‹ Choix des historiens grecsChapitre 25 sur 286 · THALIE. — UVRE III · texte numérisé non relu

THALIE. — UVRE III

pîeiis» le cuivre est de loos les métaux le plus * homme sage; mais sans s ioquiëter de la moinrare et le plus précieux. Après qu*ils eurent vi- dre chose , il continua à marcher en avant* Les ailé la prison , on leur fit voir aussi ce qu'on soldats se nourrirent d'herbages tant que la appelle la Table du soleil. campagne put leur en fournir , mais lorsqu'ils

XXIY . Enfin » on leur montra les cercueils furent arrivés dans les pays sablonneux, la faim des Éthiopiens, qui sont faits, à ce qu'on dit,

de verre , et dont voici le procédé. On dessèche

d'abord le corps à la façon des Égyptiens , ou

de quelque autre manière; on l'enduit ensuite

enlîèrement de plâtre, qu'on peint de sorte

qu'il ressemble autant qu'il est possible à la

personne même. Après cela , on le renferme

dans une colonne creuse et transparente de

verre fossile aisé à mettre en œuvre , et qui se

lire en abondance des mines du pays. On

aperçoit le mort h travers cette colonne au mi-

lîea de laquelle il est placé. Il nexhale aucune

mauvaise odeur et n'a rien de désagréable.

Les plus proches parents du mort gardent cette

colonne un an entier dans leur maison. Pen-

en porta quelques-uns à une action horrible : ils se mettaient dix à dix , tiraient au sort » et mangeaient celui qu'il , désignait. Cambyses en ayant eu connaissance, et craignant qu ils ne se dévorassent les uns les autres, abandonna l'expédition contre les Éthiopiens , rebroussa chemin , et arriva à Thèbes après avoir perdu une partie de son armée. De Thèbes il vint à Memphis , où il congédia les Grecs et leur permit de se mettre en mer. Tel fut le succès de son expédition contre les Éthiopiens.

^ XXVL Les troupes qu'on avait envoyées contre les Ammoniens partirent de Thèbes avec des guides, et il est certain qu'elles allèrent

dant ce temps-là, ils lui offrent des victimes jusqu'à Oasis. Cette ville est habitée par des

et les prémices de toutes choses. Ils la portent ensuite dehors, et la placent quelque part autour de la ville.

XXV. Les espions s'en retournèrent après avoir tout examiné. Sur leur rapport Cambyses , transporté de colère , marcha aussitôt contre les Éthiopiens, sans ordonner qu'on préparât des vivres pour l'armée , et sans ré- ■édiir qu'il allait iaire une expédition aux extrémités de la terre. Tel qu'un furieux et un insensé , à peine eut-il entendu le rapport des Icbtbyopbages , qu'il se mit en marche , menant avec lui toute son armée de terre, et ne laissant en Egypte que les Grecs qui lavaient accompagné. Lorsqu'il fut arrivé à Thèbes , il choisit environ cinquante mille hommes, à qui il ordonna de réduire en esclavage les Ammoniens et de mettre ensuite le feu au temple où Jupiter rendait ses oracles. Pour lui , il continua sa route vers TÉthiopie avec le reste de l'année.

Ses troupes n'avaient pas encore fait la cinquième partie du chemin , que les vivres manquèrent tout à coup. On mangea les bétes de somme, et bientôt après elles manquèrent aussi . Si Cambyses , instruit de cette diseue , eût alors changé de résolution , et qu'après la faute qu'il avait faite dans le commencement, il fût revenu sur ses pas avec son armée , il aurait agi en

Samiens , qu*on dit être de la tribu iïlschrioniène. Elle est à sept journées de Thèbes , et l'on ne peut y aller que par un chemin sablonneux. Ce pays s'appelle en grec, les Iles des Bienheureux.

On dit que Tarmée des Perses alla jusque* là ; mais personne ne sait ce qu'elle devint ensuite , si ce n'est les Ammoniens et ceux qu'ils en ont instruits. Ce qu*il y a de certain , c'est qu'elle n'alla pas jusqu'au pays des Ammoniens et qu'elle ne revint point en Egypte* Les Ammoniens racontent que cette armée étant partie d'Oasis, et ayant fait par le milieu des sables à peu près la moitié du chemin qui est entre epx et ceite ville, il s'éleva, pendant qu'elle prenait son repas, un vent de sud impétueux qui l'ensevelit sous des montagnes de sable et la fit entièrement disparaître. Ainsi périt cette armée , au rnpport des Ammoniens.

XXVII. Cambyses étant de retour à Memphis, le dieu Apis, que les Grecs appellent Ëpaphus, se manifesta aux Égyptiens. Dès qu'il se fut montré , ils se revêtirent de leurs plus riches habits et firent de grandes réjouissances. Cambyses, témoin de ces fêtes , s'imaginant qu'ils se réjouissaient du mauvais succès de ses armes , fit venir devant lui les magistrats de Memphis. Quand ils furent en sa présence, il leur demanda pourquoi n'ayant pas témoigné

histoire; dhérodote.

de joie la première fois qu'ils l'avaient vu dans leur ville , ils en faisaient tant paraître depuis son retour , et après qu'il avait perdu une partie de son armée. Ils lui dirent que leur dieu , qui éfait ordinairement très-Iong-iemps sans se manifester , s'était montré depuis peu , et que lorsque cela arrivait, tous les Égyptiens en témoignaient leur joie par des fêtes puIJiques.

Cambyses les ayant entendu parler de la sorte, leur dit qu'ils déguisaient la vérité, et les condamna à mort comme s'ils eussent cherché à lui en imposer.

XXVIII. II manda ensuite les prêlres,et ayant aussi reçu d'eux la même réponse, il leur dit que si quelque dieu^e montrait familièrement aux Égyptiens , il n'échapperait pas à sa con* naissance. Là-dessus il leur ordonna de lui amener Apis. Ils allèrent sur-le-champ le chercher.

Cet Apis, appelé aussi Epaphus, est un jeune bœuf dont la mère ne peut en porter d'autre. Les Égyptiens disent qu'un éclair descend du ciel sur elle , et que de cet éclair elle conçoit le dieu Apis. Ce jeune bœuf, qu'on nomme Apis , se connaît à de certaines mar- (fues : on poil est noir; il porte sur le front une marque blanche et triangulaire , sur le dos la figure d'un aigle, sous la langue celle d'un escarbot , et les poils de sa queue sont doubles.

XXIX. Dès que les prêtres eurent amené Apis, Cambyses, tel qu'un furieux , tira son poignard pour lui en donner un coup dans le ventre ; niais il ne le frappa qu a la cuisse. S'adressani ensuite aux prêtres d'un ton raiileur : « Scélérats , leur dit-il , les dieux sont-ils donc » de chair et de sang? Sentent-ils les aiteinles » du fer? Ce dieu sans doute est bien digne > des Egyptiens , mais vous ne vous serez pas » impunément moqués de moi. > Là-dessus il les fit baltre de verges par ceux qui oui coutume d'exécuter ces sortes de jugements, et il ordouna qu'on fît main basse sur tous les Égyptiens que Ton trouverait célébrant la fêle d'Apis. Les réjouissances cessèrent aussitôt et les prêtres furent punis. A l'égard d'Apis , il languit'quelque temps dans le temple de la blessure (|u il avait reçue a la cuisse, et naourui ensuite. Les prêtres lui donnèrent la sépulture à l'insu de Cambyses.

XXX. Ce prince, ù ce que disent les Égyptiens, ne tarda point, en punition de ce crime ,

à devenir furieux , lui qui avant cette époque n'avait pas même de bon sens. Le premier crime qti'il commit Ait le meurtre de Smerdis, son frère de père et de mère. Il l'avait renvoyé en Perse , jaloux decequ'il avait baçdé, à deux doigts près , l'arc que les Ichtbyophages avaienl apporté de la part du roi d'Ethiopie , ce qu'au» cun autre Perse n'avait pu faire. Aprèa le départ de ce prince , Cambyses vit en soage um courrier qui venait delà part des Perses lui a»* noncer que Smerdis, assis sur son trône , lo»chait le ciel de sa tête. Cette vision lui ayant iait craindre que son frère ne le tuât pour »'eaH)»rcr de la couronne , il envoya après lui Preiac-^ pes, celui de tous les Perses en qui il avait le plus de confiance , avec ordre de le faire périr. Prexaspes, étant arrivé à Suses , exécuta l'or-* dre dont il était chargé. Les uns disent <|u'il attira ce prince à la chasse ; d'autres préten* dent qu'il le mena sur les bords de la mer Erythrée S et qu'il l'y précipita. Tel fut, dit-on, le premier crime de Cainbyses.

XXXI. Le second fut le meurtre de sa sœur de père et de mère. Cette princesse, qui l'avait suivi en Egypte, était en même temps sa femme. Voici comme elle le devint ; car avant lui , les Perses n'étaient pas dans lusage d'épouser leurs sœurs.

Cambyses se prit d'amour pour une de ses sœurs : voulant ensuite l'épouser, comme eeki était sans exem pie, il convoqua les juges royaux, et leur demanda s'il n'y avait pas quelque loi qui permît au frère de se marier avecsasœtir s'il en avait envie. Ces juges royaux sont des hommes choisis entre tous les Perses, llsexercent leurs fonctions jusqu'à la mort, à moins qu'ils ne soient convaincus de quelque injustice. Ils sont les interprètes des lois et les juges des procès ; toutes les affaires ressortissent à leur tribunal. Cambyses les ayant donc interrogés, ils lui firent une répoase qui , sans blesser k justice, ne les exposait à aucun danger : ils lui dirent qu'ils ne trouvaient point de loi qui autorisât un frère ù épouser sa sœur , mais qu'il y en avait une qui permettait au roi des Perses de faire tout ce qu'il voulait. En répondant ainsi ils ne violèrent pas la loi, quoiq.u'iis redoutassent Cambyses , et ponr ne pas s'exposdr

' C'est ici le golfi» JMtipm.

4KAr.i.-G THALIE. —

à périr en la défendant » ils trouvèrent une au^ tre loi qui favorisait le désir qu'avait ce prince d*epouser ses sœurs. Sur cette réponse , Gambyses épousa la personne qu il aimait ; et peu de tempe après il prit encore pour femme ooe autre de ses sœurs ; c'était la plus jeune. Ce fiitcelle qui le suivit en Egypte et qu'il tua.

XXXU. On raconte sa mort de deux manié* res f ainsi que celle de Smerdis. Les Grecs prétendent que cette princesse assistait au combat d'un lionceau que Gambyses avait Idché contre uo jeune chien. Celui-ci ayant du dessous, un autre jeune chien son frèrç rompit sa laisse pour venir à son secours. Les deux chiens réunis eurent l'avantage sur le lionceau. Ce combat plaisait beaucoup à Gambyses ; il arrachait au contraire des larmes à sa sœur qui était assise auprès de lui. Le roi , s'en étant aperçu » lui en demanda la raison, c Je n'ai pu, loi dit-elle , retenir mes larmes en voyant le jeune chien accourir au secours de son frère, parce que cela me rappelle le triste sort de Sfflerdis» dont je sais que personne ne vengera la mort, c S'il faut en ^croire les Grecs , Cambyses la tua pour cette réponse. Mais les Egyptiens disent que cette princesse, étant à lable avec Cambyse , elle prit une laitue , et qu'en ayant arraché toutes les feuilles, elle demanda au roi son mari si cette laitue lui paraissait plus belle en pomme, ou les feuilles arrachées: tEn pomme, répondit le roi. — Sei« gBcar, reprit-elle, en diminuant la maison de C\rus, vous avez fait la même chose que je tiens de faire à cette laitue. > Là-dessus Gambyses irrité se jeta sur elle, et h maltraita tellement à coups de pieds, qu'elle accoucha avant terme et mourut incontinent.

XXXIU. Tels furent les excès auquels Gambyses se poria contre ceux desa maison, soit que sa frénésie fut une punition de l'outrage commis envers Apis , soit qu elle lui vint d'ailleurs, comme une infinité d'aulres maux qui affligent ordinairement l'espèce humaine. Car on dii que de naissance il était sujet à l'épilepsie qoe quelques-uns appellent mal sacré. Il n'est donc pas étonnant qu'étant attaqué d*une si Srande maladie, il n'eût pas l'esprit sain.

XXXIV . Il ne témoigna pas moins de fureur contre le reste des Perses; car ou dit que s'adressant à Prexaspes , qu'il estimait beaucoup ,

LIVRB UL M

et qui lui présentait les requêtes et les {daoets » et dont le fils avait une charge d'édianson » l'une des plus importantes de la cour : c Que pensent de moi les Perses? qu*en disent-ils? lui demanda-t-il un jour. —Seigneur , ils vous comblent de louanges ; mais ils croient que vous avez un peu trop de penchant pour le vin. — Eh bien ! reprit ce prince transporté de colère , les Perses disent donc que jaime trop le vin, qu'il me fait perdre la raison, et qu'il me rend furieux? les louanges qu'ils me donnaient auparavant n'étaient donc point sincères ?

Gambyses avait un jour demandé à Grésus et aux grands de Perse qui composaient son conseil ce qu'on pensait de lui , et si l'on croyait qu'il fût homme à égaler son père ; les Perses avaient répondu qu'il lui était supérieur, parce qu'il était maitre de tous les pays que celui-ci avait eus , et qu'il y avait ajouté la conquête de l'Egypte et l'empire de la mer ; maïs Grésus, qui était présent , ne fut pas de leur avis : c II ne me parait pas, lui dit-il, que vous ressembliez à votre père , car vous n'avçz point encore d'enfant tel qu'il en avait un lorsqu'il mourut. Gambyses, flatté de cette réponse, approuva le sentiment de Grésus.

XXXV. Ce prince s'étant donc rappelé les discx>urs des Perses : c Apprends maintenant, 1 dit-il en colère à Prexaspes, apprends si les I Perses disent vrai , et s'ils n'ont pas eux-mé-

> mes perdu l'esprit quand ils parlent ainsi de I moi» Si je frappe au milieu du cœur ton fils ,

> que tu vois debout dans ce vestibule , il sera

> constant que les Perses se trompent ; mais si 1 je manque mon coup , il sera évident ([u'ils i disent vrai et que j'ai perdu le sens. >

Ayant ainsi parlé, il bande son arcet frappe le fils de Prexaspes. Le jeune homme tombe; Gambyses le fait ouvrir pour voir où avait porié le coup, et la flèche se trouva au milieu du cœur. Alors ce prince plem de joie , s'adressant au père du jeune homme : c Tu vois

> clairement, lui dit-il en riant, que je ne suis

> point un insensé, mais que ce sont les Perses • qui ont perdu l'esprit. Dis-moi présentement 1 si tu as vu quelqu'un frapper le but avec

> tant de justesse, i Prexaspes voyant qu'il parlait a un furieux et craignant pour ImI , répondit : c Seigneur, je ne crois pas que le dieu

> lui-même puisse tirer si juste > . C'est ainsi

<04 HISTOIRE D'HÉRODOTE

qa*ilenagit avecPrexaspes. Mais uoe autre fois, il fit sans aucun motif enterrer \\fs jusqu'à la tète douze Perses delà plus grande distinction.

XXXVI. Crésus, témoin de ces extravaçany crut devoir lui donner un conseil salutaire :

Grand Roi, lui dil-il, ne vous abandonnez

point à votre colère et à rimpéluositë de

votre jeunesse; rendez- vous maître de vousmême, et contenez-vous dans les bornes de

la modération. Il importe à un grand prince

de prévoir les choses , etil est d'un homme

sage de se laisser guider par la prudence.

Vous faites mourir injustement plusieurs de

vos concitoyens ; vous ôfez même la vie à

des enfants. Prenez garde quen commettant

souvent de pareilles violences , vous ne forciez les Perses à se révolter contre vous. Je

vous dois ces avis , parce que le roi votre père

m*a expre>.sément recommandé de vous donner de bons conseils, et de vous avertir de

tout ce que je croirais vous être le plus utile

et le plus avantageux. >

Ce langage était Teffetde la bienveillance de Crésus; Cambyses s'en offensa : c Et vous

aussi, lui dit il, vous osez me donner des

avis! vous qui avez si bien gouverné vos

états, vous qui avez donné de si bons conseils à mon père, en l'exhortant à passer

TAraxes pour aller attaquer les Massagètes

chez eux , au lieu de les attendre sur nos

terres où ils voulaient passer ! Vous vous

êtes perdu en gouvernant mal vos états , et

Cyrus s'est perdu en suivunt vos avis. Mais

vous ne l'aurez pas lait impunément; et même

il y a long-temps que je cherchais unprétexe

pour le venger > . En finissant ces mots , il prit ses flèches pour en percer Crésus ; mais ce prince se déroba à sa fureur par une prompte fiiite. Cambyses, voyant qu*il ne pouvait l'atteindre , commanda à ses gens de s'en saisir et de le tuer. Mais comme ils connaissaient l'inconstance de son caractère, ils cachèrent Crésus, dans le dessein de le représenter s: leroi, venant à se repentir, le demandait. Hs espé* raient aussi de recevoir une récompense pour lui avoir sauvé la vie; et d'ailleurs ils étaient dans la résolution de le tuer si le roi ne se repentait point des ordres qu il avaît donnés. Cambyses ne fut pas long-temps sans regretter Crésus. Ses serviteurs s'en étant aperçus,

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lui apprirent qu'il vivait encore. Il en témoigna de la joie ; mais il dit que ce ne serait pas impunément qu'ils lui auraient conservé la vie. En effet il les fit mourir.

XXXVII . Pendant son séjour à Memphis , il lui échappa plusieurs autres traits pareils de folie , tant contre les Perses que contre les alliés. II fit ouvrir les anciens tombeaux pour considérer les morts. Il entra aussi dans le temple de Vulcain , et fit mille outrages à la statue de ce dieu. Cette statue ressemble beaucoup aux Pataïques , que les Phéniciens mettent à la proue de leurs trirèmes. Ces Pataïques, pour en donner une idée à ceux qui ne les ont point vus, ressemblent à un pygmée. Il entra aussi dans le temple des Cabires, dont les lois interdisent rentrée à tout autre qu'au prêtre. Après plusieurs insultes et railleries , il en fit brûler les statues. Elles ressemblent à celles de Vulcain. On dit en effet que les Cabires sont fils de ce dieu.

XXXVIII. Je suis convaincu par tous ces traits que Cambyses n'était qu'un furieux , car sans cela il n'aurait jamais entrepris de se jouer de la religion et des lois.

Si Ton proposait en effet à tous les hommes de faire un choix parmi les meilleures lois qui s'observent dans les divers pays , il est certain qu'après un examen refléchi , chacun se déterminerait pour celles de sa patrie : tant il est vrai que tout homme est persuadé qu'il n'en est point de plus belles. Il n'y a donc nulle apparence que tout autre qu'un insensé et un furieux en fesse un sujet de dérision.

Que tous les hommes soient dans ces sentiments touchant leurs lois et leurs usages , c'est une vérité qu'on peut confirmer par plusieurs exemples , et entre autres par celui-ci. Un jour Darius ayant appelé près de lui des Grecs soumis à sa domination, leur demanda pour quelle somme ils pourraient se résoudre à se nourrir des corps morts de leurs pères. Tous répondirent qu'ils ne le feraient jamais, quelque argent qu'on pût leur donner. Il fit venir ensuite les Calaties , peuple des Indes , qui mangent leurs pères. Il leur demanda, en présence des Grecs à qui un interprète expliquait tout ce qui se disait de part et d'autre, quelle somme d'argent pourrait les engager à brûler leurs pères après leur mort. Les Indiens , se récriant à

m àT. j«-c.

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