‹ Choix des historiens grecsChapitre 279 sur 286 · EXTRAIT DE LA TACTIQUE D'ARRIEN · texte numérisé non relu

EXTRAIT DE LA TACTIQUE D'ARRIEN

Je distingue deux sortes d'appareils de gaerre, les uns pour la guerre de terre , les autres pour celle de mer ^ Les années sont composées de deux ordres , Fun ponr combattre , l'autre simplement pour le service du premier, comme sont les chirurgiens, les vivandiers, les domestiques , les marchands, etc.

On divise les combattants de Tarmée de terre en plusieurs classes. La cavalerie se sert de chevaux ou d'éléphants , dont les Indiens ou les Ethiopiens ont appris l'usage aux Macédoniens, aux Carthaginois et même aux Romains. On comprend sous le nom de cavalerie , non-seulement les soldats qui combattent à cheval, mais aussi ceux qu'on fait monter sur des chariots. Entre les premiers on distingue les Amphippes , dont chaque homme a deux chevaux accouplés et sans harnais, pour pouvoir sauter de Tim à l'autre.

Quelques éléphants portent des tours. On arme leurs dents d'un fer aigu , pour en augmenter la force et le tranchant.

Les chariots sont plus composés : il y en a desimpies à la troyenne; S^autres, armés de faux à la persanne , à un ou plusieurs timons tirés par des chevaiix bardés ou découverts.

On compte trois différents ordres dans Tinfanterie : ceux aux 'armes pesantes, ceux aux armes moyennes, appelés Peltastes; et ceux qui sont armés à la légère.

Les pesamment armés , ou Oplltes, ont une cuirasse ou un corselet , un bouclier ovale , une pique à la grecque ^ ou une sarisse à la macédonienne.

' Ce soin qa'Arrien a pris d'expliquer les termes est important pour ceux qui lisent les auteurs militaires grecs dans la langue originale.

On ne présente ici que la substance de ce traité de tactique. Il est à observer que par attachement aux usages grecs, Arrien aima mieux décrire l'ordonnance de la phalange, qui n'éUit plus en usage de son temps, que celle des légions qu'il commandait.

' Les Grecs, comme les Romains, ont fait de temps en temps des changements dans les armes ; de là vient que les historiens diffèrent quelquefois entre eux dans leurs descriptions. Quand Arrien fait mention de la milice des anciens Grecs, il- parle des temps qui ont précédé les ordonnances et les règlements que Philippe et Alexandre donnèrent à leurs troupes. Le bouclier ovale , plus grand qœ le commun, et la longue pique ou la sarisse , étaient principalement de leur institution. Quelques-uns des

L'infanterie I^re n'a ni euirasse , ni bouclier, ni bottes, ni casques , ne se servant que des armes de jet, comme le trait, la pierre et le javelot, et portant des arcs ou des frondes *.

Les Peltastes diffèrent des Opiites , en ce qu'ils ont un bouclier plus petit et plus léger, et la piqoe moins longue que celle des pesamment armés, oo que la sarisse.

Les Opiites portent aussi le casque oalecbapeao, soit lacédémonien , soit arcadien , deux enémidéi ^ (bottes ou plutôt grévières) , comme lesandeos Grecs, ou simplement une comme les Romains, pour couvrir la jambe qu'ils ont en avant dans le combat. Les cuirasses sont faites , pour la plupart , d'un tissu de lames coupées en écailles , on d'un fil de fer dont les petits anneaux enlacés forment une maille.

La cavalerie est , ou toute bardée , cheval et homme, et s'appelle Cataphractes ou G^darmes; l'autre partie n'a pas l'armure complète.

Les Cataphractes sont armés de tonte» pièces, ainsi que leurs chevaux ; l'homme porte le cuissani et la cuirasse faite d'écaillés de fer, de corne ou de

Grecs se piquaient de ne pas adopter les cbangemeots d'Alexandre. Ge fut Philopémen qui persuada aux Actiéeiit de se défaire de leurs anciennes armes, pour prendre celles des Macédoniens.

* L'infanterie légère était mieux armée chex les Romains. Elle avait encore l'écu et le casque , et ses armes de jet étaient plus uniformes. L'infanterie légère, chez les Grecs, était de trois espèces : de gens qui lançaient des traits avec la main , d'archers et de fjrondeurs.

* Les Romains armaient la jambe droite d'une cnèmide garnie d'une bonne lame de fer. Lorsqu'ils lançaient leur pilum*, ils aTaieot le pied gauche en avant; mais en se battant a?ec l'épée, ils éUiient dresiés à avancer le pied droit, qui, a cet effet, était armé. U fallait de l'exercice [xmr enseigner au soldat les différentes attitudes qu'il avait à prendre. Aussi lison.«-nous dans César qu'il était obligé d'enseigner, même à ses vieux soldats, de nouvelles attitudes pour se battre avec avantage contre un ennemi dont la manière de combatUre leur était nonvelle et inconnue. Il fallait encore de l'exercice pour accoutumer les soldats k marcher avec ces cnémides qui paraissent les avoir gênés dans leurs mouvements. Poljen remarque que Philippe, dans les exercices, fit faire trentesept milles de chemin à son Infanterie, arm<^ de casques, de cnèmUXeSy de boucliers et de sarisses.

DARRILK.

toile; le cheval est armé d*an fioaleau et de la maille.

L autre cavalerie , sans avoir tontes ces armes pesantes, porte de différentes lances, on n'a que des armes de jet.

Les lanciers s'approchent de l'ennemi avec leurs lances, et choquent avec impétuosité.

Les Acroholistes, on les gieus de traits , ne font que darder.

Dans Tordre des lanciers , on distingue les cavaliers qui portent la rondache, et dans celai des gens à traits, ou Acroholistes, les Tarentins qui lancent le javelot de la main , et les Archers à cheval qui tirent de Tare.

Ces Tarentins faut leurs attaques en voltigeant autour de l'ennemi , sur lequel ils tirent de loin ; d'autres, après avoir jeté leurs traits, chargent l'ennemi avec le sabre, ou bien avec un javelot qu'ils ont en réserve '.

Les cavaliers romains portent des lances , et cho- <)uent de même que les Alatns et les Sacromates , ayant de longs et larges sabres qu'ils portent en bandouillère , des boucliers oblongs, des casques de fer, des cottes de mailles et de petites bottes. Quelques-uns sont armés de javelines propres à lancer et à charger. Le sabre est cependant Tarme dont ils se servent le plus dans la mêlée ^.

* Arrlen indique ici les difTérentes espèces de cavaleries qui étaient connues chez les anciens. Il est Urop concis pour qu'on puisse biea sabir toutes les différences de leurs armes et leur manière de combattre. Peut-être est-ce la faute des copistes. Outre la cavalerie toute bardée, et l'irrégulière, qui était composée de cavaliers semtilables à nos hussards et aux hulans, je remarque encore cette différence dans la cavalerie qui se battait en ligne : c'est qu'il y en avait une partie qui se servait constamment de lances, et que l'autre partie avait une espèce de javelines faites à peu près comme les piles de Tinfan- (erie romaine , dont ils pouvaient se défaire en les lançant» et se servir ensuitedu sabre dans la mêlée; c'est la différence qu'Arrien met entre les Aoitfophoroi et les Lngkophoroi.

' La description qu'Arrien fait de l'armure de la cavalerie romaine est (rës-claire,et nous en donne une juste idre : on ne la trouve pas dans Élien. On y observera les changements qui s'y sont introduits depuis le temps de Polybe , où Ton n'avait d'antre cavalerie que la légionnaire.

Cette matière de la cavalerie ancienne est très-curieuse , et on ne manque pas de monuments de l'antiquité pour traiter distinctement cette partie de la science militaire.

Les livres de Xénopbon sont admirables, surtout le second, où il entre dans le détail de l'armure et de l'exercice de la cavalerie. On trouve encore , dans l'histoire de Polybe, des morceaux singuliers qui en traitent de même. Aussi y a-t-il de très-savants hommes, comme Juste Lips3 , Hugues et autres , qui ont ama«sé tous les matériaux nécessaires à cette entt^rise.

D autres portent des masses d'armes à manche long, dont la tète de fer est hérissée de pointes.

Toute répartition d'infanterie ou de cavalerie se fait par des sections auxquelles, selon le nombre d'hommes dont elles sont composées, on impose des noms , ainsi qu'à ceux qui les commandent , pour l'intelligence et la prompte exécution des ordres. C'est ce que je vais déduire.

L'objet le plus essentiel dans le métier de la guerre est d'ameuter et de meure en ordre une foule d'hommes qui se rassemblent; de les distribuer en différents corps; d'établir une mutuelle correspondance entre eux ; d'en régler le nombre et la force proportionnellement à l'armée , poor en faciliter l'arrangement et le développement dans un jour d'action.

Cet arrangement influe sur les campements et sur les marches. On a vn de petites armées défaire , par cet avantage, celles qui étaient plus nombreuses et même mieux pourvues d'armes, mais qui étaient en confusion *.

Lochos , ou file, est un nombre de soldats rangés en ligne l'un derrière l'autre , depuis le chef de file jusqu'au serre-file , nommé ouragos.

On forme la file de huit^ de dix ^ dedonze ou de seize hommes. On préfère avec raison le nombre de seize, parce qu'il fait la meilleure proportion relativement à l'étendne et à la profondeur de la

■ Arrien donne ici l'idée de la tactique. Énéas, à ce que dit Élien, la définit {a science des mouvernents militaires. Polybe, dont le livre sur la tactique des Grecs est perdu, la nommait Vart d'assortir un nombre d*hommes pour être soldats . de les distribuer par rangs et files, et de les instruire dans tout ce qui est utile pour la guerre. Les Grecs étaient de grands maftres pour dresser de nouvelles levées : il y eut toujours en Grèce un grand nombre d'oftlciers qui élevaient et dressaient des soldats pour le service des rois d*Asie et d'autres républiques, comme on le voit par l'exemple de Xantippe. On lit avec plaisir ce que Polybe raconte de l'habile Sosibe , premier ministre d'un roi fainéant. Anthiochus vint, avec une bonne armée, faire la guerre à son maître, dont les tronpes étalent dans un pitoyable état. Sosibe amusa l'ennemi par des négociations, et, pendant ce temps, il n'épargna ni soins ni argent pour attirer à lui tout ce qu'il y avait d'officiers de réputation en Grèce. Ce ftit par l'industrie de ces officiers et par sa propre attention à fournir d'excellentes armes aux soldats, qu'il vint à l>out, dans un seul hiver , de compléter et de dresser une armée en état de tenir tête à celle d'Antiochus, quelque aguerrie qu*elle fût. Polybe se plaît à faire honneur de cette étonnante transformation de l'armée égyptienne à ses compatriotes, dont il nomme la patrieet les emplois militaires. L'exécution du projet de Sosibe était d'autant plus glorieuse, qu'il était difficile d'abolir entièrement la vieille ordonnance et l'ancien exercice des Egyptiens , pour introduire la nouvelle tactique des Greci.

pbalange. Cette hauteur n'empèdie pas les gens à traits, placés derrière, de lancer par-dessus la têle des phalangites, et d*attêindre Tennenii. Si Ton double la phalange, la hauteur de trente-deux resté encore proportionnée, de raéme que si Ton veut la réduire à huit pour étendre le front. Si la file n'était primitivement que de huit, cetle dernière évolution affaiblirait trop la phalange, qui n'aurait que quatre hommes de hauteur.

On choisira le meilleur homme pour chef de file, nommé lochagos ou proto^taie.

Quelques auteurs se servent du nom de stichos t>our désigner une file. Ceux qui l'appellent décurie sehiblent la supposer de dix hommes \

On né convient pas de la valeur du terme énomotie^: plusieurs disent qu'il signifie le quart d'une flle^, dont le chef s'appelait énomolargue , quoique d'antres prétendent qu*il n'a rien de conimun avec la file. Xénophon n'explique pas quelle section de lu file il entend par VénomoiiB ; mais lorsqu'il dit que Ton rangeait les files en ënotnottes, cela prouve que le mot signifie tin nombre de soldaU jnférieur à la demi-file.

Le second homme de file s'appelle èpisîale ; le tK)iMëmè encore protbstaieî le quatrième comme le dfeullème, aiilsi jusqu'au dernier; de façon que la filé était composée de |)rofosfafes et à'èpistaies , rangés alternativement entre le chef et le serre-file.

On doit apporter autant d'attention au choix du seire-file qn'à celui du chef, son poste étant essentiel dans L'action.

La conjonction des deux files se nomme syWochi$))^t : elle se fait en plaçant les proiosiaies et èpisiates de ta deuxième file auprès de ceux de la

» j'&l conservé les noms grecs dans la version. En y substituant des mots français, on obscurcit l'auteur. Il e^t iltapolsihle d'en trouver qui expriment toujours le sens des ternies çrecs. Cortiide Arrîeh ajoute rcxpllcatioà de chaque tfefîhe, le Icèiebr n'eu est pas arrèlé.

' L'éhomotiô est un terme propre à ta milice des Lacédémonlèns, mais Vusege en était passé depuis la nouvelle forme que les rois de Macédoine avaient introduite par ràpf>ort a la phalange. Thucydide et Xénophon s'en servent souvent, surtout le dernier dans son quatrième livre, où il expose la disposition contre (ies Barbares en prësence desquels il traverse un fleuve. C'est ce passage qu'Arrieb a eu en tue. je doute ^ortque les interprètes et les traducteurs entendent les manœuvres que Xénophon détaille dans le troisième livre, quand il pai'le des dispositions qu'on fit pour la marche des troupes. La tactique de l'hucydide et de !^énophon est différente de celle du temps d'Alexandre. Les termes qui désignaient les différent) corps n'étaient plus les mêmes, et il y eut une autre disposition des sections.

3 Arrien ajoute, eu confirmation de oe qu'il avance, que deux énomolir's forment une dimotri^ ou moitié de la file.

première. Tont homme à côté d^on antre se nomme pamsiate. On entend aussi par tyllochUme la jonction d'un plus ^r^nd nombre de files.

La jonction totale des files forme la phalange ; le rang de tous les chefs de files foritie le front on la tète de la phalange : les rangs qui le suivent , jusqu'à celui desserre-files, font sa profondeur. Tous les parastates bien alignés forment le rang ; ceux qui sont compris entre le chef et le serre-file forment la file.

On divise la plialange en denx parties égales, dont l'une s'appelle la corne droite oti la tête, et Tautre la corhe gauche on la queue. Le point qui les sépare s'appelle le nombril , la bouche , et la jointure de la* phalange.

Les atmés à la légère sont placés souvent derrière les soldats de la phalange qui leur set-vent de rempart. La phalange reçoit de grands avantages des traits qu'ils tirent pât-dèssns ses rangs. Ôh les poste aussi sur les deux ailes , ou simplement sur nné , si l'autre est couverte d'un fo»sé, d'une rivîèî'e ou de la mer. ïls mettent la phalange i l'abri il'être tournée à ses flancs '.

Le poste dé la cavalerie n*est pas fixé : c'est l'assiette du terrain , ainsi que la disposition de l'ennemi , qui doivent le déterminer.

Le général n*étant pas toujours le maître de se choisir des troupes faites et exercées à toutes les évolutions nécessaires , c'est à lui d'y suppléer par de fréquents exercices.

Nous voyons que nos maîtres oilt adopté des nombres propres â être divisés ëii deux jusqu'à l'nnlté, comme celui de seize rtiille trois cent quatrevingt-quatre , (jui est le nombre des pesamment armés, dont la phalange est cohfiposée. La moitié de ce nombre suffit pour les troupes légères, et la moitié du dernier pour la cavalerie ^.

' Ce qn'Arrien et Élied diserit deii thMipes légères placées detrière la phalange afin de lancer les traits pardessus ses rangs, n'est pas constaté, qtie je sache, par aucun exemple. Il paraît qu'on savait etl faire tto meilleur usage. Gomme les soldats sodlenaient le bouclier du bras gauche, le flanc droit de la pbalange était plus exposé aux traits que le gauche : c'est pourquoi Ouosander observe qu*on les mettait en plds grand nombre aux endroits oii ils pouvaient tirer obliqoemefat sur la droite de Tcnnomt

» Cette proportion de troupes était bien imaginée et nécessaire. Là phalange ne pouvant pas parfont être employée avtîc avantage, Il fallait une autre espèce de tronpes pour y suppléer. Ce fut aussi la raison dé Hnsittution des PcUastes.

La proportion entre la cavalerie et l'infenterlc «1 remarquable. Les Romains ne Tobservaient pas, et trèssouvent ils s'en trouvaient mal. On voit pourtant dans Thistolre que les grands capitaines grecs ne se bornaient pas toujours aux préceptes des tacUcîens h cet ëgard ; la ] nature du pays décidait sur le nombre de la cavalerie.

D'AllRIEN.

' Celle égalité de nombre doune U facilité de faite toutes les évolations avec exaciitade, et de diminuer ou d augmenter d'abord avec justesse le front d'une armée.

Les files étant de seize hommes , mille vingtquatre formeront le nombre de seize mille trois cent qua(re-vingtH]uatre ci-dessns.

Les différents nombres de liles réaniesont autant de dénominaiions pai'liculières. Deux files jointes font une dilochiej qtii consiste en trente-deux hommes, dont le chef prend le nom dtdilochite.

Quatre files composent une tétrareAi« de soixantequatre hommes, dont le chef est nommé Utrarque,

Deulc tétrarchies forment une iaxiarehU de huit files et de eent vingt-hnit liomoles; celui qui la commande se nomme taxiaTque ou cenHarion,

La taxiarchie doublée forme la iynta^me ou la aeénagie de deux cent cinquante-six hommes , qui font seize fi!es. Ce chef se dit syntagfOïaiarffM ou xé/uigue. On destine à la xénàgie cmq hommes surnuméraires : un porte-enseigne % un officier qui marche derrière^, un trompette, nn adjudant, e( le CI leur qbi annonce les ordres^. Le corps rangé

' Il y avait donc soixante - quatre enseignes dans la grande phalange , placés de distance en distance . au milieu de chaque xénagie , pour servir aux soldais de point de ralliemeot. Gomme les ti'oopes occupaient en bataille beaucoup moins de front que nuu8,oe noosbre d'enseignes leur suffisait.

' L'officier qui tenait son poste derrière le corps, lorsque la phalange était en bataille , faisait la fonction de nos majors : ou lui adjoignit un adjudant. Xéoopbon conitale» en plusieurs endroits» IVmploi de i'officierqu'Ârrieu nomme ici , par excelleucc , ouragos , et qui répond exactement à nos sergents-majors; car le dernier rang de la phalange était tout composé de soldats dont la fonction était équivalente à celle de nos sergents , et qui portaient aussi le nom A*(mragos*

Élien ajoute ici, dans sa tactique, un chapitre où il traite des difTérents postes que les ofRciers de chaque corps occupaient selon leur grade. La droite était le poste d'honneur; l'officier qui suivait se plaçait à la gauche; le troisième commandait la deuxième phalange de la droite, le quatrième la deuxième phalange de la gauche. Ce même ordre fut observé, dans tous les corps, jusqu'à la tétrarchie. Il faut encore observer que tout le premier rang consistait eo olficiers qui avaient les mêmes armes que les sqIdals, excepté ceux qui étaient derrière la ligne, et les officiers-généraux qui occuiiaienl les intervalles entra les grandes sections. Ils étaient, au reste, distingués par quelques ornements sur leurs casques, et par d'autres marques de distinction. La même chose se pratiquait chez les Romains , où les oHiciers portaient^les mêmes armes que les légionnaires, jnstiu'aux tribuns.

^ Les crieurs étaient, dans l'armée, des personnes sacrées qui annonçaient les ordres des géuéraux; ils étaient œ qu'ont été les hérauts d'ai-mes, et devaient être respectés de l'ennemi.., . Les anciens Grecs ne connaissaient pas

en bataille forme, par la proportion de w& rangs et files, un carré parfait.

Deux syotagmes composent la peniAcoHarehie de cinq cent douze hommes ttn^ en trente-deux files , dont le chef a lé hotn de ^efAaéos\arq'U£ ^

Deux pentaoosiarcbies font Y^chiUaYchiB de mille vingt quatre homttaes.

La chiliarchie doublée fait U mérarchie ou la télarchiede deux hiilie quarante-huit hommes en cent vingt-hnit files.

Deux mérarchies forment la phalange de quatre mille quatre- vingt seize hommes en deux cent cinquante-six files. G'ei»t un général qui la commande; il se nomme phalangarque.

Deux phalanges font la diphalangarchie ou la phalange doublée de huit mille cent quatre-vingtdouze hommes et de cinq cent douze files. Ce corps forme une corne ou la moitié de Farmée.

Deux dfphalangarchies composent la téiraphalangarchie, oh là grande phalange de mille vingtquatre files et de seize mille trois cent quatrevingt-qualire hommes /qui est le nombre désigné pour un corps de grosse infenterie.

La grande phalange contient ainsi deux cornes ou diphalangarchies; qusXre phalanges; huitmérarr/^tes; seize chiliarchies; trente-deux peniacosiarchies : soixante-quatre syniagmes ; cent vingt-huit fcuriarchies; deux cent cinquante-six tétrarchies; cinq cent douze dilochies ; et mille vingt-quatre files.

On peut étendre le front de la phalange en augmentant la distance des files , si le terrain et les circonstances l'exigent. Cependant ce s'ont ces files bien serrées qui lui donnent sa principale force. Cest à cet ordre serré et uni qu'Epaminondas fut redevable des victoires qu'il remporta sur les Lacédémoniens à Leuctres et à Mantînée. Il y serra ses troupes, en forma pour ainsi dure un coin *. Ce même ordre

les tambours. Avant Alexandre, on se servait défiâtes. On trouve , dans le cinquième livre de Thucydide, une circonstance qui favorise beaucoup ridée du maréchal de Saxe touchant la marche des troupes et leurs évolutions faites h la cadence marquée par le son des instruments.

* Dans la milice des anciens Greps , auxquels les Laoé> démoniens donnaient le ton, ce corps de pentacotiarcbie s'ap|)elait lochos; ce qu'il faut observer dans la lecture de Thucydide et de Xénopbon , surtout pour expliquer oe que le dernier dit de la disposition de sa marche.

* H. Follard a très -bien remarqué que la disposition d'Epaminondas dans ces deux batailles n'avait rien de commun avec le coin que les Grecs ont formé dans leurs exercices , pour habituer le soldat à toutes sortes d'évolutions. Ce témoignage même d'Arrien en fliit nnefi>rte preuve; et d'ailleurs personne ne contestera qoe le cuneus des Romains et Vembolon des Grecs désignent des cok*p8 formés sur plus de profondeur que de front.

A la bataille de Leuctres » les Lacédémonieos avaient

ÏACÏIQUE

est excellent pour résister au choc des nations aussi fougueuses que les Scythes et les Sauromaies.

On serre la phalange en rapprochant les rangs et les fiies, ce qui en diminue le front et la hauteur.

Pour former le Synaspisme , on fait serrer le soldat en tout sens, au point qu'il ne puisse se tourner^ . Le synaspisme dea Grecs a servi de modèle à la tortue des Romains, qu'ils ont formée différemment, en carré , en rond ou en ovale. Les hommes de l'extérieur du corps portent le bouclier devant eux. Ceux qui les suivent le tiennent levé sur la tête de ceux qui les précèdent, et ainsi des aulres rangs. L'union de ces boucliers est si juste et si solide, que des archers peuvent même courir dessus comme sur un toit, et que les pierres les plus pesantes, jetées avec violence , ne peuvent en rompre les jointures, mais roulent sans effet.

Il faut choisir avec grande attention les officiers ou les chefs de fi'es, qui doivent être de bonne taille et gens expérimentés - , puisque le premier rang qu'ils forment soutient toute la phalange , étant à la mêlée ce qu'est le tranchant au fer, qui agit seul sur les corps; le reste de la masse ne fait qu'appuyer par la pesanteur, comme font les derniers rangs de la phalange. Les épistates ou ceux du second rang doivent être ausf^i des gens d'élite , parce qu'en joignant leurs piques à celles des chefs de files , ils soutiennent leurs efforts. Ils peuvent môme encore atteindre l'ennemi de i'épée , en la passant par les

mis leur centre ea arrière , et s'étaient avancés avec les deux ailes, en formant l'ordre de bataille que les Grecs appelaient la demi-lune. Ëpiminoodas ne s'altaclia qu'à une seule aile de l'ennemi. Il marcha à grands pas avec une de ses aile:; en avant, et formi ainsi l'oblique, en laissiot le reste en arrière. C'est cette disposition des deux cdtés qa*0no8:mder eiamino au long , sans nommer l'historien grec.

Selon Xénoplioo , Épaminoodas enfonça les Lacédénioniens à Mantinée avec une seule colonne formée par l'infanterie, sans qu'on pût y entrevoir la disposition en écbarpe.Xénopbon compare raUaqueduThébainauchoc d'un vaisseau qui heui-te et fracasse , avec son éperon , le flanc d'un navire ennemi. Le récit que Polyl)c fait du combat naval de Ghium, et les savantes notes de MoitH)mins font connaître cette manœuvre.

* Élien ajoute qne lorsque la phalange était en parade, l'homme occupait six pieds; si elle était serrée pour combattre, trois pieds; et en synaspisme, un pied et demi; et il expose ensuite le terrain que les différentes phalanges occupaient. Il marque de même que la pique doit être au moins de douze pieds, et la plus longue telle qu'un homme la puisse manier aisément.

' Les Grecs choisissaient leurs soldais avec beaucoup d'attention, et dans les avancements, on considérait la taille et la constitution du corps autant que la capacité. L'ordonnance même de h phalange exigeait cette atfenliOD,

intervalles du premier ^ Cette attention est d'autant plus nécessaire, qu'ils doivent remplacer ceux du premier rang qui sont mis hors de combat , afin d'empêcher la phalange de se rompre. On choisit les soldats du troisième et du quatrième rang à proportion de la différence où ils sont du premier.

La phalange macédonienne a été aussi formidable à voir qu'elle Tctait en effet > ; lorsqu'elle se serrait pour combattre, chaque homme n'occupait que trois pieds de terrain en rangs et files. Les piqaes ou les sarissesont vingt-quatre pieds de longnear, dont six contenus dans l'espace entre les mains et le bout de la pique en arrière, et dix-huit devancent l'homme 3. Le second rang, étant à trois pieds en arrière, avance les sarisses de quinze pieds hors du premier rang ; le troisième par conséquent de douze, le quatrième de neuf, le cinquième de six, et le sixième rang de trois pieds.

Tout chef de file présente donc à l'ennemi les pointes de six sarisses en différents degrés, et réunit de cette manière la f jrce de six piques , pour se faire jour partout où il donne. Les soldats des rangs suivants , bien qu'ils ne puissent pas se senir de leurs sarisses^ ne laissent pas de pousser ceux qui les précèdent par le poids , et d'augmenter la violence du choc que nul ennemi ne saurait soutenir ^'

* Si les soldats du deuxième rang , comme Arriea le dit, pouvaient atteindre l'ennemi avec leurs épées , il faut qne, dans l'occasion, le soldat ait été le maître de tenir la pique de la main gauche , en la prenant par le milieu, et laissant traîner le bout par derrière , pour ponvoir . avec sa droite , manier I'épée. Il e»t difficile de otmcevoir comment la longueur des sarisses ne les a pas embarrassés.

* Il paraît néanmoins que celle phalange macédonieDne était plus terrible a l'aspect que dans l'effet. Paul-Émile avoue qu'il avait été saisi d'effroi lorsqu'il vit pour la première fois cette niasse d'b:)mmes dont le front était hérissé de ces terribles sarisses ; mais il ne laissa pas de la battre arec ses Romains épars et distribués en plusieurs pelotoDS.

^ L'embarras que cette énorme longueur de piques devait causer détermina bientôt les officiers grecs à en retrancher trois pieds; de sorte qne, selon Polybc cl Élien, les piques avaient ordinairement vingt-un pieds àe longueur, et étaient ainsi de quatre pieds plus longues que n'exige le savant Montécuculii pour jaste mesure de cette arme. On gardait pourtant, dans plusieurs troupes, celle ancienne forme de piques, à ce qu'on observe dans différents auteura. Polyen raconte, dans ses Stratagèmes, que lorsque Cléorotne, roi de Sparte, s'attenflalt à être attaqué par nu corps rangé en phalange , dont les soldats avaient des piques de vingl-qoatie pieds de longueur, il ne donna point de piques aux deux premiers rangs de sa troupe ; il leur ordonna , des que l'ennemi s'approcherait, de saiûr des deux mains les sarisses les plus avancées pour les rendre inutiles. Celte manière lui réussit. Le compilateur n'en rapporte pas d'autres circonstances qui puissent hm faire concevoir toute Taclion.

4 Pour se former une idéedu maniement de cette piqu<^»

D'ARRIEN

Ils empêchent encore ceux des premi^ rs rangs de s'écarter et de fuir. On a moins d'égards , dans le choix des serre-files, à la force qn'à laprudi^nce; car c'est à eux de retenir les files en ordre et de contraindre les lâches à tenir ferme. Leur poste est surtout important lorsque la phalange .^e met en synaspisme. Alors ils veillent au resserrement des files, d'où dépend toute la force de cette ordonnance.

On range les armées à la légère en différentes manières, conformément à la disposition de rennenii et au champ de bataille. On les met souvent en avant de la grosse infanterie; on les place aux ailes . et derrière la ligne. Il y a même des exemples ou on les a mêlées avec les soldats de la phalange. J'en déduirai l'ordonnance en rapportant les noms des différentes sections et de lenrs che&. Le nr nombre doit être de la moitié de la phalange , pour qu'on puisse en retirer de bons services.

Lenrs files n'étant que de huit hommes, ils forment sur notre proportion mille vingt-quatre liles , qui font huit mille cent quatre-vingt-douze hommes.

Quatre files réunies se nomment un systusis de trente-deux hommes ; deux systasis , une peniecontarchie; deux pentecontarchies, unehecaimitarchie, on centurie de cent vingt-huit hommes. On destine à chaque centurie qnatre surnuméraires qui sont : un porte enseigne, un trompette; un adjudant et le hc^raut du camp. Deux centuries forment la psHagie ; deux psilagies, une xénagie; deux xénagies , le systremme ; deux systremmes , Vépixcnagie : deux épixénagies,lesttp/ios; deux stiphos forment Vèpitagme de mille vingt-quatre files et de huit mille cent quatre-vingt-douze hommes. Un tel corps est commandé par huit officiers de marque, quatre epixénagues et quatre systremmaiarques.

Les gens qui lancent les javelots avec la main , les arbalétriers , les archers, les frondeurs, et tous ceuit^quî se servent d*ariues de jet, sout d'une g< ande uiiliié dans les armées. Ils blessent et tuenlde loin ; les frondeurs cassent encore avec leurs pierres les armes de l'ennemi ; on se sert de ces troupes pour

il faut observer que le soldat l'empoigaait des deux mains» et qoe , pour donner In force nécessaire à la soutenir et à la manier, il avait plus que le quart de la hampe en arrière des mains. Le bouclier ne l'embarrassa it point; c'était un écn rond ou un peu ovale , de deux pieds de diamètre, et beanconp plus plat que celui des Romains. L'anse en dedans et au milieu du bonelier passait le bras , de façon que cette anse touchait presque la jointure ; ne cnuTrant ainsi qne d'un pied la coudée , le soldat avait tonte la main fibre. Les Romains n'auraient pu manier des piqaes d'une pareille longueur, h cause du bouclier, qoi était d'un demi^pied plus large que celui des Grecs , avec quatre pieds de hauteur, en forme d'un demi-cylindre qui serait coupé parle milieu du haut en bv . Le soldat,

inquiéter ses postes et pour le provoquer, par une grêle de traits, à en sortir et à en venir aux mains. Elles sont propres à harceler même la phalange , et à la mettre dans la nécessité de rompre son ordonnance , de même qu'à arrêter le choc de la cavalerie. S'il y a quelques hauteurs à occuper, ce sont des gens de traits qu'on y détache ; la légèreté de leurs armes les rend plus agiles et plus propres à grimper les montagnes : aussi s'y maintiennent- ils plus aisément, et l'ennemi ne saurait s'en approcher qu'à travers une nuée de traits. Ce n'est qu'avec nn pareil corps de gens de traits que l'on en pourra former l'attaque avec avantage. Ces troupes sont encore nécessaires dans l'armée pour aller reconnaître Tennemi , et pour former des embuscades. On s'en sert tout aussi bien avant qu'après et pendant l'action, surtout si l'armée est battue, parce qu'alors on ne saurait s'en passer pour couvrir«et assurer la retraite*.

lorsqu'on faisait balte, se reposait sur son bouclier ; selon Tite-Live, il s'y endormait souvent.

' Il est étonnant qu'Arrien ne parle pas des Peltasles , qui formaient quelquefois des corps considérables, surtout dans les armées d'Alexandre et de ses successeurs. Élien dit qu'on les avait compris dans le nombre des troupes légères. Son témoignage ne sauriit me le persuader, tandis que les historiens et les tacticiens même les distinguent nommément des troupes légères.

Il faut remarquer qu'Arrien ne décrit point une armée comme elle aurait été sous l'un ou l'autre prince ; il expose seulement le nombre et la proportion des troupes qui devraient la composer pour qu'on en pût tirer service ; et alors il fallait nécessairement qu'il y eût, avec la phalange, un corps de troupes légères d'une forme pareille à celle qu'il indique , pour fournir aux différents besoins do la guerre. On n'avait point déterminé de quelle espace devaient être les troupes qui formaient ce corps d'infanterie U*gère; mais il était essentiel que, dès qu'on les attachait à la phalange , on en fit des corps tels qu'Arrien décrit ici , et qu'on les soumît à une certaine ordonnance pour régler leur servie?. •

Le tacticien, «yant détaillé toutes les parties nécessaires pour former un rorps d'armée , avait satisfîBit au but qu'il s'était proposé. Ce n'était pas h lui d'exposer l'ordonnance des différantes autres troupes qui accompagnaient (|uclquefois la phalange, selon 1^ nature du pays et de fa guerre, et selon le bon plaisir du prince.

En effet, on s'aperçut bienlAt (\n*tn plusieurs occasions la phalange était trop louriie et trop embarrassée, et cette troupe de gens de traits trop peu ferme et trop peu solide pour agir avec succès. Iphicrate, général des Attiéniens, fat le premier qui relrancba quelque chose des longues piques et des gros boucliers, pour rendre l'infanterie uu peu plus leste. Philippe et Alexandre perfectionnèrent ses idées'; et, sans toucher à la phalange ménie, ils formèrent de nouveaux corps de Peltastes , qui, réunissant la solidité de la phalange avec l'agilité des troupes légères , tenaient le milieu et suppléaient partout au défaut de l'une on de l'autre troupe. Alexandre et ses suc*

Il y a différentes manières de ranger la cavalerie en bataille : on en forme un carré parfoit ou long , un rhombe , ou bien un coin.

Toutes ces ordonnances sont bonnes suivant les circonstances. On ferait mal de n'adopter qu'une seule méiliode : elle pourrait être inférieure aux autres en bien des occasions.

cesseurs tirèrent de ces Peltastes des services considérables, et leur répataiion égalait presque celle de la phalange. Les princes les choisirent à la fin pour en faire leurs gardes. La phalange n'était pas propre à cet emploi , qui exigeait une troupe leste et en é(al d'accompagner le prince et de faire des coups de main; les corps de gens de traits ne répondaient pas non plus au but ni à la dignité des gardes. C'est la signification du terme grec agema , qui est le nom du corps que les historiens donnent quelquefois h celui dès Peltastes, et qui a exercé longtètnps les savatils. Comme on trouvait ces agema formés tantôt de six mille , tantôt de trois mille hommes d'infanterie , et même de cavalerie , de mille, et au.ssi seulement de trois cents maîtres, on ne savait comment combiner ces différences, ni quelle raison en donner; cependant elle est bien claire, si l'on considère que les roi.s se choisissent des gardes plus ou moins nombreuses » selon l'état de leurs forces et leur attachement aux gens de guerre. Les armes de ces gardes se distinguaient aussi souvent par leur éclat, cl Icuri boucliers furent garnis d'une lame d'argent ou d'un métal fort luisant , d'où ils prenaient le nom d'Jrgijraspides et de Cha'caspides.

Polyhe détaille les différents corps de l'armée que Sosibc avait formés en £g>pte, à l'aide des ofBciers qu'il avait fait venir de la Grèce.

L'historien commence par l'agema, ou les gardes du roi, composées de trois mille Peltastes, qu'on habile officier, nommé Euriloque , dressait. Les nutres Peltastes grecs , qui n'éUiicnt pas des gurdes , faisant on corps de mille hommes , éîaient confiés aux soin;) d'un nommé Socrate. Ptolémée et Androinaque , deux liabiles Grecs, et Phoxidas , homme très-entendu dans le service des troupes légères , étaient chargés de former et de dresser l'infanterie grecque sur le même pied qa'Arrieu décrit ici. La grosse infanterie consistait en six sections ou six petites phalanges d'environ vingt-cinq mille hommes , auxquels on joignit Vépilagme ou le corps de huit mille hommes de troupes, légères, toutes soudoyées en Grèce, mais qu'on ne jugea pas à propos d'augmenter à proportion de la phalange, parce qu'on avait encore dans l'armée un corps de trois mille Cretois qui étaient d'excellents tireurs.

Pendant qu'on arrangeait ainsi l'infanterie grecque, d'autres officiers enrégimentèrent et dressèrent les troupes nalionales dont on forma une phalange du même nombre de sections et sur le même pied que celle des Grecs : le premier se mit à sa tète. Ou prit les Thraces et les Gaulois , dont fi y avait un grand nombre en Egypte , pour en faire des troupes Icaèi^es sur la même proportion et la même ordonnance qu'Arrien expose. Un certain Aramon>us changea encore trois mille soldats africains en autant de Peltastes. Cette conformité des détails de Polybe avec ceux d'Arrien ne laisse pas de fave confirmer les connaissauces militaires de ce dernier.

Les Thessaliens formaient leur cavalerie en rhombe. On dit que c'est Iléon , Thessalien , qui en est l'auteur ; mais je crois que cette manœuvre était connue avant lui, et qu'il n'a fott que la mettre en réputation. -

Le rhombe est très-propre à toute évolution » et met plus que tout autre ordre le dos et les flancs à couvert de l'ennemi. Les angles seront occupés diacun par un officier; le chef se placera à celui qui regarde Tennemi ; ceux des côté^ auront 'des officiers que l'on nomme garde-flancs. L'officier qui est placé àceluidederrière s'appelle ouragos. L'extérieur des fiancs sera composé des meillenrs cavaliers, comme étant le poste le plus essentiel.

Le coin a été mis en usage par les Scythes : tes Thraces les ont imités; Philippe enseigna à sa cavalerie macédonienne à former le coin^ Cet ordre a l'avantage de présenter à l'ennemi le front garni

' Touice qu'Arrien dit du rhoml>e et du coin a été réellement pratiqué dans les exercices; mais on se tromperait tieaacottp si on les prenait pom* des ordres de bataille que l'on eût exécutés contre l'ennemi. Le cavalier leol. à la pointe du coin ou du rhomtw, ne pouvait pas donner à ce corps la force et la facilité de percer que les tacticiens lui attribuent , quelque prévenu que l'on soit des avantages de la hnce.

Le rhombe n'est fondé que sur l'exposé des tacticiens : mais quant au coin. Xénophon et Ariien disent expressément à l'occasion , l'un , de la hataille de Mantinée . l'autre, de celle d'Art)elles, qu'Épaminondas et Alexandre avaient formé leur cavalerie en coin pour enfoncer l'ennemi. Épaminondas le fit contre la cavalerie même , Alexandre con-re l'infanterie. Ces autorités ont fait illusion aux maîtres d'exercice. Mais en examinant bien ces passages et les faits qui ont précédé, on voit que la cavalerie d'Epaniinondas , qui avait été rangée en bataille, ne fit que se mettre simplement en colonne^ La section de la droite s'avança la première; les autres, api'ès avoir fiiit à drçite , marchèrent sur la place et y caracolèrent ensuite, pour suivre en queue celles qui les avaient précéiées. C'est la manœuvre ordinaire des sections que les Greoi appelaient Pérkiasis. Quant à la cavalerie d'Alexandre, elle s'avança vers Tcnnemi en oblique, ainsi que toute l'armée; Alexandre se jeta ensuite tuut-à-oonp, à la tète de ses escadrons, dans le vide qu'il avait remarqué dans l'infanterie persane; tandis que le reste, qui formait la queue de l'oblique, fit exactement face vers l'ennemi, et s'avança sur lui avec tout son front.

Cependant toutes ces évolulions ont beaucoup contribué é rendre bonne la cavalerie, et à lui donner nnr grande aptitude pour tons les mouvements. On voit, par le morceau de Polybe qui traite de Texerdce que Scipion fit faire à sa cavalerie, que les anciens ont agi sur d'excellents principes^ et qu'ils savaient très-bien distinguer le solide du clinquant. Arrien lui-même, qu'il ne faut pasaccusei* de frivolité pour avoir recommandé le rhombe et le coin, détaille d'abord le véritable ordre dans lequel il convient de ranger la cavalerie, et qu'il préfère aux autre»

D'ARRIEN

d'une quantité de dhefs de ille qui, par la forme angulaire , percent aisément la ligne de rennemi. Ses évolutions sont plus promptes que celles du carré, surtout les caracols à droite ou à gauche , que le coin exécute avec beaucoup de facilité. Il faut seulement avoir ratiention d'avertir les files de la pointe qui 6e tourne de ne pas se jetèir sur leur pivot, a de s'ouvrir plutôt que de se serrer*. Le carré était préféré par les Perdes , les barbares de Sicile , et la plupart des Grecs, surtout ceux qui avaient la plus nombreuse et la meilleure cavalerie. Son ordonnance efct sans douté la plus simple et la plus facile par l'égalité des rangs et des files. La charge et la retraite se font avec moins d'embarras dans le carré : tous lés chefs de file, étant au même rang , choquent ensemble.

La bonne proportion du carré est celle qui contient ia moitié pllis de monde en largeur qu'en profondeur, qui , à cet effet , sera de quatre chevaux surliuit de front, ou sur dix de front et sur cinq de profondeur'. La figure décrit sur le terrain un carré parfait, malgré l'inégalité du nombre , la longueur du cheval 'évaluant la distance que le nombre li^occupe pas.

Pour mieux décrire encore la figure d'un carré parfkit , ou n'a qu'à ranger de front trois fois autant de chevaux qu'il y en a dans la profondeur, en comptant que ia longueur est égale à la largeur de trois'. Car on doit remarquer que les fiie^ de la cavalel-ie ne tirent point de leur hauteur l'avantage qui en résulté pour rinfariterie, puisque les chevaux ne peuvent pas s'appuyer ni'se pousser comme font les hommes. L'esradron ne peut acquérir, en se serrant , le poids qui fait l'avantage de la plialange. Il li'en résulterait que de la confusion daiis les chevaux et de l'embarras pour le cavalier ^.

' C'est la maoœaYre que l'interprète la lin d'Arrieu a manquée. j|l était uaturel que ceUe évolution , qui formait un beêU coup d'œii, exposât les pointes à perdre , eo caracolant, la j,Dste proportion. Arrien indique ici les ifaoyens d*y remédier.

* On a corrigé ici le teste d'Ârrien sur l'eiposéd'ÉIieo. Les escadrons de vingt de (Vont sur dix de profondeur, comme portent les nombres grecs , ne conviennent pas à

là suite du discours.

'Ou rcmarc]ue que les anciens ont rangé la cavalerie quelquefois , comme nous , sur trois de profondeur.

^ Lorsque Arrien fait remarquer que la cavalerie ne retire pas de sa profondeur le même avantage que l'iofdnterie , il semble condéroner les ordonnances qu'il avait expliquées et qui étaient fondées sur une grande profondeur. C'est une preuve qu'il n'a lui-mémo regardé le rhombe et le coin que comme des évolutions de parade, pour rendre le ravalier alerte , et lui apprendre à maitrlser son cbe>a].

L? toiirme des Romains était de huit de front et de

On forme le rhombe de la manière suivante. Le chef ou l'ilarquc est à l'angle de la tête. Les deux hommes qui suivent à ses côtés doivent avoir la tête de leurs chevaux à la hauteur de la croupe de celui de marque. Les rangs suivants se multiplient ainsi jusqu'à moitié du rhombe , d'où ils diminuent progressivement pour achever la figure de celle ordon-. nance. Le coin étant formé parla moitié du rhombe, Tordonnancie est la même.

Le carré long se forme en deux manières : ou en étendant le front aux dépens de la hauteur, comme ou se range ordinairement en bataille; ou bien en diminuant le front sur plus de profondeur, dont on fait quelqutfois usage pour se jeter dans une ouverture de la ligne ennemie , ou pour cacher ses forces afin de l'amorcer ^

On ne met guère la cavalerie sur un seul rang , si ce n'est pour ravager le p^ys. D'ailleurs cette ordonnance est de peu d'usage.

Selon la proportion établie entre l'infanterie , les

quatre de profondeur. Polybe et nos tadiaens marquent que les Grecs formaient leurs escadrons de soixante-quaUre maUres, qui se rangeaient eo bataille sur huit de profondeur, et autant de front. Cette masse de chevaux ne pouvait t)fl8cho<lhar ensemble. Polybe indique les manœuvres d'oûe bontae cavalerie , daus son récit de la bataille de Cannes, tl dit que l'on ne se battait . dé part ni d'autre , avec art et adresse comme des nations civilisées font , en choquant avec ordre , et en caracolant en arrière pour revenir h la chargée; mais qu'on se battait comme des barbare* qui, acharnés les uns conU-e les autres, restaient dans la mêlée jusqu'à d^^scendre des chevaux.

Les deux dti trois premiers rangs se détach^cm de la ligne pour choquer. S'ils ne renvei-saient pas l'ennemi , ils étaient dressés a s'ouvrir vers les fluncs , et à faire place an i hoc des] autres. Pendant que ceux-ci manœuvraient, ils caracolaient en arrière, et passaient par les intcrya.les pour se rallier derrière l'escadron. C'est le sens des mots grtcs, daus Polybe : Ouge en kala %xomons ek anastrophès liai melabolès o Mndiinos.

Les cavaliers qui se battaient avec la lance devaient d'abord décider le combat , ou avoir les moyens et l'espace de se remettre pour revenir à la charge. S'ils restaient dans la mêlée, les lances leur étaient à charge. Les anciens étaient, par conséqueut, obligés de laisser, cotre les escadrons, dei dislances qui étaient la plupart égales à leur froni. Scipioii imngina , comme on le voit dans Polybe, de cho(|aer , avec plusieurs tourmes ensemble , sur un plus grand front que d'ordinaire , et il y dressa ses cavaliers avec une attention parliculi^^e. D'ailleurs on ne trouve pas que les antiens aient mené contre l'ennemi leurs escadrons rangés sur une ligne coniigué de beaucDup détendue. 11 faut qu'ils aient entrevu de grands inconvénients à cette manœuvre , quelque brillante qu'elle

paraisse.

* Àrrieo a ici en vue la manœuvre de la cavalerie d'Alexandre à la journée d'Arbelles , où v formée en colonne, elle se jeta dans le vide de l'infan'erie persane.

iroiipes légères et la cavalerie, elle doit être de quatre mille quai re-vingt- seize horames '.

Chaque compagnie ou ile est formée de soixantequatre maîtres ; le chef se nomme ilarque.

Deux compagnies forment Te^cadron, ou Vépilarchie de cent vingt-huit maîtres ^.

L'épilarchie doublée est la tareniinarchie. Elle consiste en deux cent cinquante-six cavaliers.

Deux tarentinarchies composent Vhipparehiej de cinq cent douze maîtres , qui est le con» que les Romains appelaient ala ^.

Deux hipparchies constiluenl Vèphipparchie, de mille vingt-quatre cavaliers.

Deux éphipparchies font le iélos , de deux cent quarante-huit; et deux t*^los, Vèpiiaqme, de quatre cent quatre-vingt-seize maîtres.

Il serait inutile dVxpliqner les vieux mots et les ordonnances des chariots et des éléphants , dont Tusage est presque partout aboli. Les Indiens et les habitants de la Haute-Éihiopie sont les seuls peuples qui aient encore aujourd'hui des éléphants.

Les Romains n'ont jamai<? combattu avec des chariots. Nous ne trouvons que des Barbares qui sVn soient servis à la guerre , comme les habitants des

* J'observe que cette proporJion , que les tacticteos supposent enlre la cavalerie et Tinfanterie , n'a pas toujours servi de règle. DansTannée que les officiers grecs formèrent pour le service du roi d'Egypte, il n'y avait pas plus de cinq mille hommes de cavalerie pour soixante-dix mille d'infanterie. Le dernier roi Philippe fil la guerre au proconsul Flaminius avec deux mille cavaliers joints à la phalange. La Thessalie , dont on fit le théâtre de la guerre, était un pays montagneux, où une plus nombreuse cavalerie aurait été inutile. On remarque mieux celle proportion dans l'armée d'Alexandre. Il m «rcba en Asie avec trente mille hommes d'infanterie et cinq mille de cavalerie.

' Elien remarque que le nombre des hommes dans les escadrons n'était pas tellement fixé qu'il ne fût permis au général de l'augmenter ou de le diminuer suivant les circonstances. Gomme la cavalerie était rangée en lignes avec des intervalles , chaque escadron faisait un corps à part , au contraire des sections de \si phalange, qui formaient une ligne contiguê. Le terrain et la position de l'ennemi déterminaient souvent le général à ranger ses escadrons de manière à pouvoir choquer sur plus on moins de front ; et c'est ce qu'Élien entend ; car il conste assez que les compagnies étaient ordinairement formées de

soixante-quatre, et les escadrons décent vingt-huit maîtres. ^ Arrien traduit Y ala des Romains par le mot greci/^. Dans le temps des consuls , la cavalerie des alliés portait ce nom. Tite-LiveJa dislingue expressément de la cavalerie légionnaire. Après le grand changement de la mil?ce romaine , ala était le nom pour tous les corps de cavalerie formés de quatre jusqu'à cinq cents maîtres. Hyginns marque qu'elle consistait en fcize toornie8,ce qui fait environ le nombre dont Arrien dit qu'elle était composée de son temps.

îles Britanniques sur TOcéan. Le pays fotirnit de petits chevaux vigoureux et méchants, qu'ils attelaient à des chariots légers et propres à tourner aisément sur toute sorte de terrain. Parmi les nations de l'Asie , les Perses en avaient qui étaient armés de faulx et tirés par des chevaux bardés. Cyrus en avait introduit l'usage. Les Grecs sous Agamemnon, et les Treyens s'en sont servis de même , à l'exception des chevaux bardés. Les Cyrénéens excellaient dans l'art de combattre avec des chariots \

Je vais donner Texplication et les noms çles différentes évolutions qui s'exécutent parles troupes.

Le clisU est le mouvement d'un homme à droite vers la lance , ou à gauche vers le bouclier.

Le double cîisis est le demi-tour moyennant lequel on fait volte-face, et qu'on nomme méiahole.

Vépistrophe se fait par un quart de conversion de toute la section qui tourne à rangs et files serrés, comme ferait un seul homme, adroite ou à gauche. Le chef de file de l'une des deux ailesi sert de pivot au tour que doit faire tout le corps.

Vanastrophe remet la section dans sa première position , par un quart de conversion opposé.

Le périspasme est une demi -conversion pariaquelle le corps décrit un demi -cercle par deux quarts de conversion, et fait face à Topposéde son premier front.

Ve^'pèrispasme est composé de trois quarts de conversicm de suite , moyennant quoi le corps qui le fait à droite, prendra le front à gauche de son premier, et celui qui le fait à gauche sera à droite ^.

Dresser les files ou btoivhein, s'appelle quand

* On fut long-temps à abolir entièrement l'usage des rléphïinls, qui , dans plusieurs occasion*, ont fait plus de mal qne de bien à ceux qui les employaient. Ycgèce indique les moyens dont on s'est servi pour s'opposer à ces animaux; mais il a puisé dans de mauvaises sources. Les bons auteurs oe s'accordent pas avec lui. Stevvechius jétale, dans ses noies sur Ycgèce , un grand appareil d'érudition pour indiquer toutes les particularités qui regardent ces deux armes des anciens.

Sylla planta de pros pienx devant le front de son arm('c , et arrêta le prodigieux train de chariots qu'Arcbelaûs , général de Mithridate, lâcha contre les Romains. L'ordre de bataille de Sylla , que Fronlin décrit , est très-remarquable. Il rangea son armée entre deux larges fossés qu'il avait fait creuser , et mit à la tête de chaque fossé une espèce de redoute pour résister à la nombreuse cavalerie de son ennemi.

' Ces évolutions qu' Arrien détaille ici se faisaient ordinairement dans les exercices. Les quarts de conversion ne s'exécutaient qu'avec de grandes sections . qu'on favorisait par les distances nécessaires qu'on laissait entre elles. La grande profondeur des files était cause qu'on ne les faisait pas par petites sections. On se contentait de faire h droite et à gauche , et à défiler par le flanc.

Les historiens militaires se servent de ces termes de

D'ARRIËN.

chaque soldat en sa fîle se tient en droite ligne depuis le chef de file jusqu'au serre-file , en gardant les distances égales entre eux.

Dresser les rangs ou zygHn , s'appelle lorsque chaque soldat en sa iile s'aligne en ligne droite et en distance égale à ceux qui lui sont de côté. Ainsi le rang des chefs de files est en ligne droite de même que le second rang des épistates jusqu'à celui des serre-files.

Le soldat se remet lorsqn'ayant fait à droite ou à gauche , ou un demi-tour, il fait des mouvements opposés pour reprendre son premier poste.

Les évolutions se font , ou par rangs, ou par files ; celles qui se font par files sont de trois espèces : on a révolution macédonienne , la laconique et la Cretoise , autrement dite persane ou chorienne.

L'évolution macédonienne change le front de la phalange en portant la profondeuren avant, de manière que le premier rang ne bouge pas de sa place. Le chef de file fait demi-tour ; ceux qui le suivent marchent sur sa droite en le côtoyant , et s'arrangent progressivement derrière lui.

L'évolution laconique, pour changer aussi de front , forme la phalange en arrière , et c'est le dernier rang qui reste sur la place. Le chef de file fait demi-tour à droite, et*marche à la distance qu'exige la hauteur de la phalange. Toute la file le suit sucèièssivement et s'arrange derrière lui ju^u'au serrefile, qui ne fait qu'un demi- tour à droite.

L'évolution créloise change le front dt» la phalange sur son propre terrain par une contre-marche des files. Le chef de file , faisant demi -tour à droite, mène la file après soi , et la fait suivre en repli , tant que le chef de file ait repris la p*ace du serre -file, et vice versa '.

Les évolutions des rangs se faisaient par la même contre-marche que celle des files. Leur uipage est

l'art poar'déaoter les grandes manœuvres de l'armée ; les antres , qui ne sont pas du métier , y substituent des mots équivalents qui causent souvent de robseorité.

Outre ces termes indiqués par le taclicieu , il y en a encore d'autres, ou synonymes ou différents, et alors ils regardent surtout la légion. Il faut soigneusement les recueillir dans les auteurs. Tel est celui de périclasis, lorsque , pour changer en colonne une troupe en bataille , le quart de conversion se faisait en même temps par tontes les seeiioos , qui étaient plus oti moins grandes , scion le front que la colonne devait former. Les sections suivaient alors la première , et se tournaient sur le terrain d'où elle était partie. Les Grecs défilaient la plupart parle flanc, si Ton ne foulait pas nuircher par sections sur un grand front; et cette marche était alors une espèce d'épagogue. ' Les Grecs devaient préférer ces évolutions au simple demi-tour , parce que toute la force de la phalange consistait dans les premiers rangs, dont les bommes étaient

choisis sur tout le corps.

de transporter les section*! , de changer les ailes et de renforcer le centre. Gomme il est dangereux de faire ces évolutions avec de grands corps , si l'ennemi est proche, il vaut mieux les faire par sections : elles sont alors plus courtes, et apportent moins de renversement que la manœuvre générale de tout le corps.

Les doublements se font par rangs ou par files , et sont relatifs au nombre d'hommes ou à l'étendue du terrain.

Pour avoir deux mille quarante-huit files sur le même emplacement occupé par mille vingt- quatre , on fait avancer les épistates dans les intervalles des protestâtes; c'est-à-dire qu'on remplit les distances entre les hommes du premier rang par ceux du second, aini^i alternativement des autres rangs, de maiiière que la phalange, qui en devient serrée du double, n'ait plus que huit rangs au lieu de seize '.

Pour doubler Pétendue du front de cinq jusqu'à dix stades, les files étant doublées et serrées comme je viens de le dire , la moitié de la phalange fait à droite et l'autre à gauche; marchant ensuite chacune de son côté, elles s'Ouvrent et en partagent la dis< tance d'homme à homme , de l'extrémité de l'aile jusqu'au centre.

Pour se remettre , on fait le contraire en se serrant sur le centre.

On évite de faire ces mouvements en présence de l'ennemi, parce qu'ils marquent du dérangement , quand même ils n'en causeraient point. D'ailleurs , le mouvement d'une manœuvre affaiblit toujours l'ordre d'une armée.

Il vaut mieux étendre le front par des troupes légères , ou par quelque cavalerie , que de rompre l'ordre de la masse. i

On s'étend pour déborder le front de Tennenii on pour se garantir d'en être enveloppé.

On dbuble la profondeur de la phalange lorsqu'on fait entrer la seconde file dans la première, et ainsi alternativement les uns dans les autres. Les chefs des files qui doublent se pfacent dans les distances derrière les chefs des files qui ne bougent pas: le deuxième et le troisième de la deuxième file se mettent de même derrière celles qui sont à leurs côtés dans la première ; ainsi de suite dans toutes les

< Le terrain que la phalange occupe , lorsqu'elle est serrée pour combattre , est d'environ cinq stades ou six cents pas. Par ces doublements, chaque homme n'occupait pas plus d'un pied et demi de terrain , qui est celui des soldats serrés en synaspitme. Si, dans cet ordre, la phalange s'ouvrait pour étendre son front du double , les hommes aux extrémités (Tes ailes devaient faire chacun trois cents pas. Ces évolutions exigeaient bien du temps et de l'attention. Épaminondas s'y prit autrement à Mantinée.

files , qui par là deviennent de trente-deux de hauteur. Ou conçoit aisément de qqelle manière on doit seremetti^'.

La phalange est en ordre de ))ataiUe , on en colonne , ou en ligne oblique. L'ofâre de ba|ail)e a plus de front que de profondeur; celui de la colonne est Topposé , et se dit principalement de la phalange lorsqu'elle marche par son flanc ; celui de Toblique présente à rennemi une aile avancée , e^ l'autre biaisant se trouve reculée.

Lorsqu'on déUche des sections de la phalange en avant , et que les vides se remplissent par des corps de réserve, on appelle celte manœuvre paremàok.

Lorsqu'on renforce I9 phalange par des corps dé- Uchés qui se placent en môme ligne spr une de ses ailes ou sur les deux , l'ordonnance s'appelle

prostaxis.

Eniaxis est le pom qu'on donne à la man(pnvre d'entrelacer les armés à la légère et les phdan-

giles.

Vhypoiaxis se forme en rangeant les armés à la légère comme «n crochet derrière les ûeni, ail^ de la plialange ^.

* Il parait que la pbalaoge, en doublant ainsi les filfs, était dans sou premier ordre de parade , c'esl-à-dlre avec trois pieds de distance entre les rangs et les files, et qu'après ré?olnUon faite, les files se serraient vers le centre pour remplir les distances des files qui avaient doublé.

> Cette eipUcation des termes est essentielle pour ceax qui Usent les auteurs militaires dans la langue originale. Élien nomme encore la protaxi*, qui se dit de l'infanterie légère placée en avant do la phalange. Umtaxis est le lemie synonyme de porenla^ri*, et est eq|ployé proprement pour dénoter le mélange des troupes de diffc rentes espèces ; taudis que parembole no regarde que Tordoonance des pbalangites.

Élien ajoute ici trois longs chapitres, où il explique, avec beaucoup dé verbiage, de quelle manière la phalange faisait les conversions. Voici à quoi le tout se réduit. Lorsqu'on commandait une conversion à droite, toutes les files devaient d'abord faire un à-droite et se serrer vers l'aile droite, où la file qui était à l'extréinité ne bougeait pas de placQ. Les rangs ae serraient égale, ment en avant : ainsi le qpqrt de oonversion 9e fiiisait à rangs et à files serrés. Pour reprendre la première position, on faisait faire un demi-tour, et puis un autre quart de conversion. On se remettait ensuite par nn autre demllour , et on ouvrait les rangs et les fllei de la même manière qu'on le fait aojourd*hui.

Élien répète toutes ces éfolottona ponr le qnart de conversion à gauche. Il explique ensuite comment la phalange se serrait vers les ailes on vers le centre par TAdroite et Tà-gauche; et il remarque enfin que , dans tons cea mouvements, les soldats doivent tenir haut leurs piques.

Il faut observer qn'Elien rapfésente ici la phalange pomme sur la place de l'eierdce , c'est-è-dire avec les di«

On doit aoeoutuiner le soldat k bien entendre ainsi c|u'à exécuter avec prompMtude les ordres donnés , soitde vive voix , soit aii son de l« trompette: 011 par 4^ signauiç. La voL( est le plqs sûr mqjen pour commander aqx troupes^» parce qu'elle détermine les i^apceuvres que l'on or^oni^e, oe que ne peiivent pas faire aussi distlQCtejnont les trompettes et les signaux. Mais eomnie daqs le$ batailles le son de la voix est absorbé par le cliquetis des ar« meSf les cris des soldats, les gémissements des blessés et le bruit de |a cavalerie, il faut d'antres moyens pour annoncer les ordres. On 9 recoui;s aux trompettes, lorsque les brouillards , la poussière Qi| rinégalité du terrajp rendent les signaux inutiles '.

Les troupe^ niardient on en épagi^gme ou en paragoigufi. On nuurehe en épagogne lorsque la colonne est formée d'égales sections, soit de tétrarchies , de xénagies, etc., suivant le firnnt sur lequel le général yeut marcher. Alors les chefs de files d'une section suivent les serre-files de celle qui précède.

On est en paragogue lorsque la phalange marche par sa droite ou par sa gauche. Elle 8*appelle paragogue droite ou gauche, selon que les eliefe de files font à droite ou à gauche delà colonne.

Que Ton marche en épagogne ou en paragogue , le général doit toujours ren^rcer le côté opposé à Tennemi ; et s'il craint d'être attaqué de deux , de trois ou même de quatre côtés, les mettre conséquemment en état de se défendre.

stances de trois pieds entre chaque homme en rangs et files. Lorsqu'elle était formée pour combattre , elle était constamment serrée de manière à pou voir exécuter les conversions , et chaque homme n'occqpait que (rois pieds eo rangs et files. Il parait assez , par 1^ différents demitours qu'Élien fait [faire aux soldats , qu'il ne parle pas ici de cette manière de s'embofter où le soldat ae serrait jusqu'à aveh" le oonde derrière eelql de son .voisin , dont Ils foisaient usage pour la tortue on le synapisnae , et qu'on a voulu adopter mal è propos dans noe exercices ; ear alors', comme les taclieieas Tout remarqué avec raison , il élait impraticable , surtout ayant le bonolier , de foire , homme pour bomme, des mouvements à droite oa à gauche, moins encore les demi-tours.

< Les anciens étaient moins embarrassée que 00ns , dam nn jour de bataille, de communiquer leors ordres, vu la grande profèndeor et le peu de front de ieura lignes. La poussière les empêchait moins que la famée de la pondre de faire usage des signaux.

Leurs généraux étaient accompagnés, comme aujourd'hui , d'un certain nombre d'oflRciers Inteiligenta qni fliisaient les fonctions des aldea-de^camp. G 'est ce qui se voit par lea récits des batailles. Dans celle d'Arbelles , entre antres. Parménion se trouva long-temps en danger, foute de poovoir asies pronptement avertir Alexandre par sess<lj1^ daoti.

DARRIEJN.

De là vient que l'on forme les éolonnes de différentes manières. Souvent le front n'en est que d'une seale phalange qui marche par son flanc. Quelquefois ce sont deux phalanges, d'autres fois trois on quatre qui, jointes ensemble, et marchant par leurs flancs, forment les colonnes. On conçoit aisément les différents mouvements de corps , par la description que j'ai donnée de la phalange '.

La phalange à deux fronts est ainsi nommée lorsque la moitié des deux files fait face à Fopposite de l'autre.

On appelle diphaJangie à deux fronts la marche de deux phalanges appuyées dos à dos et marchant par leurs flancs , de manière que les chefs de files bordent les deux côtés, et que les serre-files sont unis au centre. Celte figure, rendue par une seule phalange , s'appelle heterosiomos.

On nomme diphalangie à front égal deux phalanges réunies en marche , dont le centre nnit les serre-files de la première aux chefs de files de la seconde phalange; moyennant quoi les chefs de files restent tous sur la droite ou sur la gauche de chaque phalange , et gardent leur ordre de phalange comme à l'ordmaire.

Lorsque la diphalangie à deux fronts joint les

* Noos trouvons, dans la plupart des historiens militaires, que les anciens formaient leurs colonnes sur le front de trente-deux hommes , en joignant deux phalanges ensemble. Telle éuiit la marche d'Alexandre lorsqu'il s'approchait du Graoiqne. Cependant ils étaient obligés , aussi bien que nous , de régler Tordre de marche sur le terrain et la nature du pays , et de s'écarter des préceptes des tacticiens qui ont traité celte matière trop métbodicjupment ; de sorte qu'ils formaient souvent plusieurs colonnes qui marchaieut à une certaine distance Tune de l'auire. On en a des exemples dans les marches de Philopémen et de Machanidas, qui s'approchaient cbacan du champ de bataUle en trois colonnes , et dans les guerres d'Antiochus et de Ptolémée , qui faisaient la guerre dans un pa)8 peu propre à marcher sur un grand front. C'est ainsi qn'Ânnibal s'avança h deux colonnes pour se mettre en ordre de bataille à Cannes.

Il faut néanmoins observer que les marches des anciens n'étaient pas, à beaucoup près, aussi embarrassées que les nôtres. On en trouve aisément les raisons dans nos trains d'artillerie et d'équipage, dans notre nombreuse cavalerie et dans l'ordonnance de nos troupes, tont-à-fait différente de celle des anciens. Les officiers étaient distribués , chez les Grecs , dans chaque file que formaient en marche les rangs, et leur devoir les obligeait à une attention particulière pour les conteoir. On trouve des exemples de ces ordres préds dans la marche des dix mille. Polybe détermine la distance entre les rangs et les flles en marche à trois pieds. Il dit que c'éUiit la moindre distance qu'on puisse établir. On remarquera encore qu'sucun des interprètes latins n'a compris le sens de ces différents ordres de marche : en phalange, diphalange,triphalaDgie et tétrapbalaagle , qui est celui rendu en français.

têtes de deux phalanges, en sorte que les queues s'éloignent des deux côtés en o|)lique, celle ordonnance se nomme emholon ou coin; si au contraire les extrémités delà queue se joignent, et que cellçs delà tête s'éloignent , le nom est cœlembolon, ou coin renversé ^

Leplœsion est un carré long don^ loqs les côtés doivent être également bien fortifies.

Le plinthion est un carré parfait et d'une force égale sur tous les flancs. Xénoption , fils de Grillus, rappelle autrement le plœsion équilatéral \

On peut déborder l'ennemi à ses deux ailçs ou seulement à une. Cette différence s'exprime^ p^ les termes d^hyperphalangisis et d7iyperl^erâsis. L'armée inférieure en nombre peut bien déborder l'ennemi d'un côté sans ro^nre son ordonnancé, iQais ne peut Tentreprendre 4es deux côtés qu'aux dépens de sa profondeur.

Les bagages marchent avec l'arniée en cjng (différentes manières : en avant , en ajrière , à droite , à gauche, et au centre de la colonne. La régie est de les fairealler toujours du côté opposé à l'ennemi, et, lorsqu'on craint de tous côtés , de les placer au centre. Il y aura toujours un officier préposé à la garde des équipages.

Les commandements doivent être courts et dis tincls : si pour des tours on commande d'abord tournez-vous, le soldat se presse et peut faire le contraire avant qu'on ait fini le commandement ;

* On voit, par cette descripHon d'Arrîen , que l'ordonnance proprement dite le roin, chez les Grecs, est bien dirréreote de la figure que M. Folard en donne dans son Traité des colonnes. C'est cette même figure de la phalange que le hasard avait donnée aux troupps romaines à Trébie et à Cannes, et qui leur fut si funeste.

» Il parait assex que le plœsion et le plinthion ont été des termes synonymes pour le carré vide. Les tacticiens moderups ne s'accordent point sur la composition du Plœsion équilatéral : les uns le figurent par un carré plein ; les autres . et de ce nomtire est le traducteur de Xénophon, la Luzerne, fijinirent ce Ploosion par un carré vide, au centre duquel on retirait les bagages de l'armée. Cet ordre pouvait se maintenir dans h marche comme dans l'action , an moyen d'un quart de conversion pour les flancs qui marchaient en paragogne , et d'nn demi-tour pour l'un des côtés qui marchaient en épagogue.»!! est très-facile de se le figurer en supposant les quatre parties de la (rranâe phalange disposées de manière à former un carré parfait.

Lorsque Timothée , général athénien , fut obligé de passer par une plaine où il avait à craindre la nombreuse cavalerie de$ Olynthiens , il forma le carré vide, on . à ce que Polyen dit , le plinlhion , mais de façon que deux dos flancs étaient plus longs que les antres. 11 rangea d'abord dans cette ordonnance] tous les chariots de son armée, étroit dans le milieu le peu de cavalerie quil avait. L'infanterie marcha alors, avec beaucoup de contenance, en dehors de ces chariots, sansquelei Olynthieoi passent leur nuire,

au ITea qu'en commençant à dire : droit , totirnez-vous, il ne peat se tromper» Il faut donc, pour empêcher la méprise du soldat, déterminer d'abord sa manœuvre. Cette règle sert pour tous les commandements de conversion et d'évolution.

Le silence est absolument nécessaire. Homère l'a bien remarqué. Il dit des Grecs qu'on ignorait s'ils avaient Pnsage de la voix , et il compare les barbares an vol bruyant des oies et d'autres oiseaus. C'est à la faveur du silence que le soldat entend les ordres.

Les principaux commandements sont ;

Prenez les armes.

Valets, sortez de la phalange.

Silence , prenez garde.

Haut la pique.

Bas la pique.

Serre-fîles, dressez les files.

Prenez vos dislances.

A droite, ou vers la lance, tournez-vous.

D'ARRIEN

A gauche , ou vers le bouclier, tournez-vous.

Marche.

Halte.

Frol.

Doublez vos files.

Remettez-vous.

A la laconique, fuites l'évolution.

Remettez-vous.

Vers la lance, ou à droite ; faites le quart de conversion.

Remettez-vous.

Cet abrégé suffira , je crois , pour donner une idée de Tordonnance des Grecs et des Macédoniens \

* Arrien ajoute ici no traité de l'exercice de la cavalerie romaine. Les manœuvres qaMl y décrit sont proprement des différeotes espèces de tournois qne l'empereur Adrien aimait passionnément. Il dit loi-méme qu'on les avait imaginées autant pour la parade que pour l'usage dans la guerre.

FIN DK LA TACTIQUE D'aRRIEX.

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