‹ Choix des historiens grecsChapitre 236 sur 286 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Dés rois de Gorintbé.

L'origine de Coria^he, de même (|ae celle de toutes les anciennes villes , est mêlée de fiables. Eumélasy fiisd'Ainphilyteyde U famille des Bacchiades, raconte' ,dans l'histoire de Corinthe, qu'il avait écrite en vers héroïques, qu*Ephyre , fille de l'Océan, s'était la première établie dans ce pap ; qu'elle donna son aoia à la TÎUe; qu'après elle , MaraUnoy fils d'Epopée et petit-fils d'Alœus , et Gorinlhuai, régnèrent à Ephyre ; que celui- ci changea son ijkom en celui de Gorinthe , qu'elle conserva depuis ; qne Jason et Médée' ^ r^nèrent ensuite; oaaii^ qof Jason étant potoiRiéA Moos, etHédéeen Asie^

* Pansan. Gortntb., slve lib. ii, cap. i, png. 1(0. » Pansan. Gorinth.» slve Ub. u, cap. m, pag, U9.

ils laissèrent la couronne à Sisyphe, fibd'.£ole et petit-fils d'Hellen.

Si'mm aime mieux s'en rapporter à Sophocles dans sa tragédie d'OEdipe roi , Polybe régnait à Gorinthe dans le même temps que Laïus régnait à Thèbas ^ Ce prinoe, n'ayant point ifenfiints, adopta OMipa.Ottigaores'il sdocéda hnmédiafementàGofintliâs, on s'ily eut entre eux deux ou plosîears princes. Quoiqu'il en soit, Gréon fut vraisemblablement son successeur immédiat. En effet , il n^gnait en cette ville , lorsque Jason et Médée s'y reUrèrent , comme on le voit dans la Médée , tragédie d^aripides. Médée, quelque temps après , fit périr Créon avec sa fille ; mais, craigjnant la vengeance des Gorinthiens , elle se réfugia à Athènes auprès d'Egée. Ge fui alors que Sisyphe , fils d'jEole et pclit - UU dHelien , monta sur le trône cl« Gorinlbe^

PAR LARCHER

Ce prince fut le fondatenr de la dynastie des Sisy^Mdes*; que* I'<mi regirde ocmunnnënient comme ta première , paree-^ne learoii et cette maison dennèrent an royanme d^Corimlie anc^onsIstMce (fn'îl n^avait point «ne jatqn'^lor»; Omytim ', Thoas , Damophon, Propoda» , qui descendaient de père en fils de-Sisyphè , régnèrent en^iHte.Doridas et Hyanthidas , fi(s de Propodas^ partagèrent entre c^x le gonvemement , et régnèrent conjointement. Mais, les Héraelides étant rentrés dans le Pélopomi^se,' ces deux princes livrèreiH Oorinthe' àAlétès , et pestèrent dans le pays. Il est vraisemblable qa'ils avaient an moins 00 ans leraqa'Alêtès s'empara de cette Tîlle. Il n'est pas naturel d'imaginer qu'ils eussent été assez lâches poor ne pas seconder les eliorts des Gorint^irens, qni attaquèrent* les Dorîeiis et ponr ne pas suivre le sort de lears sujets, qui se retirèrent en d^ulres lieux après la perle de la bataille , s'ils n'eussent pas. été d-un âge avancé. La victoire d^Âlétès et le commencement de son règne sont de la SO^ année après le retour des Héraelides , comme on le verra plus bas. Doridas elHyanthidas avaient donc environ 30 ans lors de la conquête du Péloponnèse. Cette conquête est , comme on Vr vu dans le chapitre Xyi, concernant les Héraelides, de l'an 5524 de la période jnlienne , 1400 ans avant notre ère. Si l'on remonte, par les générations, depuis Doridas jusqu'à Sisyphe , il se trouvera que ce dernier prince était né vers l'an 5524 de la période julienne , 4590 ans avant notre ère. Gela s'accorde bien avec ce que nous avons * dit d'Ion , qui , de même que lui , était petit-fils d'Hellen.

Si Sisyphe n'a commencé à régner à Corinihe qu'après le départ de Méclée de cette ville, comme le dit Enmélus , il n'est monté sur le trône qu'à Tâge de 02 ans , et vers Tan 3386 de la période ju> Henné , 1528 ans avant notre ère. En effet, Médée fat enlevée vers Tan 5564 de la période julienne , 4550 ans arant notre ère. Elfe alla d'abôr<^ à lolcos avec 5ason. Bientôt après, obligée de se retirer à Gorinthe, elle y régn» ou voulut y régner. Ghassée de Corinthe , elle se réfugia à Athènes auprès d'Égée. Mais, ayant voulu empoisonner Thésée , elle quitta la Grèce vers l'an 3387 de 1^ période julienne, 4527 ans avant l'ère vulgaire. Gomme le séjour qti'eîle fit à Athènes ne fut pas long , il y a lieu de croire qu'elle fiit chassée de Gorinthe vers Tan 5386 de la période julienne, 1528 ans avant notre ère , et que Sisyphe succéda à Grêon , qni venait de périr par les intrigues de cette artificieuse princef^se. Le règne de Sisyphe ne pent avoir été for^ lo^ ^ çt je

* Pansan. Çorintb., Ub, u« eap. it, pag* W,

• Id.. ibid.

s Dana le chap. xv, sectt. m, $ nu

suppose qu'il ne fut que de 8 ans. Omytion dut, par oonaéqaent; Kri saieeédér Pan IHRMde la période JHlieiiDe, 4320 ans avant notre ère. La durée du règne de ce prince , et celle des règnes de ses sneeessemv , est trèsMnoerUîne , et je me suis cru en droit, par cette raiï»0B, <fe lui donner quelle étendue il «Ta plff, sans déroger cependant à la vralsemblanoe. Thoaa, Successeur dH^rnytion, fur- dépossédé par Atrée oir par Agamemnon. Il est certain qu^Agamemnon r^naità Gormlhe lorsqu'il partit • pour i^expédition de Troie. La 'Grèce n'était pas , dan» le temps de cette expédition , aussi peuplée qu'elle le fàt depuis. Deuombrenses levées de troupes «klpnisèrent.Thoas attendait probablement avec impatiiemse r^Mcasion de remonter sur le trône de ses pères,et il y agrande apparence qu'Agamemnon m fui pas plus tôt parti qu'il rentra dans ses éuis. Il est eertain que Damophon,' Propodas, Doridas et Hyanthidas lai succédèrent , que ces demc derniers ptiRoss, qui étaient frères, régnèrent conjointement, et qu'A létès, de la maison dés Héraelides , leur enleva la couronne 50 ans après le retour des Héraelides.

Je passe actuellement aux rois de Gorinthe et aux pryianes^ annuels de la maison éks Héradides , plus communément appelés Baechiades. On a sur cette dynastie beaucoup plus de lumières que sur celle des Sysiphides. Il reste cependant encore quelque obacurité, et il faudrait sans doute pour la dissiper une irès^longne dissertation ; mais les bornes de cet ouvrage m*ÎBipo9ent 4a nécessité d'être court.

Il s'agit de déterminer le commencement et la durée des règnes des Alétiades et des Baechiades, qui tiraient leur origine d'Hercule celle des prylaness annuels de la famille des Baechiades, et le commencement dn règne deGypsélus, qui chassa les prytanes-, et s'empara de la souveraineté.

SI Fon s'en rapportait à Diodore de Sicile , la question serait bientôt décidée. « Les Héraelides *, » dît-il, ne se furent pas plus tôt rendus maîtres dn » Péloponnèse qu'ils envoyèrent chercher Alétès , » et lui remirent la ville de Gorinthe avec son terri- » tare. Ge prince régna 58 ans. Ses successeurs oc- 9 cupèrent le trône après lui jusqu'à la tyrannie de 9 Cypséins , qni est postérieure au retour des Héra- » clîdea de 447 ans. Ixion , qui vint ensuite , gou- » verna 58 ans , Agélaa 57 , Pmmnis 55 , et Bacchis » le même nombre d'années. Ge prince se distingua » plus que tous ses prédécesseurs, et mérita , par » ses actions illustres , que les rois qui le suivirent » prissent le nom de Bacchides ou » Baechiades.

* Homeri Iliad., lib. n , vers. 870.

• Oiodor. Sicnl. Fragm., tom. n, pag. 035.

' Ge dernier «lot nt «e troévo polirt dans le texte de

CHRONOLOGIE D'HÉRODOTE

». Agélas lui succéda et régna 50 ans , Eadémus 25, » Ai istomèdes 35. Lorsqu'il mourut , son fils Téles- » tes était encore enfant. Agémon , son onde et son » tuteur , s'empara de la couronne et la conserva » 46 ans. Alexandre lui succéda et régna 25 ans ; 9 mais Téiesiè^ , Tayant tué , remonta sur le trône, » et s'y maintint 42 aus. Il fut tué par ses parents , » et Auloménès ne régna qu'un an. La royanté fut » abolie, et leslBacchiades,qiii étaient plus dedeox » cents , s'emparèrent de Taulorité souveraine , et » gouvernèrent conjointement. Cependant ils élu- » rent Tun d'entre eux pour tenir les rênes de l'état, » sous le nom de prytane annnei. Cette forme de » gouvernement subsista 90 ans , jusqu'à la tyrannie » de Cypsélus , qui cliassa les prytanes. »

Toutes ces sommes réunies font 447 ans, quoique Diodore ait avaucé que les rois et les* prytanes annuels en aient régné 447. M. Wesseling trouve le ' moyen de concilier Diodore de Sicile avec lui-même, en rapportant un passage du grammairien Didyme qui soutient qu'Alétès ne commença à régner que 50 ans après le retour des Héraclides.

Cette solution est ingénieuse , et lève toutes les difficultés , si Ton suppose , avec Diodore de Sicile , que la ville de Troie a été prise Tan 5550 de la période julienne, 4484 ans avant Fère vulgaire, et que les Heradides sont rentrés dans le Péloponnèse Tan 5640 de la période julienne , 4104 ans avant notre ère. En retranchant 447 de 4404 , on aura Tan 4057 de la période julienne . 057 ans avant l'ère Tolgaire, ce qui ne s'éloigne pas beaucoup du temps où Cypsélus s'empara de l'autorité suprême. Mais j'ai prouvé que le système de Diodore de Sicile sur la prise de Troie , et conséquemment sur le retour des Heradides , qui est le même que cdui d'Apollodore et d^ratosthènes, n'était pas soutenable. Cette solution ne suffit donc pas , et il faut nécessairement alonger les règnes des Alétiades et des Baccbiades , ou augmenter le nombre des prytanes annuels de la famille des Bacchiades. La durée de chacun des règnes des Alétiades et des Bacchiades est assez considérable en elle-même, et Ton ne peut la prolonger sans pécher contre la vraisemblance. J'admets donc la somme de ces règnes telle que je la trouve dans Diodore de Sicile, et cela d'autant plus volontiers que ces princes font dix générations, comme le prouve le passage de cet historien ci-dessus rapporté, et comme Je dit aussi ' Pausanias en termes formels. Dix générations font 555 ans, et la somme des règnes va à 527 ; ce qui ne diffère que de six ans.

Diodore; mais Pausanias récrit de la sorte, lib. ii, cap. iv,, pag. 120. On peut consulter la note de Knhnîns sur cet anteur.

* In noUs ad Diodori Ski. loonm landatnm.

' Paasan. Corintb., sive lib. ri, cap. nr, pag. 120.

L'erreur est donc dans 4e nombre des prytanes annuels. Diodore de Sidle en' compte quatre-vingtdix ; mais Strabon ' eu met jusqu'à deux cents. Quel parti prendre entre deux opinions si différentes l'une de l'autre? Il s'agit de déterminer le conunenoement et la fin du règne des Alétiades et des Baccbiades. Ce point donné , si l'on parvient aussi à fixer l'époque de la tyrannie de Cypsélus, il est évident qu'on aura le nombre des prytanes annuels. Il faut donc commencer par l'époque du règne des Alétiades et des Bacchiades.

Il me parait certain qn'Alétès monta sur le trône de Corinthe 50 ans seulement après le retour des Héraclides , c'est-à-dire Tau 5554 de la période julienne, 4460 ans avant l'ère vulgaire. «Didyme » dit' positivement qn'Alétès ne fut point le fonda- » teur de Curintlie , mais qu'il en fut roi 50 ans » après l'arrivée des Doriens. » MSv/mc Zi fr^t r^

A^i9T>iy /ui^ 6txi9rii¥ K.opt»6ou y9yové»at , àïlà fioLoiXtct , int fptacxoSrû fuxà ti)}« rù» Aw^cliwv àftllic». Il est Vrai

que l'autorité de ce grammairien n'est pas en ces matières d'un grand poids. Cependant die acquiert du prix lorsqu'on vient à considérer que pidyme peut avoir copié ce hii dans qudqoe auteur plus ancien. Celte réflexion ne m'aurait pas néanmoins déterminé à adopter ce sentiment , s'il n'eût point été confirmé par Conon , sinon en propres termes , du moins par le résultat de sa narration. Cet auteur avait dédié * son ouvrage à Archélaûs Pbilopator , roi de Cappadoce. Ce prince est celui qui favorisa Antoine contre Octave. Ainsi Ton peut assurer que Conon florissait avant l'an 4485 de la période julienne , 51 ans avant notre ère. Conon * raconte qo' Alétès, s'élant rendu maître de Corinthe, en chassa les descendants de Sisyphe et les Ioniens, et qu'après l'avoir repeuplée et s'être affermi sur le trône il fit la guerre aux Athéniens. Cette guerre est celle ou Codrns se dévoua pour le salut de sa patrie. J'ai prouvé , an chapitre XI de la chronologie athénienne , $ m et iv , que le dévouement de Codrus tombait sur l'an 5582 de la période julienne, 4452 ans avant notre ère. Si Alétès s'était emparé de Corinthe aussitôt après le retour desHéraclides , c'est - à - dire l'an 5524 de la période julienne , 4490 ans avant notre ère , il s'ensuivrait qn'Alétès aurait été dans la cinquante-huitième année de soq règne lorsqu'il attaqua les Athéniens; et, comme on ne peut guère lui donner moins de 25 ans quand il fit la conquête de Corinthe , il aurait dû avoir alors

* Diodor. Sicul. Fragm., tom. ii, pag. 695. ' Strab., lib. viii, pag. 580, G.

' Schol. Pindari ad CNympic. nu, vers. 17, pag. f 44, cd. 2, lln.7.

4 Pbotii Bibiiotb. God. cluxvi, pag. 424. s Id., ibîd., pag. 247.

PAK LARGHEH.

eo9

an moins 8S ans. Or , je demande si à eet âge on | •onge à agnuidir ses états. Gela est destitué de toute Traisemblauce. Mais si l'on suppose , avec Didyme, qu'Alécès monta sur le trône de Gorintlie 50 ans aprèslerelourdesHéraeiides, c'est-à-direFan 5554 de la période julienne , 4160 ans avant Tère vulgaire , il s'ensuit qu'il était dans la vingt-huitième année de son règne ; il avait eu , par conséquent , le temps d'affermir sa puissance f et si l'on suppose qu*il avait 25 ans lorsqu'il parvint à la couronne , il devait avoir alors 55 ans , âge qui n'est point encore assez avancé pour détourner un ambitieni de songer à faire des conquêtes.

Alétès ayant donc conmiencé à régner l'an 5554 de la période julienne, 4160 ans avant Tère vulgaire, et étant resté maître de ses états , lui et ses successeurs , 527 ans , comme le dit Diodore de Sicile ' , il s^ensnit que la royauté fut abolie en 5884 de la période julienne , 855 ans avant Tère vulgaire, et qu'il s'éleva sur ses ruines une aristocratie , dont le chef gouverna un an , sous le nom de prytane. Il but actuellement déterminer en quelle année fut détruite cette forme de gouvernement , puisqu'on ne peut savoir que par ce moyen combien de temps elle subsista.

Les auteurs ne s'accordent point sur l'année où Gypsélus s'empara de l'autorité souveraine. Je ne rapporterai point leurs opinions, afin de ne pas m'engager dans des discussions fotigantes pour la plupart des lecteurs, quoique peu importantes au fond, et qui exigeraient néanmoins un travail pénible. Je me contenterai d'exposer le sentiment d'Ëusèbe. Si Ton en croit ce chronologbte ', Gypsélus monta sur le trône la première année de la trentième olympiade , qui correspond avec l'an 4054 de la période julienne, 660 ans avant notre ère. Les pères Pétan et Gorsini ^ mettent son avènement au tréne la troisième année de la trentième olympiade, d'après £usèbe , parce que ces savants n'ont pas fait attention que dans le grec d'Eusèbe on a placé trois époques comme si elles se rapportaient â cette troisième année» quoique la version latine de saint Jérôme mette celle qui concerne Gypsélus en regard de la première année. M. le président Bouhier le * place en 4059 de la période julienne, 655 ans avant notre ère, pour des raisons qu'il serait d'autant plus inutile de rapporter actuellement , que dans peu je les réftateraL Je me suis un peu écarté du sentiment d'Eusèbe , et voici les motifii qui m*ont déterminé. Démanitus,

* Diodor. Sicul. Fragm., pag. 635.

> Eoieb. Chronic., lib. poster., pag. 121.

• Petaviut» de Doctrine Temporam, lib. xm, pag. 808. Gonini Fasti Attid, tom. m, pag. 48.

« Hecbercbei et diisertaUon< sur H^^dote. çb«P* i^t.

CQKOIf,

l'un des Baochiades, se retira en Italie, pour se souitraire à la tyrannie de Gypsélus. Or, on sait, par Denys ' d'HaÛcarnasse , que, s'élant rendu dans la Tyrrhénie (l'Etrurkc), il y épousa une femme de grande naissance , dont il eut deux fils , à qui il fit donner une éducation grecque et tyrrhénienne. Lorsque ses enfants furent parvenus à l'âge viril, il les maria à des filles d'illustre extraciion. L'alné, qui s'appelait Aruns, mourut peu de temps après ^ laissant sa femme enceinte. Déroaratus mourut luimême quelques jours après de chagrin, laissant ses grands biens à son fils Lucumon. Gelui-ci aspira aux premières places de Tétat ; mais se voyant repoussé, et ne pouvant digérer cet affront , il passa à Rome , et s'insinua dans les bonnes grâces d'Âncus Marcius, qui régnait alors. Ge prince étant mort, il fut élu roi de Rome, la seconde année de la quarante et unième olympiade, qui correspond avec l'an 4009 de la période julienne, 615 ans avant notre ère. Il avait * 25 ans lorsqu'il vint à Rome. Il a vécu 47 ana avec Ancus Marcius : par conséquent, il avait 42 ans révolus quand il devint roi de Rome. Il était donc né l'an 4057 de la période julienne, 657 ans avant notre ère. Aruns , son frère aîné , était né Tannée précédente, 4056 de la période julienne, 658 ans avant notre ère ; et Démaratus s'était marié en 4055 de la même période, 659 ans avant Tère vulgaire. Il fallut au moins trois ou quatre ans à Démaratna pour qu'il eût le temps de rassembler ses biens, et de former un établissement en Tyrrhénie. Il s'ensuit donc que Gypsélus s'est emparé de rautorité souve* raine en 4051 de la période julienne, 665 ans avant noire ère , et que le gouvernement des pry tanes annuels a subsisté 470 ans.

Il est vrai, et nousTavons remarqué, que dans le passage de Diodore de Sicile, il n'est fait mention que de quatre-vingt-dix prytancs annuels. Mais comme nous ne connaissons ce fragment que par le Syncelle , et que le Synceile a beaucoup souffert lui-même des copistes , il peut se Caire qu'il soit altéré. D'ailleurs , en supposant qu'il nous soit parvenu dans son intégrité, le système dç Diodore de Sicile sur les époques de la prise de Troie et du retour des Héraclides peut avoir obligé cet historien à abréger la durée du gouvernement des prytancs. Il est certain que ' Strabon en comptait deux cents , et la raison en est sensible. Il parait qu'il croyait qu' Alétès âait devenu roi de Corinthe aussitôt après le retour des Héraclides. La royautéavaitsub6iBté527an8; G'était une chose constante. Le fragment de Dio-

4 1 lonys. Halieam., Antiq. Rom., lib. m, S \v{i etxLvic, pag. 176 et 177.

> Dionys. Haticam., Antiq. Rom., lib. iv, S vi* psf* M» llo. 15, etc.

' Strab., Hb, tiii, pag. 580, C.

CHRONOLOGIE DHÉRODOTE,

dore et les dix générations de cette fiimille rapportées par Pansalfias ne penueitent piolnt d'en dooter. Blleavaitdoncéléabolie^selonoetécrivam, TanSSIl de la période jalienne , 863 ans avant notre ère. Le eommenoement dé la tyrannie de Gypsélus, en 401M de la période jalienne , 065 ans avant l'ère vulgaire, qoi est étroitement lié avec l'exil de Démaratas , ne lui paraissait pis moins certain ; et la connaissance profonde qn'fl avait de rtiistoire rotnaine ne lai permettait pas de former sur ce sujet le plus léger doute. Le gouvernement aristocratique avait donc sobsisté dans cette hypothèse 200 ans.

Des lecteurs ordinaires pourraient se contenter d'apprendre que Cypsélns détruisit raristocratie en telle année; mais il en est d'un autre ordre qui aiment à connaître les causes d'une révolution qui changea la Ibrme du gouvernement. Que les rois aient été chassés, cela est aisé à concevoir. Télestès était enfont lorsqu'il perdit son père. Son oncle Agémon , étant son tuteur, trouva beaucoup de facilité pour s'emparer de la couronne. C'est un de ces événements qui n'arrivent que trop fréquemment. Alexandre, (Us d'Agémon, monta sur le trône après lui ; mais Télestès , qui s'était sauvé , revint , et tua cet usurpateur. Il fut lui-même tué par ses proches parents , qui voulaient venger le meurtre d'Alexandre. Automénès , qui lui succéda , ne régna qu'un an , soit qu'il ait été tué , ou qu'il ait été chassé. La hrancive cadette des Héraclidéa , surnommée Bacchiades, de Bacchla, cinquième roi de Corinthe, était trèj nombreuse, et vi^isemblablement divisée en d'antres branches. Ges Baedifades étant iri-ltés du meurtre d' Agémon , et jaloux de ne point jouir de l'autorité à laquelle ils se croyaient en droit d'aspirer par leut* naissance , il n'est point étonnant qu'ils aient formé le complot de détruire la royauté, et qu'ils l'aient exécuté avant que le roi en fôt instruit, ou même malgré lui , supposé qu'il en ait eu connaissance. ' Mais qu'nne famille aussi nombreuse, qui disposait des magistratures et de tontes les places de conHance en liveur de quelqu'un de cette même famille ou de ses créatures , et qui était si jalouse de son autorité qu'elle ne sodffirait pas que celui qui était prytane retint cette dignité f^lùs d^uiî an; que cette famille, dis-je, ait penJNi la souveraineté, qu'elle ait été chassée , C'est ce qu'on a de la peine & cotnpreadre. Thucydiées nous à heureusement conserVé un Adt qui sert à répandis du jour sur ce sujet. Il nous ' apprend qu'il y ent un combat naval très sanglant entre les Gdrînthiens et les Gor^ cyréens. Je m'arrêterai d'autant moins à discuter ici la cause de la guerre qui s'alluma entro ees dei|x peuples , que je me propose de Je faire dans peu. Je

remarquerai seureitocnt tjûè Patlstobhrtîé étMi lé plus dur de tous les gonvèrnemeots , et celifî où TÂ abttse plus volontlcrt de l'autbrfté pbnr vëxfef îê peuple et ceux qui ne sont pas de la Ihction des nobles, il n'est point étonnant que tes Bacchîadessè soieht réhdus odietix aâ peuple. Il y avait alorè â Coriuthe nue famille puissante , qui devait son orîgioe à Mêlas , fils dTAfatasos. Ce Mêlas était 4*unè illusire extraction; et ayant aidé ' Aléiès à s'emparer de Corinthe, ii s'élabRl dans celte ville, et ses descendants y jouirent des plus grands hOtUieurs. Ces deux maisons cherchaient mutuellement â se supplanler et à se détruire. Tant que les rois stibsistêrent , Os tinrent hbsilance égale entre ellê^, et les contraignirent à renfermer en elles-mêmes leurs hjûnes et leurs jalousies. Mais les Baœhiades ayant détruit tk royauté , et se voyant l'aulorité en iiiain , eurei>t plus de facilité pour abaisser les Méianides. Ceux-ci trouvèrent cependant le moyen de se soiitem'r, en faisant leur c5ul- an peuple. Ils tinrent mîifaê loujmiri un rang dîsthigué ; et Eétion , père de Cypsélns , et l'un des dèscendahts de Méhi , épousa une fille d'Amphion , l'un des Bacciiiâdes. La jalousie des Bacchiades , qui h'éuit qu'assoupie, se réveilla à l'occasion d'un oracle qoi annonçait leur ruine et la future grandeur de Cypséloi, qui ne faisait que de naître. Ils résolurent de faire périr cet enfent. Mais leur cruauié fut trompée par l'adresse et là vîgilance de sa mère. Lorsqu'il fut partenu â l'âge viril , il diercha les occasions de se venger. Le <jombat naval dont je viens de parler lui en faurnii urie favorable. Ce combat sanglant avait affaibli raulorîté des Bacdiiades. Cypsélns profila habilement de ceue ciroonatanoe, et, se liguant avec ceux â qui le gouvememefit aristocratiqite était odieux , il saisit le moment cHtIque et favorable pour exécuter te projets. Il y a même grande apparence qu'il fut iu^ secondé par le peuple , qui se flatfait d'être iraiffe plus doucement par un seul maître que par deux ccnfa. Quoi qu'il en soit , tout est dans Pordre des vraisemblances.

Mais ponr en revenir à Cypsélns, l'année oà il s^empara de l'autorité est démontrée ffar celle del'exil volontaire de Démaratus , laquelle l'est elle-même par l'avènement de Liicumon au trône de Rome , et par l'âge qu'il avait à cette époque. Hérodote donne' à Cypsélns M ans de règne ; donc Pérlatidrè lof suedédaen 4681 de la période jolienne, attaHs avant fère vulgaire. Il s'agît mamtenant de détermîner la durée du règne de Périandre , et d'examiner si les diverses particularités |ij|je la vie de oa prince

Tbneydid., IM). i, $ un.

« Paoïan. Gorintfa., live llb. n, cap. nr, pag. I20i EUa^ eormn i , sive lib. v, eap. xviii, pag, 424. * llerodot., lUb, v, g tcir.

t*AR LARCFIEft.

MHit postërieares à i*année 4084 . Jç les parcourrai lodtcs , en suivant la marche d'ïlérodote , et sans m'assujellîr à Tordre des temps.

La première que je trouve dans cet historien eçt le conseil que donne Périandre à Thrasybule , lyiau de Milet. Les ' Milésiens étaient alors en guerre avec les Lydiens. Sadyattes , roi de Lydie, avait corâmencé celte guerre six ans avant sa mort. Son fils AlyaUes la continua six autres années. Étant tombé malade an commaicement de la douzième année de la guerre, Foracle lui dit qu'il ne guérirait point, à moins qu'il ne fit rebâtir le temple de Minerve Assésienne, que - ses troupes avaient brûlé. Alyatles envoya proposer tine trêve aux Milésiens , qui devait durer pendant les temps qu'onemptoierait à reconstruire ce temple. Périandre donna avis à Thrasybule de la réponse de Toracle et de la trêve que venait offrir l'envoyé d'Alyaites. Thrasybule fit porter sur la place une immense quantité de blé, et le^ Milésiens, par son ordre , se donnèrent de grands repas le jour de l'arrivée de l'envoyé. Alyattess'éuit imaginé que Milet était réduite à la dernière extrémité. Mais ayant appris, au retour de son envoyé, que celte yille était dans l'abondance , il Ht la paix avec Thrasybule. Cet événement est de la sixièsue année du règne d'Alyattes, et de Tan 4t04 de la période JMlienne, 610 ans avant l'ère vulgaire : ce prince ayant succédé à Sadyattes en 4008 de la période julienne, 6 1 6 ans avant notre ère, comme je l'ai prouvé dans le chapitre vu, concernant les rois de Lydie, Périandre était doi^c alors dans la vingt- troisième année de son règne.

La seconde particularité que raconte Hérodote est celle d'Arion. Ce poêle dithyrambique, ^yapt vécu longtemps auprès de Périandre , eut envie * de voyager en Sicile et en Italie. Il amassa dans ces pays de grands biens \ et voulant s'en faire honneur dans sa patrie , il s'embarqua sur un vaisseau corinthien qui s'en retournait h Corinthe. Les matelots, désirant s'approprier ses richesses, formèrent le complot de le tuer. Arion les prévient en se jetant à la mer, et trouva, d^une manière ou d'auti^e, le ipoyen d'arriver ^ Corinthe avant que le vaisaeau sur lequel il s'étaif d'abord embarqué toi|ol)ât an port. Périandre réghait encore. Solîn ' prétend que cet événement est de la vingt-neuvième olympiade; mais bien loin que Périandre fût alors sur le trône , il n^était pas probablement encore né , et le règne de Cypsélos cofniiien<^ Ja seconde anoéa de cette olympiade. Saumaise a réfiité Solip \ et l'en peut wr lea remarque» de ce atimt. Eusèèe * assure qu'A non florissait la seconde année de ta qoa-

' Hérodoft., Hb. f, S Kf ip, xu, el«.

* Id., lib. I, S XXIV, etc.

* Solhii Polybistor., cap« vn.

^ Eusebil Ghronlcor., lib. poster., pag, f 25.

raniièm^ plympûide, u'ml^Mk% f» 4608 de tà né.

node julieiwe,fi4 Oaw •?«« l'ète vulgaire, ^%n\L en la trente-hiiiWme olympladt- Qudte bue soli ce le dece» detuc d^iteagiii l'on adepte, elle ne contredifppwtcelledel'avéïieiiientde Périandre an irdne Mtroiâ^ine parlienlarilé rapportée par» Héro." dote est celle des troîa ceDUeaftinta eowyréens envoyés par Périandi* A Alyattes , roî de Lydie, pour êrefaïueunuquei. Périandre • avait relégué son fils Lyoophron dans nie de Corcyre. Mais se voyant Wi^ige , et aes faibles mains ne pouvant plus tenir lesrênes du gouvernement, il crol devoir le rappeler; Les Gorcyriiens , mécontents de Périandre, tuèrent ce jeune prince. Périandre enleva trois cents enftmis d'entre 1^ plus illntrea IWnilles de l'fle, S les e voya à AlyiUes, rei de Lydie, ponr être faits eunUqu^. lU'agitde déterminer le temps oà cela arriva ia guerre qu'Hégésistrate , fils de PIsfstraie' sonunt contre les Mityléniens fut • terminée nar la médûaioo de Périandre. Cette guerre ne précède que de peu d'années la première domination de Pisistrale sur les AUiéniens, qui est de l'an 4151 de la période julienne, 560 ans avant notre ère et deit être k peu près de l'an 4400 de la période ju * lienne, m ani avant l'ère^nlgafre. Périandre devait être alors eitftoemem âgé; et comme je ne trouve plus rien dans ^histoire qui ait le moindre rapport avec lui, je crois qu'il ne survécut pas dé beaucoup k la paix qu'il procura auk Mityléniens. Je fixe , par oonséqoent, fa mort l'année suivante. Il avait' envoyé auparavant diercher son flfs Lycophron comme je vkns de le remarquer. Ce dut être eil 4448 dfe la période julienne, 566 avant l'ère volgairo,etee fttt cette même année que Lycophron ftittué. Périandre , outré du meurtre de son fils' attaqua les Corcy réens, les battit et les subjugua. Cç fut en celte occasion , si l'on en croit fe ^ scholiaste do Thncydides , que se donna cette célèbre bataille entre les Corcyréens et les Corinthiens dont parle * Thncydides. Feu M. le président Bouliier * éull aussi de cet avis. Cependant on he remarque pa^ dans le rtcit de Thncydides la moînijre particularité qui engage* le croire. Bien plus, îâ date rapportée par eet iiîsiorien ne s'accorde point avec le temps oii a vécu Périandre ; aussi M. le président Bouhjer l'a-t-ll changée de son autorité privée. Quant k moi , je snis persuadé que ce combat n'a rien de commun avec Poutrage fait à Périandre, et qu'il s'est

' Herodot., 11b. ni, S xlvui, « Id., ibid., S LUI.

* Herodot., lib. v, S xciv cl jcf.

' Scbailasr.TI^ucydid., ad iibw, S ihi.

• Tbucydid,, Hb, i, s ini.

« BecUcrclics et dissertations sur Ilé^xidote, ehap, if,

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