , en cette occasion , une chose également condamnée pas les lois de l'un et l'autre peuple.
Au reste, s'il faut en croire les Égyptiens, ce ne fut pas le corps d'Amasis qu'on traita d'âne manière si indigne, mais celui de quelque autre Égyptien de même taille que lui, à qui les Perses firent ces outrages, pensant que 06 fût celui de ce prince. Car on dit qu'Amasis, ayant appris d'un oracle ce qui devait lui arriver après sa mort , crut s'en garantir en faisant placer dans l'intérieur de son monument, et près des portes, le corps de celui que Cambyses fit maltraiter, et en ordonnant à son fils de mettre le sien au fond du même tombeau. liais je ne pois absolument me persuader qu'A<